‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 148 sur 246 · Aubertin, p · texte numérisé non relu

Aubertin, p

3. Dubois au Régent, 18 octobre 1717 (A. ÉTR., Ang., t. 302, f"^ 10 à 15).

248 SIX MOIS DE TREVE (JUILLET-DECEMBRE 17i7)

les droits de S. A. R., à lui fournir des avantages en Italie, malgré l'Espagne s'il le fallait ; Dubois, quoiqu'il s'en défendît, prêt à traiter au nom du Régent avec l'Empereur tout seul, si l'Espagne refusait d'entrer dans un accommodement favorable à ses droits : « Les Anglais ne feront pas, disait-il, en conclusion, le 25 octobre 1717 au Régent, sur certains points (ceux qui regardaient l'Espagne) ce que l'on souhaite d'eux, et sur d'autres (utiles au Régent) en feront /)/ws'.»

La France avait souscrit aux conditions de l'Angleterre, la principale désormais étant l'obligation absolue pour le roi d'Espagne de laisser les Allemands envahir l'Italie; pour l'Empereur, d'abandonner ses droits à la couronne d'Espagne. On emploierait au besoin la force pour contraindre les deux souverains. Quoique les termes de ce complot ne pussent être fixés que par l'arrivée du ministre impérial et les nouvelles d'Espagne, Dubois employa activement ses loisirs à le préparer.

Il fallait d'abord s'assurer à Paris du Conseil de Régence, « l'accoutumer à entendre les vérités générales qui servent de fondement au parti que S. A. R. a résolu de prendre et introduire ainsi, malgré les malinlentionnés, sans laisser aucune délibération, les conséquences et la conclusion qui en résultent- ». Dans une lettre faite pour être montrée au Conseil, l'abbé posait en effet un ])rincipc qui jusque-là était resté secret entre les affidés du duc d'Orléans : la nécessité d'effrayer l'Espagne par des démonstrations militaires, pour l'obliger à céder à l'intervention de l'Angleterre, de la France et de la Hollande. « Si l'Espagne faisait des difficultés insurmontables, et que l'Empereur continuât à vouloir bien traiter avec les membres de la Triple Alliance, Sa Majesté Rritannique supplie Sa Majesté d'examiner s'il faudra laisser le repos de l'Europe à la merci du ministère espagnol -'. » Du même coup, on effraierait et on contraindrai! les mécontents, le pai-ti espagnol : « Si j'étais le Régent, disait Dubois, j'aurais une telle contenance en lisant cette lettre que personne n'oserait desserrer les dents pour comljatlre le projet ({u'il a

\. Dubois au I5égcnt, 25 octobre 1717 (.V. ÉTH., An<j:., l. 301, 1'" 4,5 à 48).

2. Dubois à \;ui<ié, 18 octobre 1717 (A. KTR., Ang., t. 302, 1"' 16 à 18].

3. Diiiiois au Roi, iiiciue date ^A. KTR., .Viiy., t. 302, l- 4 à 7).

i/Aïuu'; nrnois a Londres 249

formé, el cela lui doimci'ail occasion d'observer la conlenance de chacune »

Dubois chargea Nancré d'assurer rcxccution de ce plan. Il comptait sur le concours de Torcy qui s'y était associé, sans doute avec l'espoir d'être mis à la place dumarécbal d'Iiuxelles-. C'était entre eux un échange d'honnêtetés et de protestations dont Nancré était l'interprète^. Pour entraîner le Régent jusquelà, et pour lui donner la fermeté qui lui manquait d'ordinaire, l'abbé revenait de nouveau à son premier conlident, l'ami du duc d'Orléans, Noce, qu'il avait autrefois employé. Il craignait qu'il ne fût mécontent de s'être vu sacrifié, depuis peu, à Nancré. Il priait celui-ci d'aller le voir, le consoler, de conférer à tète reposée'' : « Il a très grand bon sens et grand attachement à Monseigneur, répondait Nancré, il n'a pas pris le moindre ombrage^. » Tous ces avis s'échangeaient entre Paris et Londres avec rapidité, dans le plus grand secret. Un courrier les attendait à Calais et les apportait en Angleterre en mains propres à l'abbé, qui n'entendait point les confiera la poste d'Angleterre'*. A Paris, le neveu de Dubois les remettait à Nancré qui les faisait parvenir au Régent, en dissimulant aux domestiques le plus possible ses visites trop fréquentes". Dubois veillait à tout il avertit le duc d'Orléans « de ne pas laisser traîner ses billets quand il les avait lus**». Là-dessus, avec la liberté d'un précepteur, il gourmandait discrètement sa paresse et sa négligence.

Jamais mois n'a été mieux employé. Dubois était de ces hommes qui, à la veille des batailles décisives, passent la revue de leurs troupes, donnent leurs instructions par le menu, ne négligent aucun détail. Son activité alors fut incroyable : lettres à Nancré, à Torcy, au Régent, mémoires rédigés et soumis à leur examen, billets à son neveu, correspondance avec le maré-

1. Dubois à Nancré 18 octobre 1717 (A. ÉTR., Ang., t. 302 1' 20V

2. Nancré à Dubois, 29 octobre 1717 (A. ÉTR., Ang., t. 302, f" 32).

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