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LES AMBASSADEURS \M SECRET DU RÉGENT

Régenl, aux reproches de celui-ci, aux soupçons des Anglais s'ils travaillaient pour leur pays.

L'un d'eux, Rottembourg n'y put tenir : il demanda son rappel. En vain, pour le débaucher, Dubois lui faisait espérer « des distinctions proportionnées à son mérite* ». Pour en faire un bon Ilanovrien comme lui-même, il lui disait que la reine Sophie- Dorothée était de Hanovre et songeait à rapprocher sa nouvelle famille de la première par un mariage. Ne serait-ce pas lui plaire que d'y contribuer, et servir la France que de lui plaire-? Rottembourg refusa ces offres colorées d'un adroit prétexte^. Comme c'était son devoir, il révéla à d'IIuxelles cette tentative d'embauchage. Sa lettre mérite d'être conservée : « Je ne vous exposerai plus, Monseigneur, la raison d'une santé très faible, je vous rappellerai aujourd'hui la reconnaissance que je vous dois, la fidélité dans laquelle on doit exécuter les ordres d'un seigneur de votre rang et dans votre poste, les sentiments dont je crois que les lois de l'honneur ne peuvent me permettre de m'écarter pour plaire à qui que ce soit. Je vous conjure donc de vouloir bien me mettre hors du cas de m'attirer le ressentiment de personnes trop accréditées pour pouvoir ni en parer'''. »

L'ambassadeur justifia jusqu'au bout ce noble langage par sa conduite. Pauvre, il avait besoin de sa place : il la quitta. On imagina de le remplacer par un Irlandais, le baron de Hooke. Un étranger fut ainsi substitué à un Français : il est vrai qu'il était recommandé au Régent par l'Angleterre, et qu'ayant fait passer à Londres la diplomatie du royaume'', Dubois ne pouvait et ne devait pas s'en faire scrupule.

C'était surtout à Vienne et à Madrid, les deux scènes où

1. Dubois à RoUembouig, 1" février 1718 (A. KTR., Ang., t. 315, f° 2).

2. Ihid., ibid., 25 mars 1718. « Le temps approche où il serait à désirer que les rois d'Angleterre et de Hanovre ne fussent pas si éloignés l'un de l'autre. S'il avait reçu des ordres con/irnres de la cour, qu'il l'en informe et agisse suivant les intérêts de S. A. R. » ^A. ÉTR.. Ang., t. 316, f° 167).

3. Rottembourg recevait alors de d'IIuxelles l'ordre fout contraire de pousser le roi de Prusse à prendre des mesures avec le Tsar contre l'Angleterre. D'Huxelles à Rottembourg, 25 mars 1718 (A. ÉTR., Prusse, t. 60, f° 871.

4. De Rottembourg à d'Huxelles, 18 juin 1718 (A. ÉTR., Prusse, t. 60, f" 173).

5. D'IIuxelles et Hooke à Pecquel, 19 juillet 1718 (A. ÉTR., Prusse, t. 60. f" 193- 195'. Hooke avait été déjà employé par la diplomatie de Louis XlVcn Pologne

294 LA QUADRUPLE ALLL\NCE

allait se jouer la grande négociation, qu'il fallait à l'abbé des hommes sûrs, agréables à TAngleterre et aux deux cours. Les agents officiels de la France en Autriche, en Espagne n'avaient aucun de ces mérites. L'envoyé de Vienne était un résident sans importance, « un nommé Du Bourg, que le comte du Luc avait laissé dans cette cour' «; les renseignements que l'on avait sur \'ienne venaient à Paris par Biron qui les recevait de Bonneval déjà hostile au prince Eugène. Du Bourg n'était pas de taille à déterminer l'Empereur aux résolutions que l'Angleterre et le Régent attendaient de lui. On ne pouvait le comparer au résident que l'Angleterre entretenait à Vienne, le Vaudois Saint-Saphorin, longtemps agent de la cour de Vienne à Berne, et passé, après le traité d'Utrecht, au service de l'Angleterre.

Dubois aurait voulu à Vienne un homme de son choix, très intelligent, initié à son secret. Il proposa, le 25 janvier 1718, le trop fameux Chavigny ^. L'ambassade parut trop grosse pour un parvenu qui avait ce passé ^. Dubois offrit au Régent une autre solution, une mission secrète à M. de Genvry, banquier, une de ces voies souterraines qu'il aimait*. On enverrait cet ami de MM. de Noce et de Fontenelle à M. de Bonneval sous prétexte d'intérêts à régler, avec une lettre de Biron et l'ordre d'écouter les ministres anglais.

Le duc d'Orléans craignait de se compromettre avec l'Espagne par une négociation particulière avec la cour de Vienne. Faute de mieux, l'abbé engagea à son service le secrétaire de Stanliope, le Bàlois Schaub, qui était chargé de porter en Autriche les projets de traité. «La manière dont il parlera à Vienne, écrit Dubois, le 19 janvier 1718, peut beaucoup contribuer au succès de ce que vous désirez. Je ne doute pas que Votre Altesse ne le traite gracieusement : si Votre Altesse avait au doigt un petit diamant de 2,000 écus, lorsqu'il prendra congé d'elle, il me semble qu'elle pourrait lui en faire la galanterie''. »

1. Saint-Simon, Mémoires, (édit. Cliéiuel, XV, p. ûl j. •2. iJubois au Régent, janvier 171S ;A. KTR., Ang., t. 31 1, 1- 2G4\ :i. Le Régent à Dubois, 14 léviier 1718 {Ib., t. 313, f" Wo). l. Dubois au Régent, 31 janvier 1718 (A. ÛTR., Ang., t. 31 1, f" 313). ô. Dubois au Régent, janvier 1718 (A. KTR., Ang., t. 314, 1" 1%). Dubois à Sainl-Rrice (Nancré . 2."» j.uivici- 171fS //».. f. 31), f" 273 .

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Il insistait : « Si Schaub est encore à Paris, je supplie Votre Altesse Royale de mettre tout en usage pour le captiver. C'est un coup de parti, et même d'Etat^. » Il pressa Nancré de lui procurer des avantages pour la ville de Bâle sa patrie, « ce qui est la chose du monde le plus propre à le gagner^ » . Il le désignait même comme un des hommes les plus capables de fournir au Régent les lumières dont il avait besoin sur l'Espagne. La galanterie fut faite : Nancré, au nom de son maître, déclara à Schaub « qu'il trouverait icy dans certain cas une protection et une ressource assurées, supposé qu'il en eût jamais besoin-** ». C'était une manière de l'engager avec des appointements dans la diplomatie du Régent. Depuis lors, il la servit très vivement ; il demeura à Vienne le collaborateur le plus utile de Dubois, faisant sa fortune avec la sienne dans les mêmes négociations.

« C'était, dit Dubois, un fort Joli garçon^ », un petit homme gracieux et éveillé. Le portiait de Rigaud, que l'on conserve de lui au musée de sa ville natale, est charmant. Sous la grande perruque poudrée, la figure est jeune, fraîche et aimable. Le front haut et large, le nez effdé quoique plein, les yeux bleu pâle, doux et légèrement allongés donnent l'impression d'un esprit enjoué, adroit et sûr de lui-même. « C'est un fort honnête garçon, très droit, sans intérêt, qu'il faut pourtant gagner par des caresses et de solides arguments-' ». Et il le faut : «■ 11 est surprenant comme dans les conjectures où se trouve ce petit homme, il peut faire du bien ou du mal. Après lui avoir donné delà bonne volonté, donnez-lui des ailes pour aller à Vienne*^. » Dubois formant son ministère en Angleterre, son principal agent à Vienne était un secrétaire anglais; sans doute, il le fit surveiller par Du Bourg, qui pouvait au moins servir d'espion'.

1. Dubois au Régent, 14 février 1718 (A. KTR., Ang., t. 315, f' 112).

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