‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 135 sur 246 · Voir note · texte numérisé non relu

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â24 SIX MOIS DE TRÊVE (JUILLET-DÉCEMBRE 1717)

concessions accordées à Charles VI par les médiateurs ? Il demandait à d'Huxelles de lui fournir des indications « sur les dérogations qui ont pu se faire à des traités, surtout lorsqu'elles n'ont pas été faites du consentement des parties intéressées * ». Il craignait le reproche d'avoir attiré par ses négociations TEmpereur en Italie, détruit l'œuvre des traités d'Utrecht, provoqué l'Espagne. Que dirait-on encore en France si l'on avait la preuve qu'il avait prolongé la guerre dans la Baltique, aux dépens de la Suède, au profit des Anglais? Pour éviter les reproches, Dubois engageait le ministre de France à Stockholm à réconcilier bien vite et sincèrement le Hanovre, l'Angleterre et la Suède : « Le succès de cette négociation serait très bien vu de S. A. R.^ » écrivait-il à La Marck.

Dans cette situation difficile, il ne restait à l'abbé qu'un moyen : gagner du temps. A la veille de cette partie décisive, où tant d'intérêts étaient en jeu, les puissances belligérantes et leurs ministres, l'Espagne et Alberoni, la Suède et Gœrtz, le duc de Parme et l'Empereur, le roi de Prusse cherchaient des alliés. Ils suspendirent au mois d'août 1717 leurs entreprises pour se donner le temps d'en trouver ; la parole était pour quelques mois encore aux diplomates. (Tétait au moins pour Dubois un délai.

En Italie, le duc de Parme, qui avait déterminé l'Espagne à la guerre et la voulait complète tout en redoutant les vengeances des Allemands, invitait Philippe V à se procurer des alliances contre l'Empereur qu'on irait bientôt attaquer dans le royaume de Naples ^. 11 lui proposait d'acquérir la plus précieuse de toutes, celle du Régent, en se décidant à renouveler en faveur de la maison (r()rl(''ans la renonciation (|u"il avait l'aile de ses droits au trône de P'rance. Celle négociation, conduite à Paris et à Parme par le whig Peterborough qui avait juré la ruine de l'Empereur en Italie, accueillie par Alberoni, par le duc d'Orléans de juillet à octobre 1717 paiiil favoriser les cntrc-

1. Diilx.is ;i S.iinl-Pivsl. VC scph-inluv 1717 A. I-Tlî., Ani:., I. :5(tl. f" 80).

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3. Lf'Hi-c lin duc do l'.iiinc .'i AllM-iniii 1.") jiiillrl 1717 sons le i)s«Mi(l<.tiymc de Gennam Felicioni : « Veni^ano diin([iu' senza diinora l'iin ilissinii ainii di Spagna, vengano c vincano. » (Argii. Nap., Earnesiana, 1. r/.».,

GOERÏZ, AI.BEUONI ET OUHOÏS â2S

prises espagnoles. Ces quelques mois devaient en tout cas être précieux pour leur ménager de nouvelles forces « et donner à penser aux Allemands et aux puissances qui pourraient avoir l'intention de faire tort à l'Espagne * ».

De toutes les manières, le duc de Parme, l'Espagne et Alberoni, qui, pendant l'été de 1717, avaient mis le feu aux poudres, jugeaient nécessaire à l'automne de suspendre leurs entreprises pour les mieux concerter et en préparer à loisir le succès définitif.

L'Empereur recourait alors aux mômes procédés, pour les mêmes raisons. Au milieu de septembre 1717, il envoyait à son ministre Pentenridter l'ordre d'accorder à la France un délai de trois mois : il lui donnait le temps ou de décider l'Espagne à retirer ses troupes de Sardaigne, ou de conclure un traité d'alliance avec lui contre Philippe V, pour le châtier^.

Dans le Nord, l'automne de 1717 se passa de môme en négociations. Gœrtz frappait à toutes les portes pour trouver des amis à la Suède. Au château de Loo en Gueldre, aussitôt qu'il avait recouvré sa liberté, il avait demandé et obtenu du Tsar un armistice de trois mois, un répit qu'il employa activement. 11 prit, dans cette entrevue avec le Tsar, une carte du Nord et, tirant une ligne de Viborg à la mer glaciale, il offrit à Pierre le Grand la Pologne, l'Ingrie, la Carélie, la Livonie. Il lui promit par le mariage de sa fille avec le duc de Holstein un établissement en Allemagne qu'il souhaitait passionnément'^. Le Tsar se défiait de la France et de l'Angleterre ; il prit volontiers rendez-vous avec le Suédois aux îles d'Aland pour le mois de décembre'*.

De là, Gœrtz s'en alla en Prusse pour concerter une alliance

1. Toi-cy, Mémoires inédits^ II, p. 792; Saint-Simon (édit. Chéruel, XIV, p. 217).

2. Mémoire du 26 septembre 1717 de la main de Dubois(A. ÉTR., Ang., t. 301, f°65).

3. Voltaire, Chailes XII ;édit. (Ilachelte, p. 275-27G), ronfirmé par une dépêche de Rottembourg à d'IIuxelles, 20 septembre 1717 (A. ÉTR., Prusse, t. 57,1"'' 52).

4. Rottembourg à d'Huxelles, 2 octobre 1717 : « Les Moscovites, Monseigneur, étaient pleinement persuadés de vos dispositions favorables, mais ils savaient en même temps de quelle manière S. A. R. pensait par rapport au roi d'Angleterre : cette disposition a donné lieu à une convention faite secrètement entre les ministres Prussiens, Moscovites et le baron de Gœrtz de tenir des conférences dans l'île d'Aland, pour traiter de la Paix entre ces trois puissances. L'assemblée y est assignée fin décembre. » (A. ÉTR., Prusse, t. 57, f" 75). — Voltaire {C/iarles XII, p. 276).

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