LA TRIPLE ALLIANCE ET ÎDUBOIS VICTORIEUX
venait là, d'une véritable révolte de l'opinion en France contre son autorité.
Aussi bien, n'était-ce pas vraiment aux arguments de Dubois que le duc d'Orléans s'était rendu. Il ne cessa de les réfuter pendant tout le mois de janvier 1718 : « On commence à prendre de force à l'Espagne la Sardaigne, et elle pourra dire qu'on ne lui offre rien que ce qu'elle a naturellement par le traité d'Utreclit. Quelle apparence que le cardinal Alberoni, du caractère dont on sait qu'il est, qu'il n'a songé qu'à troubler l'Europe par la guerre, veuille confii'mer les Renonciations, sans en tirer aucun avantage que d'avoir eu l'affront de voirécbouer sa levée de boucliers? Faudra-t-il faire des hostilités contre le roi d'Espagne pour lui faire rendre la Sardaigne? » « Mais alors, c'est la guerre, la plus fâcheuse, la plus impolitique des guerres. Je sais Régenl de France, je dois me condaire, ajoutait-il avec une philosophie qui n'était pas désintéressée, de façon (/a'on ne puisse pas me reprocher de n avoir songé qu'à moi^. »
Dubois n'avait pas grand'chose à répondre : « Cest la crise de votre négociation, lui disait-il. Les Anglais comptent que vous ne consulterez plus personne dans une affaire qui vous touche personnellement de si près. Si l'Espagne ne se rendait pas aux avantages qu'on lui impose, le dessein de s'opposer aux droits de V. A. B. serait son seul motif : auquel cas il est de votre intérêt de ne point marchander ; il est heureux qu'Elle ait une occasion de se déclarer contre Alberoni avec les grandes puissances, et pour un sujet aussi favorable que celui de vouloir donner la paix au royaume et à toute l'Europe -. »
C'était toujours le même mélange de vérités et de sophismes que, depuis deux ans, Dubois employait auprès du Régent pour l'attacher à son système et aux Anglais. Toujours le même appel à son ambition^. C'est ainsi qu'il avait réussi à lui conseiller la convention de Hanovre aux dépens de la marine française, la
1. Le Régent ;i Dubois, 17 janvier 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 314, f" 88). Le Régent à Dubois, 24 janvier 1718 i \. ÉTR., Ang., l. 314, f" 181) ; Lemontey, I, p. 138.
2. Dubois au Régent, 15 janvier 1718, de Londres (.\. ÉTR., Ang., t. 314, i» 130).
3. Dubois au Régent, 1<J janvier 1717 (A. ÉTR , .\ng., t. 314, f" 191). « Si l'Empereur consent aux deux points essentiels de rjuelque façon qu'on tourne le reste, V. A. R. fera une bonne affaire. »
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Triple Alliance de La Haye aux dépens de notre commerce. Pour l'attacher à l'Empereur à cette heure décisive, il recourait au même procédé : l'Empereur étant exigeant, il fallait lui promettre la Sicile « avec la certitude qu'il ne serait engagé à rien, s'il ne pouvait en être mis en possession », des subsides, Livourne même et Pise pour lui arracher la seule concession qui importât à cette heure, l'abandon de ses droits au trône d'Espagne de manière à fixer ceux du Régent au trône de France ^
Ces arguments étaient de nature à exciter l'ambition du Régent, sinon tout à fait suffisants pour calmer ses scrupules. N'avait-il pas à craindre aussi « qu'à force de vouloir gagner à ses intérêts les puissances étrangères, il ne s'aliénât les Français ^ » ? A cette heure décisive, les scrupules de conscience le gênaient peut être moins que la peur de se perdre. La politique, plus que le devoir, le mettait en garde et l'empêchait de se résoudre.
Ce ne fut pas alors seulement la diplomatie de Dubois, mais l'autre secret, celui de Louville et de Longepierre qui le tira d'embarras. Le 24 décembre 1717, tandis que Dubois allait repartir pour l'Angleterre, le Régent recevait en secret, « comme pour une bonne fortune », et en conférence nocturne, deux personnes'*. C'étaient Longepierre et Louville qui venaient l'entretenir des i)rojets formés à Madrid par Saint-Aignan pour marier une fille d'Orléans au prince des Asturies. Ils venaient offrir au Régent une raison d'intervenir en Espagne et d'expliquer cette intervention })ar le désir unique de renverser Ali)eroni au gré dos Espagnols*.
1. Dubois au Régent, 23 janviei' 1717 (A. ÉTH., Ang., t. 314, f" 204). « L'essentiel est de mettre le projet en tel état (ju'il puisse être accepté par l'Empereur. » — l)ui)ois à Nancré, même date [IhiiL. ihiil., r"274). <- On ne peut pas ménager une alTaire de cette importance, et où il y a tant d'intérêts opposés, sans inconvénienl. Mais on ne peut pas employer de n)oyens plus jiuissanls cl )noiiis chers pour obtenir une renonciation absolue et in(léi)endante de l'Empereur. Kn obtenant l'acceptation de l'Empereur, on i^i'ut parier- double contre simple qu'on aura les deux accessions sans coup férir. »
2. Le Régent à Dubois, 24 janvier 1718 ;voir note 1). « Se délivrer de la criaillerie du ministère espagnol et peut-être de cr/le des Français mal Intentionnés à qui je serais ravi qu'on pût fermer la bouche. »
3. Dubois au Régent. 24 décembre 1717 (A. ÉTU., Ang., t. 3(i3, !'■ 127).
4. Nancré à Dubois, 28 décembre 1717 (A. ÉTR., Ang., t. 303, f 230) ; Saint- Aignan au Régent, 23 novembre-2'.) novembre 1717 fA. ÉTR., Esp., Supp., t. 144, l" 313 ; t. 145, i'" y).