Alberoni au Régent (même dépêche note
4. Le Régent à Alberoni, 26 octobre 1717 (A. ÉTR., Esp., t. 263, f" 48).
2S6 Six MOIS DE TUKVE (JUILLET-DECEMBRE 1717)
Régent paraissait alors disposé à suivre TEspagne plutôt que l'Empereur et les Anglais.
La diplomatie de Dubois sembla, ce jour-là, enfin vaincue par le maréchal d'Huxelles. Le ministre ne négligeait rien pour entraîner le Régent hors de ses plans primitifs. Forcé pourtant à une certaine réserve, il donnait la parole au maréchal de Tallard, lequel déclarait net qu'il valait mieux entrer u dans les alliances qui se présentaient que de traiter avec V Empereur "^ ^y. Il y avait une personne qui parlait plus haut encore, l'homme du bassin de^ Tuileries ^.
Il s'en allait à Maisons, à Liancourt, dans les grandes familles, chez les ministres, auprès de Villeroy, tenir des discours violents contre l'alliance anglaise, injuriant Dubois. Il fréquentait le Palais-Royal et le Régent, « qui n'osait faire en sa personne un exemple ». Seul Torcy restait étranger à cette cabale du roi d'Espagne, comme il l'appelle^. Il était d'avis qu'il ne fallait pas varier, et ne pas s'engager pour l'Espagne dans une guerre qu'on ne pourrait pas soutenir*.
Les intrigues de cette cabale à Paris, les démentis qu'elle donnait à Madrid aux déclarations que Dubois faisait à Londres allaient bientôt détruire dans toutes les cours la négociation commencée autrefois à La Haye et à Hanovre. Sur tous les points, de toutes les manières, elles en formaient le contrepied. Le Régent avait i)romis aux Anglais d'appuyer la démarche que le colonel Stanhope était chargé de faire aui)rès de Philippe \' pour le décider à accepter l'accommodement. Le maréchal d'Huxelles n'envoya })as à Saint-Aignan, notre ambassadeur, les ordres que le duc d'Orléans lui avait prescrits''. Le duc de
1. Nancréà Dubois, T. iiovcml.r.' 1717 (A. KTIV. \\\ii., 1.30'^, 1" IMVyS'i.
2. Dubois à Nancrc, 2"^ octobre 1717 (Ang., t. 302, f" 83 ; Xfincié à Dubois, 2 novcinbi-e (A. ÉTR., Ang., t. 302, f" 81-88i. Nous n'nvons pu (iéfcnnint'r (juel tMail ce pcî'sonnagc du \v.\v\\ ospaii;nol, (Icllninaïc, N'iil.us ou Nillcioy, ]i(Mil-èlr(' d'Effial, un familier du Palais-Uoyal.
3. Torcv, Mémoires inédiis, II, f" W\)\ Sainl-Simon, XIV, p. 251)).
4. NancVé à Dubois, 5 novembre 1717 (A. KTU., Ang., t. 302, f" %-98).
f). Il n'y a pas en elTet de dépêche du inaiéclial ni du roi à Saint-Aignan en octobie 1717. La dernière dépèciic est du 10 t^eptenibrc 1717 (A. KTH., Ksjjagne, t. 25'.), f " 175). Elle est dans des termes très mesurés. On engage le roi d'Espagne à accéder : la France oITre ses i)ons olfices, sans la moindre menace. Depuis, plus lien jus(iu"ra i)o\ciubre 1717 (.\. ETR., Espagne, t. 200).
MANÈGES DE LA VIEILLE COUR ET DES FARNÈSE A PARIS 2a7
Sainl-Aignan ne s'associa qu'avec beaucoup de froideur aux démarches des ambassadeurs anglais, Stanhope et Bubb^
Encouragé par ce silence de la France, docile aux ordres du duc de Parme, Alberoni rejeta toutes les propositions de l'Angleterre : elles lui furent faites, le 13 octobre, par Stanhope à l'Escurial. Le cardinal y répondit par de violentes invectives contre la paix d'Utreclit, sur \[\ prétendue neutralité de VItcdie laissée à la merci de l'Empereur et la fallacieuse promesse d'une succession en Toscane qui ne viendrait Jamais. Il traitait d emplâtre la proposition des Anglais-. Quel motif d'envoyer un ministre à Londres pour négocier la paix, alors que l'envoi de Dubois à Londres, de la part du Régent, n'était pas la preuve certaine qu'il approuvât la négociation'^? Pendant tout le mois d'octobre, il se tint sur ce terrain très solide, refusant de prendre un parti, tant que le Régent n'aurait pas pris le sien^. Les Anglais perdant patience, inquiets autant que Dubois, chargèrent de leurs reproches leur envoyé à Paris et menacèrent de rompre avec la France.
« 11 y a des gens en France, déclara Stair au Régent avec sa brutalité ordinaire, qui font tout leur possible pour détourner le roi d'Espagne d'entrer dans le plan-'. »
Le Régent avoua que « les canaux par lesquels passaient ses volontés n'étaient pas trop nets », qu'il n'avait qu'une personne sûre, son homme de confiance en Angleterre; il déclara partout très haut que rien ne le détournerait de sa résolution de conclure avec l'Empereur, même sans l'Espagne*^. Quelle singulière atti-
1. Colonel Stanhope et Dodington à .James Stanhope, 18 octobre 1717 (A. ÉTR., Ang., t. 302, f° 209-216). Les mêmes à Stanhope, 3 novembre 1717 {Coxe, Bourbons d'Espagne, II, p. 367).