‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 134 sur 246 · CRISE EN EUROPE ET DANS LA REGENCE · texte numérisé non relu

CRISE EN EUROPE ET DANS LA REGENCE

Ces dif(icullcs sans doulc n'cLaienl pas nouvelles : c'étaient les charges du legs que Louis XIV avait laissé à ses successeurs. Par ambition, le duc d'Orléans avait accepté, réclamé même la succession tout entière ; il songeait déjà à celle de Louis XV. Il était naturel qu'il en supportât le lardeau '. Dubois, confident de ses desseins et de ses embarras, avait paru lui l'ournir le moyen de s'acquitter. Il l'avait engagé à chercher au dehors le triple avantage d'une loi formelle, d'amis dévoués et d'une paix générale favorable à son gouvernement. Mais, sans la paix, à quoi pouvaient lui servir ces avantages? C'étaient des armes dangereuses qui blesseraient la nation tout entière et se retourneraient peut-être bientôt contre lui. « La situation du Régent est délicate. Il ne peut rien faire qu'on ne puisse estimer préjudiciable au Roi et à l'Etat -. »

L'abbé voyait très nettement le danger et les embarras de la voie où il s'était engagé. Le moment approchait où il devait réussir ou se perdre. La guerre reprise par les Farnèse et l'Espagne, poursuivie par Charles XII dans le Nord, c'était la ruine de ses alliances, de ses projets, des espérances de son maître et de son propre crédit. Il la redoutait moins « pour le mal qu'elle ferait au royaume épuisé^ et pour l'équilibre de l'Europe », que pour l'avenir du Régent et l'équilibre de son système. « Je ne m'aperçus que trop, dit à cette époque son contident Chavigny, dans les regrets qui lui échappèrent qu'il avait les mains liées*. »

Dubois tremblait que l'Empereur n'envahît l'Italie : pousserait-il sa pointe en Hongrie, ferait-il la paix avec les Turcs pour déclarer la guerre aux Espagnols? L'abbé eût beaucoup donné pour être renseigné là-dessus^, sûrement. L'Espagne d'autre part, et la France avec elle, ne s'indigneraient-elles pas des

1. Voir les conclusions des chapitres i et n de notre Introduclion et les Mémoires de Ciiavigny mêlé à ces négociations qui, plus tard, en a senti la faiblesse (A. ÉTR., France, Mém. et Doc, 457).

2. D'Huxelles à Dubois, 2 octobre 1717 (A. ÉTR., Ang., t. 301, f" 103-106).

3. Mémoires pour servir d'instructions à Dubois (A. ÉTR., Ang., t. 301, f° 21) ; Dubois au Régent, 26 septembre 1717 (A. ÉTR., Ang., t. 301, f"» 77-78).

4. Chavigny, Mémoires cités (A. ÉTR., France, Mém. et Doc, 457).

Page 1