‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 145 sur 246 · ricllamarc, Mémoires, I, f "" IGT-IGS · texte numérisé non relu

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4. Diiboisà Nancré. 24 scptombiT-l'JocIol)!'.' 1717 lA. l- Tlî., Aiii,^. 1. :^()1, f • SC) l'.tO). '). ]a' iiiôine au mémo, 20 seploiiibi'o 1717 A. in'R.. Ani!., t. 301, T'^Oi.

<•). Dubois à Saiiil-l>i-esl, 2(> scplcmljro 1717 ,A. KTW., Ani;.. t. 301. f" 88). 7. Dubois à Nancré, '20 scplrinhiv 1717 (A. I-JTR., Ang., 1. 301, 1" S7i.

Toutes ces mesures avaient leur importance. Il ne s'agissait pas seulement de défendre le Régent et Dubois contre les menées de la vieille cour. On se proposait de l'entraîner au delà de ce que Dubois avait promis à d'IIuxelles, loin de l'Espngne, vers l'Angleterre, « chuii^ un ccrldin e.^prit, que les deux compères seuls connaissaient ». Dès que le Poète serait à la campagne, Nancré devait courir au Régent <( pour lui fournir une prose qui serait de la façon de l'abbé ». L'al)bé ne faisait pas de poésie, comme d'IIuxelles : sa prose, c'était la brutalité des faits. Autrement, Dubois aurail-il pris, dès le 26 septembre 1717, des dispositions en vue d'opérations prochaines avec le Conseil de guerre, et chargé Nancré de recommander au Régent certaines démonstrations qu'il jugeait nécessaires'^? Contre qui ces préparatifs déjà et à cette date, sinon contre l'Espagne; « afin, disait-il, de faire souhaiter son projet par ceux qui le combattaient^ ».

L'intention formelle de Dubois, et son véritable projet, très différent de celui qu'il avait accepté de défendre, c'était d'imposer à TEspagne, au besoin par intimidation, les conditions formulées par l'Angleterre. 11 pensait, et, par Nancré, persuadait son maître ([ue le roi d'Espagne, « quelque satisfaction qu'on lui donnât, quelque désir qu'on en eût, n'entrerait pas dans le traité, et qu'on serait obligé de traiter sans lui, tout en lui réservant sa place* ». Quand Dubois quitta la cour, il n'avait que cette idée en tète : il demandait à Nancré des mémoires « sur les projets de paix qui ont été faits sans le concours de toutes les parties intéressées en leur laissant un certain temps pour accéder'-' ». 11 faisait encore demander à Torcy son avis « sur Vaversion des Espagnols contre les traités <pie ton fait sans eux ^ » .

Quelque concession que Dubois eût paru faire au parti espagnol et à d'Huxelles lui-même, il était bien décidé à poursuivre le projet d'accommodement entre l'Empereur et l'Espagne, tel

1. Nancré à Dubois, 2G septembre 1717 (A. ÉTR., Ang., 301, f" 61-62).

2. Le môme au m.v-ie, 22 septembre 1717 (Ibid., ihid , f° 52-54).

3. Dubois à Nancré, 12 oclol)re 1717 (A. ÉTR., Ang., t. 301, f" 190).

4. iNancré à Dubois, 1'-^ octobre 1717 (A. ÉTR., Ang., t. 301, t" 95).

5. Dubois à Saint-Prest, 26 septembre 1717 (A. ÉTR.. Ang., t. 301, f" 88).

6. Dubois à Nancré, 26 septembre 1717 (A. ÉTR., Ang., Ibid., 1'" 87).

qu'il avait été arrêté au mois de juillet, « sur la base de l'exclusion de l'Espagne ».

Craignant de perdre les Anglais si l'on ménageait trop Philippe V, il poussait le duc d'Orléans à le leur livrer. 11 espérait même que des mesures militaires, des démonstrations détermineraient ce prince à s'abandonner lui-même. On éviterait peut-être, malgré tout, la guerre, et l'on aurait de l'Espagne la paix qu'il fallait aux Anglais et à l'Empereur.

En môme temps, Dubois poursuivait dans le Nord le projet de médiation le plus favorable à Georges 1^'', avertissait secrètement le Régent « de ne pas se laisser prendre aux supercheries qu'on lui ferait pour le brouiller avec ses alliés ». Il voulait réussir partout, à tout prix et « venari invitis canibus* ». On lui donnait du temps : il entendait en profiter.

Au moment où Dubois partit pour Londres, le duc d'Orléans avait donc alors trois diplomaties différentes qui lui étaient toutes personnelles: l'une secrète dirigée par d'Huxelles, représentée par Peterborough auprès des Italiens, par le duc de Parme auprès de Philippe V, qui tendait, sans profit pour la France, à renouveler la guerre en Italie ; une autre, aussi secrète, la plus ancienne de toutes, le secret primitif du Régent formé et dirigé par Dubois, qui pouvait aboutir, avec le concours de l'Angleterre et de l'Empereur et pour ses intérêts, à des mesures mililaires contre l'Espagne; et la troisième enfin dirigée par d'Huxelles et représentée par l'abbé qui ménageait les intérêts du duc d'Orléans et la paix, sans sacrifier ceux de l'Espagne, une sorte de transaction entre les deux autres. Toutes les trois écha[)paient au Conseil de Régence (jui représentait le Roi et les intérêts traditionnels du royaume.

Ce n'était point assez cependant : n'oublions pas que le duc d'Orléans avait continué, en Espagne, avec le duc de Noailles, Louvillc et Longcpierre, un quatrième secret ciili-c les mains dun aventurier, le sieur de Roissimènes, différent de celui de d'Huxelles, organisé contre la reine Elisabeth Farnèsc et son favori, appuyé ])ar la noblesse espagnole, « un pis aller quil

1. iJubuis à .NaiKTÔ, 12 oclubic 1717 '\. ÉTH., .Vng., l. 3(11, f' 100).

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conservait dans le cas où les aulres échoueraient^ ». Si celte fin d'année 1717 fut un temps d'inlrigues diplomatiques, le duc d'Orléans ne donnait point sa part. Il en avait quatre à la fois, offrant ainsi, surtout à son pupille dont il escomptait la mort, et à la cour le fâcheux exemple d'une diplomatie secrète qui n'était faite que de contradictions et de mensouges. Son palais était un foyer d'intrigues diverses qui se croisaient partout en Europe, auxquelles les puissances étrangères ne comprenaient plus rien, qui attiraient les ambitieux en quête de fortune, les intrigants et les aventuriers. Le ministère s'y pliait pour ne pas perdre toute influence : les plus vieux ministres de Louis XIV, les grands seigneurs, s'y mêlaient. A une heure où la paix du royaume se décidait, le Régent de France, ses serviteurs, les ministres et les Conseils, n'étaient occupés que de combinaisons compliquées où le gouvernement se perdait, impuissant.

Ce fut le serviteur le plus intime du duc d'Orléans, celui qui, le premier, avait éveillé et fortifié son ambition, l'abbé Dubois qui, par son activité, l'emporta. Il imposa définitivement son Secret, mais ce fut au prix de rudes combats, et ce ne fut, pas plus que les autres, au profit de la France.

Parti de Paris le 20 septembre 1717, il était impatient d'arriver à Londres. Il n'avait que quelques mois devant lui pour réaliser une œuvre autrement difficile, cette fois, que les traités de Hanovre et de La Haye. Il s'agissait, en effet, de conquérir toute l'Europe, l'Empire, la Suède, l'Espagne aux intérêts du Régent, de réduire toutes les intrigues, de plier toutes les ambitions à cette règle unique, de prévenir la guerre, et d'empêcher la paix si le duc d'Orléans n'y trouvait pas son compte. La tâche la plus délicate pour Dubois était de fixer le Régent lui-même, après l'avoir conquis à ces desseins, de fermer son oreille aux suggestions de courtisans jaloux de défendre ou d'étendre leur crédit, d'Huxelles, Tallard, Noailles, et d'imposer de Londres au ministère, aux Conseils, à la cour le grand projet qu'il avait

1. Sur ce quatrième secret, voir notre tome II, Le Secret des Farnèse et la politique d'Alberoni. M. Wiesener, ne connaissant que les sources anglaises (II, p. 107;, a négligé cet elTort essentiel de l'abbé. C'est le grand défaut de ce livre utile à d'autres points de vue.

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formé. L'abbé engageait, ainsi, une lutte décisive, multiple et de chaque instant, dans laquelle un jour perdu pouvait produire une défaite irréparable.

On comprend son impatience, son dépit en face des difficultés qui vinrent dans le voyage s'ajouter à celles qu'il avait prévues. Près d'Amiens les commis des fermes pillèrent ses bagages en criant : « Voilà des Affaires Etrangères, c'est un homme gagné par les ennemis. » A Calais, les éléments s'en mêlèrent : pendant six jours, le vent du Nord lui barra la route d'Angleterre. « On m'avait fait espérer, écrit-il à Nancré, de partir cette nuit. J'ai fait toute cette nuit la veillée des armes pour saisir le premier moment oij le bâtiment pourrait sortir du port, mais il s'est élevé un vent du Nord qui m'a empêché entièrement la sortie. Je suis donc à la merci des vents : il en arrivera ce qu'il plaira à Dieu. Je suis dévoué à tout sans réserve pour le service de mon maître, qui est celui de l'Etat. » Et Nancré, qui escomptait le succès, lui répondait : a Le séjour forcé que vous étiez obligé d'y faire commençait à me mettre presque dans la même impatience où vous étiez ^ »

Enfin, après « avoir essuyé les incommodités ordinaires à ceux qui ont l'estomac délicat », Dubois arriva à Londres le 28 septembre. Quoiqu'il n'eût pas de titre officiel, il s'installa largement dans le plus beau quartier de la ville, rue des Ducs à Westminster, en homme qui était appelé à recevoir, à fréquenter les ministres et l'entourage du lioi. 11 allait retrouver cette société demi-anglaise, demi-française, gens d'esprit, grands seigneurs et grandes dames dont M'"* de Sandwich était la reine par l'esprit et j)ar l'estomac- : « Que j'envie ceux qui passent en Angleterre, écrit Ninon de l'Enclos en 1698 à Saint-Evremond, et que j'aurais de plaisir à dîner avec vous ! N'est-ce point une grossièreté que le souhait d'un dîner? L'esj)rit à de grands avantages sur le corps ; cependant ce corps fournil souvent de petits goûts qui se réitèrent. » Dubois connaissail ces goùls; il

1. Le récit de ce voyage a «Mé conlé avec es|iril par M. Auljcrtin, L'esprit public au Xyill" siècle (p. 'J5' et 96). Cette dernière lettre de Nancré est du 1"^ octobre (A. KTR., Ang., t. 301, 1° 05). Voir aussi le l'ère Biiaid, L'Ahhc Duliois, cardinal et premier minislre, I, p, 282 et suiv.

2, Voir notre Introduction, chap. ni.

savait les flatter pour en profiter : « Quelque objet, Madame, que je puisse avoir dans mon voyage, écrivail-il à la duchesse de Sandwich, sa j)rincipale prolectrice, rien ne m'y peut tant toucher que d'èlre une fois à vos j)ieds avant de mourir. » Et discrètement il insinuait ce qu'il attendait de son amitié : « Je ne manquerais pas de vous prier d'ajouter quelques voix au parti de la cour ^ »

Il comptait surtout sur Stanhope qui vint îe voir deux jours après son arrivée, le 1" octobre. Ils convinrent ensemble d'aller trouver le Roi au plus tôt, le lendemain. L'audience fut longue et bien remplie ; voyant Georges I"" bien disposé et très affectueux, Dubois en profita pour aborder de front les deux points principaux de sa mission: 1° l'accommodement entre l'Empereur et le Roi d'Espagne nécessaire à son maître ; 2° ce que Sa Majesté Britannique attendait de la paix du Nord. Les intérêts du Régent, les intérêts de l'Electeur de Hanovre, voilà ce qu'on pouvait appeler entrer dans le vif de la question-.

îl n'y avait pas lieu de s'amuser. Pour mettre dans son jeu tous les atouts, toute la famille royale divisée par la haine du père et du fils, le ministre s'en fut aussitôt chez le prince et la }>rincesse de Galles, le samedi et le dimanche. 11 y fut introduit par le duc d'Argyll, l'ancien marquis de Lorne, qu'il avait connu au Wills Coffee house. Il avait battu le rappel de toutes ces amitiés illustres pour se faire ouvrir, à la recommandation de la haute société, les portes de la cour^.

De toutes les relations qui avaient formé sa fortune et soutenu ses desseins, sans en excepter ses rapports avec le Régent, celles qu'il avait faites en Angleterre depuis vingt ans lui avaient été les plus fidèles et les plus utiles, relations de lettrés et de grands seigneurs, d'artistes et de politiques. Dans toutes les crises redoutables de sa vie et de sa politique il les retrouvait prêtes et utiles. G'est pour cela qu'il s'attachait fermement à l'Angleterre, non par corruption, mais par sympathie et dans un intérêt bien calculé*.

1. DuI)ois à M"' de Sandwich. 9 octobre 1717 (A. ÉTR., Ang., t. 301, f" 181).

2. Récit de cette audience dans une lettre de Dubois au Régent, 4 octoljre 1717 (A. ÉTR., Ang., t. 301, I" 140-149).

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