SIX MOIS DE TRÊVE GOERTZ, ALRERONI ET DUBOIS
(Juillet-décembre 1717)
A partir du mois de juillel 1717, l'Europe et la France traversèrent une crise décisive. Le système pacifique que Dubois avait conseillé au Régent fut ébranlé par des coups redoutables que lui portèrent au Sud Philippe V et Alberoni, l'Empereur au Centre, Charles XII et Gœrtz au Nord. Tandis que l'abbé assurait au duc d'Orléans, par ses négociations, la succession de France, la succession d'Espagne se trouva remise en question. Ce fut en vain que de toutes parts on invoquait les traités d'Utrecht : leur œuvre avait été incomplète, et la guerre reprenait de tous côtés.
Confident d'un maître c[ui les avait acceptés à contre- cœur, représentant d'une puissance italienne qui redoutait Textension de la puissance impériale, négociateur d'une alliance entre les Bourbons d'Espagne et les Farnèse, Alberoni docile aux ordres qu'il recevait de Parme, avec l'espoir de délivrer l'Italie, soutenait et dirigeait les entreprises de Philippe V dans la Méditerranée. Très aisément, le roi d'Espagne avait repris la Sardaigne à l'Autriche (septembre 1717). L'Espagne se réjouissait du spectacle de sa force renaissante*.
L'Europe elle-même fut étonnée : Alberoni crut nécessaire de
1. Coxe, Bourbons d'Espagne, t. II; Saint-Philippe, Mémoires, t. III.
lui expliquer la conduite de son maître. Il rejeta toutes les res})onsabilités sur l'Empereur qui n'avait jamais sincèrement accepté les stipulations des traités d'Utrecht. Par une lettre circulaire envoyée à tous les ambassadeurs d'Espagne, il en fournit la preuve. 11 rappela avec quelle mauvaise grâce Charles VI avail rendu la Catalogne et les Baléares, de quelle manière il accueillait à sa cour les Espagnols rebelles et écoutait leurs suggestions perfides. L'arrestation de Molinès était présentée comme l'acte décisif, l'injure dernière qui avail fait déborder la coupe trop pleine. Ce qu'Albei'oni ne disait pas à ses agents Beretti-Landi de La Haye, Cellamare de Paris, chargés de répandre ces manifestes, c'est que, prévoyant un remaniement prochain de l'Italie, défavorable à Philippe V, favorable à l'Empereur, il avait cru bon de prendre un gage, « une part facile à conserver, lûUe surtout à ses maîtres de Parme* ».
L'Empereur chercha naturellement à rejeter, par un contremanifeste, les torts sur l'Espagne. Ne l'attaquait-elle pas au moment où il défendait la chrétienté contre les Turcs- ? Il alla s'en plaindre au chef de cette chrétienté. Puis il prit ses dispositions contre les entreprises de Philippe V. Vainqueur des Turcs à Belgrade (22 août 1717), il précipita avec eux une paix qui lui permettrait d'employer le prince Eugène et ses troupes en Italie. Il invoquait ses alliances avec l'Angleterre et la Holl.iudc''; il entendait se venger de la reine d'Espagne sur son beau-})èrc qu'il considérait avec raison comme son complice*. Le duc de Parme qui avail déchaîné l'orage se vit réduit à supplier les Espagnols de venir au |)las vile défendre les pi'inces d'Italie, prévoyant que « ses Etats allaient être mis à feu et à sang jiar les Impériaux"' » :
1. (■.('Ile leltic se trouve dans Laml)erty, Mémoires du XVIII's., X, p. 226. Elle es^l piiidiée aussi dans la Conduile des Covrs d'Espof/ne el de la Gronde -Brelnr/tie. Letde (i'AllxMoni au duc de Parme, 2.3 juillet 1717 Aiu:ii. Nai'., lainesiana. 1. "/.(.
2. D'Arnelii, l'riiiz Kiif/eii voii Savoj/eii, 11 p. 442, note 48 .
3. Protocole de la conférence de \'i<Mine. S aoi'd 1717 \\ ii:.\, S. Aiu.ii. : WCher, p. 43).
4. Dép(^clies de ranibass;iili'iir \(''riilieii (■iiiniaiii. iccncillii' dans les Airliixcs de Vienne, 28 août 1717; Tmcy, Mnimirrs inrdils. 11, p. (iSCc Saiiil Simon lédil. Cliéruel.XlV, p. If/.»;.
") Le duc de l'aiine ;'i Allieioni. 2'.» août 1717 Tdicv, II, p. 70 ( : Sain! Simon. Xi\, p. 173).