‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 149 sur 246 · Dubois à Nancré (18 octobre · texte numérisé non relu

Dubois à Nancré (18 octobre

chai d'IIuxelles seul, et enfin jusqu'à trois exemplaires d'une lettre destinée au Conseil de Régence, pour donner au duc d'Orléans le moyen de choisir, le tout entrecoupé de festins, de bals, de chasses, de conversations, de sociétés et d'affaires.

C'était une tâche effrayante. La correspondance de Dubois embrasse l'Europe tout entière, depuis la Méditerranée jusqu'à la mer du Nord. Elle a toujours pour objet, au point de départ, la question de la Baltique : le roi d'Angleterre était d'aboid Electeur de Hanovre, membre influent de l'Empire, obligé de ménager l'Empereur et capable de plaider auprès de lui la cause du Régent, i)Ourvu que l'on lui donnât sa part dans la liquidation de la faillite suédoise. Dubois écrit directement au ministre de Charles XII, le baron de Gœrtz, pour l'informer des bonnes dispositions de l'Angleterre et le prier d'y répondre '. II envoie au comte de Rotlembourg, à Berlin, des reproches discrets pour avoir encore écarté la Prusse de l'alliance de Hanovre, pour avoir encouragé Frédéric-Guillaume F'"' à se lier avec la Russie d'une union inviolable, et laissé Gœrtz enfin poursuivre des projets belliqueux contre le Hanovre. II le prie de changer de méthode, malgré les instructions de d'IIuxelles-.

Pour tous ses services rendus au Hanovre, Dubois attendait des ministres allemands de Georges I'"' qu'ils amèneraient l'Empereurà sacrifier ses prétentions sur l'Espagne par intimidation, en feignant un rapprochement avec la Prusse, ou par conseil.

M. de Bernstorff. très attaché à Georges P'', désirait sans doute procurer « l'aiiliésion impériale au système de Dubois et de Mylord Stanhope, qui était aussi le sien : il était toutefois de ces Allemands qui avaient gardé une déférence traditionnellepour la personne de l'Empereur. EtCharles M, en outre, avaitflatté sa vanité etpiquéson dévouement, enlui laissantcroire qu'il était le seul ministre d'Allemagne qu'il consultât'. » Dubois, malgré tout, allait trouver le moyen de le mettre « en bon chemin ». II s'attachait son agent, le réfugié protestant Robe-

1. iJiihois à (id'itz, 22 octobre 1717 (.\. KTR., Anii;., t. :5(IV?, f" 4:5-41).

•2. Dubois à lîotlcnibour^', mémo date (A. KTR., Ang., t. 302, T" 40-41); Iii.^^lriictione du maréchal d'IIuxelles à Rotlembourg, 6 janvier 1718 (A. ETR., Prusse, 1.57, f" 206).

3. Dubois à diki.xelles, 2.5 octobre 1717 (A. I';TR., Ang., t. 302, f" 49).

thon, « conseiller privé d'ambassade de S. M. Britannique » par des arguments irréfiitaliles : une lettre de change de quinze mille livres « pour inspirer M. de BernstorlT, ce qui pourra nous être favorable^ ».

L'arrivée de Pentenridtcr, le ministre à Londres, était le moment fixé pour la discussion définitive. Dubois ne se contentait pas de l'attendre : il songait d'avance « à le désabuser luimême des préjiif/és de la cour de Vienne'^ ». Le mot est bien joli pour désigner une trahison. Dubois semait sa route d'avocats et de tentations. Comme il devait passer par la Hollande, oîi l'Angleterre entretenait un ambassadeur entêté des intérêts autrichiens, Cadogan et la France, M. de Châteauneuf rebelle au secret du Régent, l'abbé reprenait son ancienne correspondance avec les amis qu'il avait laissés à Amsterdam, Duywenworden surtout. Basnaget'ut encore, 'à La Haye, l'agent de cette correspondance secrète, chiffrée, qui de Londres s'en allait à Paris chez le neveu de Dubois, puis à Rouen par l'intermédiaire de Fontenelle, chez M. de Montigny, de là à La Haye, enfin revenaità Londres, sous le couvert d'un maître à danser, M. Dubuisson, à Saint- Martin Scort, derrière l'Église, proche Charing-Cross^ : « Vous êtes le seul homme, écrivait à Basnage l'aimable abbé, pour qui je ferais à cloche-pied cinq cents lieues*. » Il comptait sur ses amis de Hollande pour débaucher l'envoyé impérial. Il comptait aussi sur Stanhope pour offrir à l'Allemand, dès son débarquement, un souvenir du Régent, « l'argent ayant de l'ascendant sur lui ». Il priait Robethon enfin de l'intéresser le plus tôt possible au succès de la négociation*^.

Au 1" novembre 1717, toutes les mesures étaient définitivement prises pour forcer l'Espagne et l'Empereur aux conditions que Dubois et Stanhope, sans s'être expliqués davantage, s'apprêtaient à leur imposer : « Je suis dans une affaire, écrivait-il à cette date, où toutes les puissances de l'Europe sont intéressées,

L Dubois au Régent, très .secrète, 18 octobre 1717 (A. ÉTR., Ang., t. 302, f° 2).

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