‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 137 sur 246 · Droysen, Ihid · texte numérisé non relu

Droysen, Ihid

3. RoUembourg à dlluxelies, 29 octobre 1717 (A. ÉTR., Prusse, 1. 57, f" 1()4\

4. Rainbaud, Jasiruclions de Russie. — Au mois de septembre 1717, Pierre le Grand revint en Russie par Berlin. Il descendit à Monbijou dans la maison de plaisance de la reine de Prusse. Le Roi lui fit admirer ses grenadiers do Potsdam : aussitôt, le Tsar i)our coniiuérir son anîilié lui en oITrit tout un li.il.iillon habillé et armé. Ils conclurent une nouvelle alliance très dilTérente du traité d'Amsterdam, destinée à soutenir le duc de Mecklemiiourg ou plutôt les prétentions de la Russie sur ce pays. Lart. 3 du traité d'.Vmsterdam surtout était supprimé. Rotlembourg, de Rcrlin, 20 octobre 1717 (A. ÉTR., Prusse, t. 57, i° 55).

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crise. C'élaiL son grand mérite, nous l'avons vu, de savoir saisir l'occasion et d'apporter à sa poursuite une ardeur et une activité infatigables. C'est ainsi qu'il avait réussi à La Haye et à Hanovre. Cette fois ce fut le chemin de Londres qu'il résolut de prendre, pour obtenir de l'Angleterre un concours efficace à l'œuvre de paix qu'il voulait à tout prix réaliser.

Les intérêts du roi (TAngleterrc et de ses ministres étaient les mêmes, après tout, que ceux du I>égent et de Dubois. S'ils désiraient des profits, ils redoutaient aussi les risques d'une guerre dans la Méditerranée ou dans la Baltique, qui pouvait gêner et irriter le commerce anglais.

Stanhope, n'était point parfaitement rassuré sur les effets de ses concessions aux ministres lianovricns : « On pouvait un jour lui imputer d'avoir par des complaisances dangereuses pour les Allemands détruit l'équilibre de l'Europe'. »

Si les Espagnols mécontents s'avisaient de retirer aux Anglais les avantages qu'ils avaient accordés à leur commerce extérieur, la nation en rejetterait la faute sur les ministres de Georges I^'" ; le Roi lui-même n'échapperait pas à ces reproches. On critiquait déjà beaucoup sa politique hanovrienne, on le blâmait de sacrifier à l'Empereur, pour l'accroissement de son Electoral, les inté êts anglais^. Autour du prince de Galles un parti s'était formé qui l'opposait sans cesse à son père, un parti national contre le Roi allemand. Il falkiit qu'on ne put accuser Stanhope et le roi Georges d'avoir engagé la nation dans une guerre inutile contre l'Espagne.

Dans ces conditions, depuis l'expédition de Sardaigne, Stanhope était revenu sur son idée de traiter avec Charles VI, sans et même contre Philippe V. Un instant, il songea à passer en Espagne pour calmer la juste colère du Roi'^. 11 lit partir au mois de septembre 1717, pour Madrid, un autre lui-même, son cousin le colonel Stanhope, qui devait assurer en termes très

1. D'iïuxelles à Dubois, 2 octobre 1717 (A. KTR., Ang., t. 301, f" 100) ; à Saint- Aigiian, .31 août (A. ÉTR., Esp., f. 259).

2. Dépèches de Wolkra et Hofmann de Londres, 30 aoùl-10 septembre 1717 (W'iEN. sTAATSARCHiv. ; ^^'eber, p. 43) ; Tovcy, Méitioires inédits, II, f"'G66-668 ; Saint- Simon, XIV, p. 105.

3. Dubois au Régent, 4 octobre 1717 iA.tÉTR., Ang., t. 301, i" 140).

forts, le roi d'Espagne de son amitié. Georges I'''' suppliait ce prince d'éviter une guerre générale où l'Angleterre, garante de la neutralité de l'Italie, serait forcée à regret d'intervenir, et de lui envoyer un ministre pour régler les points litigieux '.

Pour l'Electeur de Hanovre, roi d'Angleterre, le danger n'était pas moins grand si, d'autre part, la guerre reprenait plus vivement dans le Nord. Les ministres allemands de Georges I"', ne pouvant ignorer que les plans de Gœrtz étaient dirigés contre le Hanovre surtout, suivaient « avec inquiétude la négociation commencée entre la Suède et le Tsar- ». Ils avaient décidé leur Roi à maintenir, pendant tout l'été, la flotte de l'amiral Byng dans les parages de la Baltique^.

Surtout ils souhaitaient ardemment que la diplomatie du Régent, par une heureuse médiation avec la Suède, conclut toute cette affaire où le Hanovre les entraînait. Dans leur impatience et leur inquiétude, ils accusaient nos ambassadeurs La Marck à Stockholm, Rottembourg à Berlin « de détourner la Suède d'un accommodement avec l'Angleterre et de la porter à faire une paix particulière avec le Tsar et le Roi de Prusse*». Tant ils souhaitaient vivement cet accommodement ; tant ils redoutaient cette })aix incomplète, prélude d'hostilités nouvelles dans la

1. Insli'uctioiis du colonel Slanhope, septembre 1717 (Re^.. Off., Espagne, Wiesener, Le lirr/cnl, 11, p. 102'. — UHuxelles à Saint-Aignan, 15 septenil)re 1717, 1(1 septembre 1717 (A. ÉTH., Esi)agiie, l. %9, 1'" KV.» ; — Espagne, ihid., 1" 175).

2. Torcy, Métnoires inédils, II, f" 833; Saint-Simon, XIV, p. 231.

3. Lediard, ///.v/o/re muxile (l'yluf/lc/erre (ivad. i'vunr., Lvon, Dnjilan, 1751, I. 111, 1). .593-504).

4. Dubois au Régent, 4 octobre 1717 (A. ÉTR., Ang., t. 301, t • 140-119 : Torcy, Mémoires inédils, II, 1"» 825-82G ; Dubois à Xancré, 30 septembre 1717 [\. KTR,, Ang., ihid., (' 124). C'étaient, en elTet, les instructions que leur donnait alors le chef' de la diplomatie orticieUe. Rottembourg, au mois de juillet 1717, recevait les ordres suivants : « S'ils se trouvaient di:s uh.shn-lcs inciin-iblcs à concilier les inléré/s du roi d'Anf/lelcne arec ccn.r du roi de Suède, ee ne serait pas un empêchement pour convenir de ceux du roi de Prusse, et si le roi de la Grande- Bretagne peisistait dans ce icfus, il faudrait profiter des dispositions où parait (Hre la République de Hollande de former avec le i-oi de Prusse de solides liaisons » (A. KTR., Prusse, juillet 1717, t. 57, f" 28. Rottembourg, suivant ces ordres, travaillait à rapprocher les Moscovites, les Prussiens et Gœrtz, sous la médiation de Sa Majesté ^2 octobre, à dlluxelles, A. KTR., Prusse, t. 57, f" 57). D'iluxelles, enfin, approuvait « 1res secrèlemenl ses démarches, pourvu que Sa Majesté ne jiurâl qu'au dernier moinenl ». .\ P.olli'mbourg, 2'.» octobre 1717 (A, ÉTR., Prusse, t. 57, f" 104;.

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Baltique, nuisible aux Anglais, dangereuse par conséquent pour leur crédit en Angleterre!

Ainsi le Régent, pour obtenir ce qu'il espérait, sans recourir à des violences qui le {)erdraient en France, avait besoin que la paix se rétablît au })lus tôt dans le Sud; l'Electeur de Hanovre, pour garder ce qu'il avait acquis, sans l'éclat d'une guerre qui risquait d'indisposer la nation anglaise, devait souhaiter la paix du Nord ^ Sur ce commun besoin Dubois soutenait son système ébranlé par les projets d'Alberoni et de Gœrtz. Ce fut à Londres qu'il alla chercher le moyen de transformer la trêve acceptée par les deux autres diplomates en une paix définitive. Il attendait des Anglais qu'ils modérassent les prétentions de la cour de Vienne. Et il leur offrait en revanche de modérer celles de Charles XII : ces concessions mutuelles, de nature à satisfaire au Sud l'Espagne, au Nord le Hanovre, la Prusse et la Russie, rétabliraient peut-être l'harmonie générale, nécessaire au gouvernement de Georges P'" et du duc d'Orléans^.

Cette fois, c'était avec une mission presque officielle que Dubois passait la Manche. Depuis qu'il était entré au Conseil des Affaires Etrangères, il était impossible qu'il y allât autrement. Aussi, quoiqu'il n'eût pas le titre et le caractère public d'envoyé extraordinaire, il recevait des instructions du ministre des Affaires Etrangères, et partait, le 20 septembre, après s'être concerté avec lui, officiellement'^.

Les deux diplomaties, celle de Dubois et celle de d'HuxelIes, après s'être longtemps combattues et contredites, s'accordaient ainsi pour agir de concert. Elles avaient enfin passé un marché : le mot est de l'agent Chavigny qui affirma en avoir été le courtier'*. Les termes du contrat étaient très simples : le Secret du Régent devenait la diplomatie officielle de la Régence. D'HuxelIes recommandait à Dubois, comme premier point à traiter, « de réclamer à l'Empereur sa renonciation au trône

1. Dubois au Régent, 4 octobre 1717 (A. ÉTR.,t. 301, f" 149).

2. Torcy, Mémoires inédits, II, f" 780; Saint-Simon, (édit. Chéruel, XI\', p. ISO).

3. Instructions poui' l'abbé Dubois allant en Angletei-re A. ÉTR , Ang., t. 301 f"' 84-92); Seilhac, V Abbé Dubois, II, p. 24.

4. Chavigny, iflémoires A. ÉTR., Méni. pf Doc, France, t. 457, f" 1 à 32). « J'entrai pour quelque chose dans le marché. »

d'Espagne % article aussi imporlanl pour S. A. R. que pour le roi d'Espagne - ; celle conclilion élanl la seule cjui puisse assurer les droits de Son Altesse Royale el la déterminer à entrer dans le traité que ion propose'-^ ». Ce langage était clair : la diplomatie officielle de la France acceptait donc et formulait ce principe, que son premier et essentiel objet était d'assurer les droits de Son Altesse Royale. Le maréchal d'Huxelles n'avait pu « se défendre des poursuites et des séductions de Tabbé''^ ».

Il avait, en revanche, obtenu de la diplomatie secrète une concession : c'était la deuxième clause de ce contrat bi-latéral. Dubois recevait et acceptait la mission de ménager l'Espagne autant que possible : « Il ferait tous ses efforts pour assurer et rendre les plus considérables qu'il sera possible les avantages de ce prince, qu'il entre ou non dans le traité: Parme, la Toscane, et même la Sardaignc'K » Dubois avait pu faire cette concession. Il reconnaissait «que la paix n'aurait un caractère stable, que si le roi d'Espagne y donnait son adhésion*^ ». Désirant très vivement la paix, sur ce point il pouvait s'entendre avec le parti espagnol et promettre de ne se relâcher sur aucun des points qui pourraient engager Philippe V à entrer dans le traité et à en accepter les conditions : « // ne favoriserait plus l'Empereur, comme on le lui iivail reproché, aux dépens de l'Espagne, par les conseils de l'Angleterre : il observerait une exacte impartialité' . » C'était à ce prix que la diplomatie du royaume se vendait au Régent. Le marché était encore à l'avantage du duc d'Orléans qui trouvait le moyen de ménager pour le présent les susceptibilités de l'opinion, en s'assurant de l'avenir.

Triste chose, il faut l'avouer, que ce marchandage entre le Secret du Régent et la diplomatie officielle ! Pour juger l'œuvre de Dubois, il faut la saisir ainsi à ses débuts : on en apprécie mieux, par ses origines, la nature véritable. Les instructions que

1. Insli'uclions pour I .ihlir Dubois (page précédente, noie 3).

2. Dlliixelles à Diilxiis, •.>;' oclohrc 1717 A. KTH., Ani,'., I. 301, i'TiTy.

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