‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 133 sur 246 · CRISE EN ELIHOPE ET DANS LA RÉGENCE · texte numérisé non relu

CRISE EN ELIHOPE ET DANS LA RÉGENCE

autrichien. (Jetait un seiiliment universel, et même an cri public^. Quand la guerre éclata dans la Méditerranée, motivée par Tarrestation de Molinès, déclarée par l'Espagne, on trouva généralement que s'il fallait la faire, il valait mieux être avec Philippe V que contre lui. Les memijres du conseil de Régence, d'IIuxelles, Tallard, « tous ceux qui avaient accès aux affaires déclaraient qu'il fnllait plutôt se soumettre à la dépense nécessaire pour l'entretien d'une armée de quarante mille hommes que d'ahandonner à la bonne foi de l'Empereur la liberté de toute l'Italie - ».

Ce mouvement d'opinion, dangereux pour le duc d'Orléans, pouvait l'obliger à se séparer de Dubois, à renoncer à une politique qu'il avait cru profitable et dont les risques apparaissaient. Quel avantage de sacrifier ainsi à Talliance des étrangers les intérêts et les sentiments de la l'rance ! Ce serait, après tout, « la nation elle-même qui, un Jour, contribuerait plus que ces puissances au maintien de ses droits à la Couronne'-^ ». En cherchant des appuis extérieurs, ne perdrait-il pas pied à l'intérieur du royaume? Problème redoutable pour un ambitieux qui craignait de faire fausse route.

Justement alors, pour des raisons diverses, l'autorité du duc d'Orléans, à l'intérieur, était très discutée. Sa politique financière ne lui avait créé que des difficultés : s'il adoptait les plans de Noailles, élaborés par le comité spécial qui avait été créé en juin 1717, la diminution des charges extraordinaires de la dernière guerre, surtout du dixième, la nécessité d'y suppléer par des économies, la réduction des privilèges, il se heurtait à la résistance des Parlements, d'oîi lui venait son pouvoir *. 11 échangeait avec eux des paroles vives. Les parlementaires demandaient des comptes ; le gouvernement leur répondait par de rudes vérités, les accusant, sous prétexte de bien public, de ne défendre que leurs intérêts. Fortement indigné d'abord de cet cdtental à son autorité.

1. Nancré à Dubois, l'.> octobre 1717 (A. ÉTR., Ang., l. 301, f" 200).

2. Dubois au Régenl, 4 octobre 1717 (A. ÉTR.. Ang., t. 301, f" 140-149;.

3. DTIuxelles à r)ubois, 2 octobre 1719 (A. ÉTR., Ang., t. 301, f" 110).

4. Mathieu Marais, Mémoires, I, p. 230; Saint-Simon, XIV, \). 113. — La résis tance des Parlements est du 28 août 1717.

le Régent finissait pourtant par accepter une sorte de commission de contrôle et leur soumettait son administration *. Si, pour éviter ces froissements et ces humiliations, il recourait avec Law au crédit, il rencontrait encore l'opposition du Parlement et du public. On lui reprochait d'abandonner a un aventurier étranger la fortune de la France ; comment cependant sortir d'affaire, sans économie avec Noailles et sans crédit avec Law-?

Les questions religieuses ne donnaient pas au Régent moins de souci. Au mois de juillet 1717, il prétendit, pour les régler lui-même avec le Pape, imposer une trêve aux deux partis. Par sa lettre circulaire du 18 juillet 1717, il s'était engagé « à maintenir les appelants et les acceptants en possession de leur situation respective, à empêcher qu'il ne se produisit sans nécessité de nouveaux appels au Concile, et que les anciens appelants ne fussent pas inquiétés^ ». Les partisans de la Constitution, entraînés par l'évêque de Meaux, le cardinal de Rissy, crièrent au scandale et prétendirent « (pie les mots sans nécessité » étaient une réserve pleine de pièges, « la voie ouverte à de nouveaux appels'' ». Le Régent essaya de les calmer, en expliquant, dans une nouvelle lettre, le 18 août, ses intentions et ses paroles"'. Cet acle de condescendance ne désarma pas les fougueux Amis de la Bulle. Le 5 octobre 1717, le gouvernement ordonna « de cesser toute déclaration, tout procès, toute contestation au sujet delà Constitution*' »>. Cet acte d'autorité ne réussit pas mieux : il irrita les deux partis.

A l'automne de 1717, par les réformes financières de Noailles, le Régent s'était aliéné tout le parti parlementaire, foyer de jansénisme ; par ses tentatives de conciliation religieuse, tous les molinistes et l'église ultramontaine. Par l'édit du 3 juillet, en retirant aux princes légitimés leur rang de princes du sang, il s'aliénait déUnitivement les légitimés et la vieille cour.

1. Mnlhioii Mni-ais, I, p. 233-234; Sainl-Simon, XIV, p. 113; Mcmoirex de la Rérjence (édil. 1740 ; II, p. 157.

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