‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 123 sur 246 · Vandal, Und., p. 27 et · texte numérisé non relu

Vandal, Und., p. 27 et

LA QUESTION DE LA FiALTIQUE : RUSSIE OU llANOVHE -207

à Dubois (19 janvier 1717) : « Si ce que celte dépêche du 5 janvier contient pouvait alarmer votre juste délicatesse pour la gloire de S. A. H., vous vcrrie/. par d'autres lettres du .) et du 13 qu'on ne pouvait lui recouiniander plus fortement de ne prendre aucun engagement de quelque manière que ce soit, et de donner toute son attention à gagner du temps '. » Le maréchal, contraint à ce nouvel acte d'humiliation, ne pouvait s'empêcher d'exprimer ses regrets: « Lorsqu'on connaît l'instabilité de la nation anglaise il y aurait de la témérité à mettre toute sa confiance dans ce seul appui, et de ne pas ménageries moyens d'entretenir une bonne intelligence avec les puissances de l'Empire et du Nord-. » Regrets superflus, mais instructifs qui sont la ressource des faibles, et la lumière de l'histoire. Décidément, au Nord comme au Sud, et dans toute l'Europe « nous étions enchaînés à l'Angleterre avec la dernière servitude ». Tandis qu'elle nous imposait ou s'efforçait de nous imposer l'alliance de l'Empereur et de nous séparer de l'Espagne, elle s'opposait aux amitiés qui s'offraient dans le Nord. Les intérêts de l'Electeur de Hanovre devenaient les maximes de la politique française, parce qu'ils avaient paru d'abord conformes à ceux du Régent.

Stanhope, lui aussi, avait lié à la politique hanovrienne celle de l'Angleterre : mais quelle différence ! L'extension du Hanovre dans l'Empire, la faiblesse des puissances baltiques étaient un moyen d'ouvrir ou de garder ouverts de vastes débouchés au commerce de la nation. Au Sud, la brouille de la France et de l'Espagne fermait aux Français les vastes colonies de l'Espagne et pouvait les ouvrir aux Anglais. Stanhope servait à la fois son maître, sa fortune et son pays. Dubois servait le Régent et sa fortune uniquement^.

H fallait pourtant garder devant le public l'attitude que la Régence s'était donnée. La Triple Alliance devait paraître un instrument de paix, quoiqu'elle préparât la guerre au Sud,

1. D'Huxelles à Dubois, 10 janvier 1717 (A. ÉTR., Hollande, t. 313. i» 170) — (Rambaud, Instructions de Russie, p. 150).

2. Voir ausi même ouvrage (p. 149) la lettre du maréchal dHuxelles à Châteauneuf dont l'original est aux A. ÉTR., 19 janvier 1717 (Hollande, t. 313, f- 197\

3. Voir les considérations très justes de tiaint-Simon'^édit. CliérueI,XIV, p.33-36).

208 LE Lendemain de la triple alliance

et qu'au Nord elle eût déterminé l'échec de négociations déjà mûres : Dubois ne négligea rien pour faire croire que son maître, à Hanovre comme à La Haye, à Londres comme à Madrid, à Vienne comme à Stockholm, était l'ouvrier actif et laborieux d'une pacification générale. « Il continua ses offices pour parvenir à la paix du Nord* », mais d'une autre manière, par une voie plus longue et moins suspecte à l'Angleterre.

Ce fut l'Angleterre d'abord qu'il voulut réconcilier avec la Suède, faisant ainsi de la paix du Nord comme une annexe de la Triple Alliance. Le maréchal d'Huxelles avait justement essayé le contraire, et conçu cette paix comme une œuvre séparée, indépendante, non pour renverser, mais })Our remplacer au besoin la ligue de La Haye-. L'intention du Régent était désormais de ne s'écarter à aucun prix des engagements inscrits dans le traité d'alliance avec le roi d'Angleterre. « Peut-être ne sera-t-il pas impossible de les concilier avec ceux que je pourrais prendre pour établir la bonne correspondance avec le Tsar et même avec le roi de Prusse ^. »

L'objet était le môme sans doute; mais quelle différence dans les moyens et dans la valeur des résultats? Ce que le médiateur français prenait en main, d'abord, c'étaient les intérêts de l'Angleterre. La médiation ne suivrait son cours qu'autant qu'ils seraient satisfaits'*. « Sa Majesté, dira la Régence elle-même, s'est proposé surtout de ménager les intérêts du roi d'Angleterre dans la paix du Nord. » Les médiations désintéressées sont rares dans l'Histoire de la politique inlcrnalionale :

1. Le Roi à Cliàteauneiif, 10 iDais 1717 (A. ÉTH., IloUaiuio, t. 111, f» 183; Rambaud, Inst. de Russie, p. Ii32;.

2. Le maréchal (riliixelles à Dubois, 1'.) janvier 1717 l'.ainbauil, //</(/. p. 151 . La même idée est développée dans un mémoire de la diplomatie offieieile, mai 1717 (A. ÉTR., Ang., t. 300, l" 110-1 IS.

3. Le Roi à Chàleauneuf, 12 avril 1717 A. l-;n;., I loll.uulr, I. HT,, I» 27; Rami)aud, p. 155). — Instructions données au comte de la Mairk GefTroy, hislrxicUons Suède, p. 2S3). — Le inaréclial dlluxelles à Chàleauneuf, 19 janvier 1717-19 mars 1717 Rambaud, p. 149 et 151 .

4. Instructions du C(uule delà Marck (Genroy,Si(é^/(?, p.283\ Les lermessonl formels : « Comme Sa Majesté se propose de ménatrer principalement les intérêts du i-iii d'Angleterre dans la paix du Nord •>. - ('."est ce (pu faisait dire avec raison au roi de Prusse : " Celle rmii d AuLrlcIriii- se rei,^n(li' rniiinic li- centre où tous les intérêts de TEuropc doiveni .diDul ir. .. 3(l mar- 1717 Droysen, l'reus^isclie l'olil. IV, 2, L I, p. 204, note 1 .

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