Dubois .TU Régent, 4 oclobre 1717 'Drjiêcke cilée
V. Le mèuie nu môme, 18 ortoi)n' 1717 (A. KTR., .\ntj.. I. :50'?. f • 10 et 15 ; Torcy, Méuioires inédils. II, p. 823; Saint-Siuion, XIV, p. Tiîy.
. Dubois à Naricré, h octobre 1717 {\. ÉTR., -Vng. 301, f " 155).
qu'en France, à intei-roger Stanliope plusieurs fois depuis son arrivée. 11 se voyait au besoin forcé d'atlendre que Pentenridter, l'envoyé impérial lui à Londres et que l'envoyé anglais à Madrid, Stanhope,yfùt arrivé. Pentenridter retardait son voyage sous prétexte de se marier, en réalité pour avoir le temps de consulter le prince Eugène qui revenait de Hongrie. Le colonel Stanhope n'arriva à Madrid que dans la première quinzaine d'octobre : jusque-là il fallut s'en tenir à des propos d'attente.
Dubois employa ce délai forcé à raffermir d'une manière générale les bonnes dispositions de l'Angleterre. Il se mêla à la société la plus distinguée, tint table ouverte, et alla prendre sa place à un très bon rang dans les grandes réceptions où on l'invitait. Pour le faire dignement, il se faisait expédier de Paris tout ce qui lui était nécessaire. Il y avait laissé son neveu de Brives-la-Gaillardc, assez ignorant, mais très madré, un bomme très dévoué, « un garçon de l'autre mondre, attentif à ses intérêts », une sorte de Maître Jacques, intendant, valet et secrétaire.
Il lui demandait du vin, qui devait être à Londres le principal luxe d'une vraie table française, du Bordeaux et du Xérès qu'on expédiait cacbeté, ficelé, emballé. De loin, Dubois surveilla l'état de sa cave, comme un arsenal à l'usage de sa diplomatie : « Je ne comprends pas la vidange de mon vin de Xérès. Achetez à Monsieur le premier président de Bordeaux six pièces de Pontac que l'on préfère au plus excellent vin de Champagne. Ayez grand soin de remplir les tonneaux de vin de Tokay avec des cailloux bien lavés. » Il provoquait aussi de fréquents envois du Périgord, « un pays où l'on fait bonne chère, le pays des jambons qu'il vaut mieux donner aux Anglais que laisser aux souris et des bonnes truffes qui réussissent à merveille». Dubois entendait faire à ses hôtes les honneurs de la cuisine et de l'esprit français ^
Pour paraître à la cour, auprès du Roi, il commandait à Paris, toujours à son neveu, un carrosse, des chevaux les meilleurs et les plus beaux, un juste-au-corps et une culotte de
1. Tous ces détails ont élc réunis par M. Auljerîm, oiiv. cité, p. 102-105.
velours violet, « avec une veste et des manches qui relèvent sur l'habit d'une belle étoffe » . Par un raffinement d'élégance qui était bien du temps, pour ne point paraître un parvenu habillé de neuf, il indiquait qu'on y mit un peu de poudre sur les épaules, « comme s'il avait été porté' ». Le neveu choisit du velours et de l'étoffe d'or à 105 francs l'aune, très beaux et très chers. L'oncle et l'intendant s'entendaient à merveille ; ils faisaient largement les choses quand il le fallait, tout en sachant compter- : « Faites-moi faire un habit de camelot violet pour ne pas porter toujours le mèine », écrivait Dubois. Le brave garçon veillait au grain, défendait l'héritage que lui destinait le protecteur de la famille, reconnaissant de ses soins. Dans^cette correspondance intime, il y a des côtés touchants, à côté des détails pratiques qui éclairent d'un jour tout nouveau le caractère de Dubois : « Votre santé est délicate, ne faites que ce qui sera absolument nécessaire et fatiguez-vous le moins que vous pourrez. » C'est au moment le plus épineux de sa négociation, dans la fièvre d'une action décisive, que le diplomate trouvait le temps de penser à la santé d'un neveu dévoué ^.
La cour d'Angleterre était alors à Hamptoncourt, cette antique demeure de Wolsey à laquelle là dynastie protestante, depuis 16S8, s'attachait comme à un symbole de la Réforme, ayant accouplé, au temps de Guillaume III, la grande façade de Versailles aux créneaux et aux ogives anglaises du xvi*^ siècle, les armes des Nassau au chapeau du Cardinal. Dubois, entouré et fêté, apportait de France l'esprit et l'élégance à cette société qui aimait nos goûts et notre langue, qui se plaisait dans le parc disposé et taillé à la façon de Le Nôtre, au milieu des statues de dieux classiques, comme à un oasis de bon ton dissimulé dans la verte vallée de la Tamise, derrière les grands arbres de Bushy- Park. Il y retrouvait les souvenirs glorieux d'un homme parti de bien bas comme lui, parvenu })ar la faveur de son maître et le commerce des souverains, aux premières dignités de l'Fglise et au gouvernement d'un grand l^^lat.
1. Duboi:^ à son novcii, 12 oclohiM» 1717 A. l'iTU., Anii;., I. :!(ll, f" 187).
'2. Aubcrlin, p. 105.
3. Dubois à son neveu, 8 octobre 1717 (A. l^TR., Ang., t. 301, f" 262).
Toute l'arislocralie anglaise lui faisait lionneur : bals, chasses, courses de chevaux, dîners de huit cents couverts ^ Il reportait ces honneurs à son maître : « MylordOnslo\v,chez qui le Roi dîna m'ayant porté à ]>etit bruit la santé de Votre Altesse Royale avec du vin de Chypre de quatre-vingt-dix ans que son frère lui a envoyé de Constantinople, le Roi, s'en étant aperçu, demanda du même vin et m'ordonna de choquer tout haut, devant tous, mon verre avec le sien et dit très haut : « A la santé de Monsieur le Régent, le bon ami de l'Angleterre. » « Ce qui fut répété par huit cents voix et bu de la même manière à sept ou huit tables où était la principale noblesse d'Angleterre-.»
Ce n'était pas un mince mérite pour l'abbé d'avoir pti conquérir et soutenir de telles sympathies : il lui fallait de la grâce, beaucoup de bonne humeur, de sang-froid, et surtout un solide estomac. Dans ces festins, on trouvait le temps de parler affaire, Dubois avec Stanhope particulièrement. Tout bons amis qu'ils étaient, ils faisaient, comme à l'ordinaire, assaut de finesses: Dubois lui laissant croire que, si l'Empereur ne se réduisait pas à des conditions raisonnables, le Régent ne pourrait traiter avec lui ; Stanhope faisant valoir que ce refus enhardirait le roi d'Espagne, son principal ennemi, à disputer plus tard la couronne, irriterait TEmpereur et le déterminerait à former contre la France, avec lé roi de Sicile, une coalition redoutable. Pour intimider le duc d'Orléans, Stanhope le menaçait de perdre la succession de Louis XIV qu'il gérait et celle de Louis XV qu'il es[)érait. Et Dubois reprenait sa vieille antienne qui ne trompait personne, et encore moins l'Anglais : « Le repos du public était le seul motif qui touchait le Régent ; si on se flattait qiiil comptât son intérêt pour quelque chose, on en serait désainisé toutes les fois que l'on tenterait d'exiger de lui quelques complaisances sur un fond si éloigné de son caractère '^. »
En réalité les deux diplomates pelotaient en attendant partie: le ministre anglais déterminé, pour obtenir de l'Empereur une Renonciation formelle à la couronne d'Espagne qui sauvegardât
L Vie manuscrile de l'uhbé Dubois (B. Maznrine H. 2354).