Saint-Simon, Mémoires (édit. Ciiéruol, t. XIV, p
DIBOIS, ALIŒUONI ET r.(M\TZ 281
Jamais, depuis deux ans, le système et la fortune de Dubois n'avaient été soumis à une plus rude épreuve que pendant toute la fin de cette année 1717. Si le Secret du Régent, au lieu de rester attaché à la fortune de la maison de Hanovre, s'était déplacé pour suivre les plans et les ambitions des Farnèse en Italie, c'en était fait de la politique de l'abbé et de son autorité.
Après avoir échappé à ce danger, Dubois ne l'oublia jamais. Sa clairvoyance égalait sa fermeté : ce ne fut pas son moindre mérite, après avoir évité cette catastrophe, que d'avoir su par la suite en éviter le retour. Il ne tenait pas les promesses pacifiques qu'il avait faites à la France : il avait préparé plutôt que prévenu la guerre. Mais il avait maintenu et étendu son système, dans l'intérêt de son maître et sa propre fortune.
II disait sans doute, très haut, qu'il ne désespérait pas encore de la paix ; on l'entendait « parier double contre simple », que son maître obtiendrait l'accession de l'Empereur et de Philippe V et les concessions nécessaires des puissances du Nord. Il ne craignait pas que les faits vinssent démentir ses présages.
Tant pis, si Gœrtz et Alberoni s'entêtaient contre toute raison, si leurs maîtres portaient la peine de leur résistance ! Tout était prévu : qu'Alberoni s'entètàt, alors malheur à lui. Dubois jouait à coup sur : il s'était préparé à rejeter sur ces deux brouillons la responsabilité de la guerre. Il se faisait fort de prouver à l'Europe, à la France, à l'Espagne même, que le Régent et ses bons amis d'Angleterre étaient les seuls qui, sincèrement, eussent voulu la paix. Et ce qui était plus sûr encore, c'est que déjà l'Angleterre, les Etats généraux, et l'Empereur garantissaient ou allaient garantir les droits de la maison d'Orléans au trône de France. Cette trêve de six mois n'avait pas été perdue pour le Régent et pour l'abbé, son confident, sinon pour la paix de l'Europe et celle du royaume.