‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 128 sur 246 · LA QLESTIO.X DE LA BALTIQUE : RUSSIE OU HANOVRE · texte numérisé non relu

LA QLESTIO.X DE LA BALTIQUE : RUSSIE OU HANOVRE

obtenir l'ut qu une négociation se poursuivrait à Amsterdam pour un vague traité d'amitié et de garanties.

Les Anglais et Stanhope pouvaient se vanter d'avoir remporté là une belle victoire pacifique sur la France. Comme si ce n'était point assez d'avoir repoussé un ami qui s'offrait à lui, le Régent se mit à l'œuvre au même moment pour l'affaiblir et le diminuer dans le Nord. Il donna Tordre à ses agents de dissoudre la ligue de la Prusse, de la Pologne et de la Russie aussi suspecte à l'Angleterre qu'à la Suède ^ Gœrtz du moins avait songé à s'en servir, pour venger la Suède du Hanovre, de TAngleterre et du Danemark : peut-être était-ce babile et juste calcul ?

Le gouvernement français rejeta toutes les propositions de Gœrtz après avoir paru d'abord les accepter"-. Puis, pour ôter à la Suède toute espérance, et toute force à la Russie, il essaya de détacher la Prusse de cette ligue, en lui faisant espérer des avantages particuliers, la cession de Steltin. Il chargea M. de Roltembourg de faire comprendre au roi de Prusse qu'il trouverait dans la Triple Alliance de La Haye plus d'avantages que dans ses liaisons avec le Tsar^. Il engagea La Marck à déterminer le roi de Suède à se rapprocher delà Prusse isolément *. Dubois qui, dans la coulisse, dirigeait cette nouvelle entreprise diplomatique, priait vivement les ministres anglais d'admettre le roi de Prusse dans la Triple Alliance « pour le guérir de la peur du Tsar^ ». Lorsque le ministre autorisé de Prusse, Kniphausen était venu à Paris avec Pierre le Grand. le maréchal de Tessé fut chargé de lui représenter les avantages « d'avoir des alliés plus solides que la puissance russe éloignée de ses Etats, inca-

L Duljois au iriand pon>ionnaiie de Hollande, juin 1717 A. ÉTR.. Ang., t. 300, f" 287 : Duboi< à Robelhon. 0 juin 1717 ;A. ÉTR., Ang., t. 300, f 202).

2. Duiiois à Rohethon, 9 juin 1717 (A. KTR., Ang., t. 300, f» 263 : « La Fiance ne s'intéresse pas à Cœilz. »

3. DHuxelles à Rottenihourg, 24 niar.s 1717 A. ÉTP». Prusse, t. 5G, f' 129; ; le Régent à Rottenihourg. 14 mars 1717 (Prusse, t. 50, f" 102). « C'est le parti le plus sûr et le plus solide pour le présent et pour l'avenir. ?> RottemJjourg reçut 30,000 érus qu'il donna au ministre de Prusse, llgen pour le gagnera ses projets. Rottembourg au Régent, 27 février-9 mars 1717 A. ÉTR., Prusse, t. 56, f" 109-118 .

4. D'Huxelles à Roltendjourg, 24 mars 1717 A. ÉTR., Prusse, t. 56, f" 129).

5. Dubois à Robethon. 9'juin 1717 A. ÉTR., .\ng., t. 300.f. 263 . — Dubois à Stanhope, 17 juillet 1717 A. ÉTR., Ang., t. 300, V> 345\

pable de la défendre contre TEmperenr, et peut-être éphémère'. » Toutes ces propositions avaient pour objet de séparer le roi de Prusse du Tsar. Tandis qu'on négociait encore avec les Russes à Amsterdam, on songeait à former contre eux une coalition : les troupes suédoises, danoises, prussiennes réunies aux flottes anglaises pourraient être de force à leur reprendre tout ou partie de leurs conquêtes -. C'était justement le contraire des calculs de Gœrtz : des deux groupes d'ennemis qu'avait la Suède, Dubois et le Régent conseillaient à Charles Xll de s'appuyer sur celui qu'il voulait d'abord combattre, l'Angleterre et le Hanovre, et de se retourner contre l'autre, la Russie avec qui il avait paru traiter. C'était le contraire aussi des plans du maréchal d'Huxelles qui, en quelques jours, avec l'agrément certain de la Suède, de la Prusse et de la Russie aurait sauvé une partie de la Suède, et peut-être procuré la paix. La diplomatie secrète de Dubois renversait d'un coup ces projets et ces espérances : elle écartait la paix qui s'offrait à la Suède, et réservait à notre vieille alliée de nouveaux sacrifices; elle nous aliénait une alliée qui eut pu la remplacer; elle substituait à la certitude d'une paix prochaine la perspective de nouvelles guerres.

Il est vrai que l'Angleterre, par cette évolution, voyait se dissoudre une coalition qui eût menacé son inlluence dans la Baltique, que l'Electeur de Hanovre gardait ses conquêtes sur la Suède, sans avoir à redouter celles de Russie. (Vêtait la rançon de la Triple Alliance et le prix de l'aifection int(''ressée des Anglais pour le Régent. Mais quelle excuse celui-ci pourrail-il donner à la France : il n'avait travaillé que j)our lui, sous prétexte d'assurer la paix au royaume et à l'Europe, impuissant même à leur procurer cet avantage ^.

L Inst. de Tessé (Rainbaud, Inslruclionf; de Russie, p. 180-181).

2. Hoholhon el BornsloilT (lisaient, au nom du roi d'AngieleiTe, à lîonnd ivsidciil de IMussc « un ne seia conlent que (juand les Russes seront retournés dans leur pays ». Frédéric Guillaume I'"'' éerivail le '.) mai: « .Je ne crois pas le Tsar capable, avec les .\nglais dans la liallique, de hasarder un scid vaisseau. » (Droysen, auv. elle, p. 205.)

3. Voltaire, Charles XII (édil. NNaddinglcm, p. 273): « Ce trailé ipii pai'aissait si naturel, si utile h ces nations (d (pii niellai! dans leurs mains la balance de riùu-ope ne l'ut pas cependant acceplé du dur d ( >rléaii-. Il lucii.iii abus des cni'ai'emenls tout contraires. »

LA QUESTION DE LA RALTIOrE : 15USSIE OU HANOVHE 213

Au mois de Juin 1717, la diplomatie secrète dirigée par Dubois n'avait abouti qu'à préparer une double guerre au Nord et au Midi. Au Nord, l'Angleterre et la Hollande étaient à la veille d'une rupture avec la Suède, et si nos ambassadeurs travaillaient à l'arrêter, c'était pour former une coalition d'un autre genre contre la Hussie. L'Angleterre n'était pas disposée à se réconcilier avec la Prusse, ni à l'admettre dans la Tri{)le Alliance*. Frédéric Guillaume L'' restait l'allié de la Russie et devenait avec le Tsar notre ennemi-. L'Angleterre acceptait notre médiation dans les affaires du Nord, mais avec la secrète pensée de nous asservir à ses ambitions^. Sans son intervention, au début de Tannée, la France aurait eu l'honneur et le profit d'une médiation heureuse et d'une paix générale.

Au Midi, l'intervention de l'Angleterre avait de la même manière reculé la paix, réveillé la guerre en Italie ; la partialité du roi Georges V^ pour l'Empereur avait reconstitué contre l'Espagne une sorte de Grande Alliance, analogue à celle qu'avaient dissoute les traités d'Utrecht. Ses ministres donnaient à l'Europe l'exemple de les violer, à l'Espagne une raison de se défendre Et la diplomatie secrète du Régent, malgré l'opinion formelle de ses ministres officiels, les suivait dans cette voie, les encourageait de son concours*.

Si la France perdait et sacrifiait ses alliés naturels, et voyait s'éloigner la paix qu'on lui avait promise, le Régent fortifiait en revanche des amitiés récentes et utiles pour lui-même. La Triple Alliance qui les lui garantissait étendait ses effets et se resserrait : pour forcer l'Espagne à reconnaître le Régent, l'Empereur s'engageait à reconnaître la royauté de Philip{)e V, et se rapprochait des confédérés de La Haye qui lui offraient le moyen de chasser les Russes de l'Empire, les Espagnols de l'Italie, d'établir son autorité de la Raltique à la Méditerranée. En une année,

1. Rnbethon à Dubois, 1717 (A. ÉTR., Ang., t. 300, f" 2Gr, Stanhope à Dubois, 31 juillet 1717 {Ih., t. 300, f. 37G-377).

2. Rescrit royal du 19 juin 1717 ; « Nous gnidons noire atlilude pi-écétlente et ne prenons point part à cela ». (Droysen ouv. cité, p. 207, note 1.)

3. Voir les « observations sur les ouvertures qui ont été faites depuis quelque temps par l'Angleterre », mai 1717 : A. ÉTR.. Ang., t. 300. t" 110.

Page 1