Le Régent à Dubois, 7j^^noveiiil)re
2. Torcy, Mémoires inédits, II, 1'" lOOG; Saiiil-^îimon édil. Chéniel, XIV, p. ?()!■. « BernslorIT voulut tourner en poison 1m réponse du roi d'I-^spagne. 11 dit <]u"elli' était concertée avec la cabale do France opposée au Régenl. lldlx-liinii répétait et publiait ses sentiments. »
3. Bol hmar, itfe'mojVes {Deutsche Forschunf/cn, I.XXVl, p. 225); Torcy, Mé)noires, II, f" 1117-1118; 111, f° 3; Saint-Simon (édit. Chérucl, XIV, p. 288, 408).
4. Le projet est tout entier, et longuement exposé pai" Bolhmar. Mémoires {Ibidem, p. 225). Il ajoute que Sunderland avait donné ,'i Slaniiopc le soin de le rédiger. « Von dcr Renuncierung des Kaisers mm Spanien war lu dicscMii Project keine Erwadiiuing getlian. » C'était lu un coup droit au duc dUrléans. — Voir la dépêche de Pentenridter à sa cour, 23 novembre 1717 (Wien. staats. .vhch. dans Weber, Die Quadrupel Allianz, p. 51).
ENTRE HANOVRE ET FARNKSE, HÉSITATIONS DU RKGENT 2îi9
Puisqu'ils paraissaient si bien s'entendre entre eux, entre Paris et Madrid, pour soutenir leurs avantages, n'était-il pas naturel que l'Angleterre et l'Empereur se rapprochassent, à leur tour, pour défendre les leurs ? Alors, au lieu d'une paix générale, c'étaient deux ligues opposées, prêtes à la guerre.
Tout l'édifice diplomatique, si savamment construit par Dubois depuis deux années risquait de s'effondrer. L'Angleterre, qu'il avait détachée de l'Empereur à force de séductions, prenait de nouveau parti contre le duc d'Orléans; une guerre se préparait dans les conditions où s'élait faite la guerre de la Succession d'Espagne, pour le même objet et pour une nouvelle succession, celle de France.
Dans la première quinzaine de novembre 1717, Dubois crut perdu tout ce qu'il avait gagné à force de science et d'activité, la confiance du Régent, l'alliance des puissances protestantes, la fortune de son maître et sa propre fortune garanties par cette alliance. Entre le Secret du Régent qu'il avait formé avec les whigs et le Secret des Farnèse servi par l'ennemi des whigs, Peterborough et par Alberoni, c'était le dernier qui parut l'emporter. Ce fut proprement la crise et le nœud de ce drame diplomatique. Les actes précédents n'étaient que jeux et passe-temps auprès de cette scène qui ne pouvait se terminer que par le triomphe d'Alberoni ou par celui de Dubois.
C'est à Dubois qu'il faut donner alors la parole pour comprendre les sentiments des principaux personnages et juger l'importance de cette action décisive :
(( A Londres, ce 11 novembre 1717*.
« C'est un point bien délicat, Monseigneur, que les nouvelles ouvertures que l'on a faites à Votre Altesse Royale. J'ay frémi à la vue de ce qu'on lui propose qui ne peut être que très pernicieux, s'il n'est pas très bon, c'est-à-dire s'il n'est pas possible, heureux et sûr. Quand je seray instruit du détail de ce projet, je consulteray mon sixième sens qui me donne quelque instinct pour ce qui regarde votre /l. /?., et je lui diray pour lors mon sentiment. Cependant sans m'arrester au proverbe qui dit quil
l. Dubois au llcgent, très secrèie, II novembre 1717 (A. ÉTR., Ang.,, t. 302, f° 217 et suiv.).
ne faut courir en mesme temps deux lièvres, sur l'idée générale que ces lettres m'offrent, je ne croy point que ce soit une ruse, mais un parti forcé de gens outrés et dans le dernier embarras. Malheureusement ceux avec qui il s'agit de s'embarquer ne peuvent que vous estre très suspects par leur caractère, par leur mauvaise foy qu'ilsont montrée dans tous les engagements qu'ils ont pris, par leurs sentiments particuliers à l'égard de V. A. R. Quand on a affaire à des fous, des fripons, des ennemis personnels, et des concurrents, la prudence veut que l'on ne prenne aucun engagement avec eux ou qu'on prenne de grandes précautions avant que de s'engager, et on a raison de craindre « que passato il perirolo, gnbl)ato il sanlo ». Le lion qui a une épine au pied se la laisse tirer avec toute douceur, mais lorsqu'il a repris ses forces, il nij a (/ue dans la fable quil se souvient du bienfait. ]^ous allez armer ces gens-là, les ameuter, augmenter leur puissance, les establir de j>lein pied druis la France, et les mettre à portée de vous prendre de tous costés, et de vous embarrasser et vous nuire, dans l'occasion mesme en faveur de laquelle vous les écoutez. Il serait beau au Roy d'Espagne de joindre l'Italie à sa couronne, mais quelque jour on trouvera plus magnifique encore et indispensable d'y joindre le royaume de France lorsqu'on sera en estât de le faire ; et la seule modération dont on se piquera, sera d'en céder quelques provinces à ceux qui pourroient y apporter obstacle. Une aussi grande puissance^ avec un droit direct à la Couronne de France, est plus à craindre en Italie, que V Empereur avec tous ses succès, et tout ce qu'on vous faisait craindre de luy pour l'avenir, si il violait le traité. C'est une guerre à laquelle il faul vous engager par le nouveau projet et l'attirer au Hoyaumc, d'entrée de jeu. On a fait aj)préhender à V. A. R. que si elle traitait avec l'Empereur, elle donnerait atteinte à ses droits par quelque petite dérogation qu'il faudrait faire au traité d'Utrecht, quoy que cette dérogation dust avoir j)()ur motif le maintien de la tranquillité j)ul)lique et estre réparée par des indemnités. Mais ne risquerait-elle pas davantage par une violation formelle du traité de Bade, qui renverseroit entièrement celuy d'Utrecht? On ne voit aucun inconvénient essentiel pour votre A. R. dans un traité