LE DUC D'ORI,ÉANS, LKSPAGNE ET LES ESPAGNOLS
Le duc d'Orléans Irouvail ainsi le moyen de rejeter sur le cardinal, eu i^spaguc et en Franco, (ont l'odieux des mesures que l'Angleterre et l'Empereur exigeaient contre Philippe V. C'était pour plaire aux Espagnols, les délivrer du joug italien, qu'il allait combattre l'Espagne : « La justice, écrivait-il secrètement à Saint-Aignan, le 27 décembre, la raison, mes pi'omesses, l'intérêt des deux couronnes et le mien particulier m'engagent à conserver l'estime et l'afTection des Espagnols ^ » Désavouant alors la négociation entamée avec les Farnèse, il engageait Dubois à ménager avec lui les sujets de Philippe V : « Je dois, lui disail-il, des ménagements aux Espagnols que je révolterais entièrement par un traitement inégal avec l'Empereur, auquel leur gloire et l'honneur de la monarchie les rendraient très sensibles. Par là, je les ramènerais à Alberoni, an lieu que, s'il fallail une guerre pour V amener à notre point, il faudrait qu'on pût dire ce que dit le comte de Gramont au \\o\ :
« Dans le temps que nous servions Votre Majesté contre le cardinal Mazarin. » Alors les Espagnols même nous aideraient-. »
Telle était la solution que le Régent adopta, une combinaison qu'il jugeait heureuse de deux secrets poursuivis parallèlement depuis deux ans par Dubois et Longepierre. Par l'un, il s'assurait des puissances de l'Europe qui lui garantissaient ses espérances. Par l'autre, il s'assurait de l'Espagne, des Espagnols et des princes ses neveux. Par des traités et des démonstrations militaires, en Europe, par des complots au delà des Pyrénées, il menaçait Alberoni, combattait la politique italienne des Farnèse qui s'était dressée tout à coup en face de sa pro])re autorité. Il était, dès lors, prêt à leur déclarer la guerre, soutenu par toute l'Europe, encouragé par les Espagnols mécontents du joug des Italiens.
1. Le Régent à Saint-Aignan, secrète, 27 décembre 1717 (A. ÉTR., Esp., Supp., t. 145, f"' 29 et 30).
2. Le Régent à Dubois, 24 janvier 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 314, ï" 181). Et Dubois disait à son élève le 20 janvier [Ibid., t. 314, f" 191) : » V. A. R. empêchera que le cardinal n'ait le temps de détruire le parti des Espagnols naturels, en le détruisant lui-même. Il pourra tirer du (jouvernement qu'on lui substituera ce qui peut confirmer ses droits. »