‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 186 sur 246 · Saint-Simon, Mémoires, XIV, p · texte numérisé non relu

Saint-Simon, Mémoires, XIV, p

6. Aubertin, Esprit public, p. 111; Dubois au Régent. 2 février 1718.

300 LA QUADRUPLE ALLL\NCE

difficile pourlaiît de reconnaître des personnages particuliers, le maréchal d'Huxelles et Tabbé lui-même.

Le 28 janvier 1718, la disgrâce de Noailles et de d'Aguesseau prépara le succès de ses desseins. « Il est facile après un tel préliminaire de former un gouvernement à souhait pour le présent et pour l'avenir, » écrivit Dubois à son maître \ Il félicita d'Argenson, « nouvel Hercule, de la défaite de ces monstres, d'avoir séparé le mauvais grain- ». Et son confident Nancré, comprenant ses espérances et flattant son ambition, lui disait : « Il vous paraîtra peut-être que Son Altesse Royale est demeurée à moitié chemin, mais vous connaissez sa bonté naturelle et elle veut espérer qu'elle n'avait pas besoin d'en faire davantage •"*. »

Quand viendrait le succès de sa négociation, il pousserait le Régent à faire en sa faveur le pas décisif. Au mois de mars, il envoya de Londres son secrétaire Chavigny pour suivre cette affaire personnelle, tandis qu'il faisait à Londres celles du Régenta Aussitôt arrivé, Chavigny allait au Palais-Royal, plaidait la cause de Dubois, et l'avertissait des dispositions favorables oi^i il avait trouvé le maître. « Oh! dit celui-ci, l'abbé a bien de l'esprit et me sert. — Et, comme en parlant de vos envieux, j'ajoutais que c'est sans doute votre esprit et votre zèle qui les offusquent. Son Altesse Royale m'a répondu : vous l'avez dit. — Je suis persuadé qu'à votre retour, vous serez le maîlre absolu de celle cour •*. »

L'abbé avait choisi, aussi, d'autres avocats, le roi d'Angleterre qui, le 30 janvier 1718, félicitait le Régent rruvoir /)ris le bon chemin et l'encourageait à le suivre, Stanho})c en outre et jusqu'à Schaub qui, passant à Paris pour obtenir l'adhésion du Régent nu projet de j)acincation, lui consfïilla de rtMivoyer « les gens mal intentionnés, hostiles à la négociation ».

A Georges P"" le duc d'Orléans répondait en propres tei-mes : « Je reçois volontiers ce conseil du Roi comme d'un ami et dun

1. AulKTlin, Kspril puh/ic, p. 111 ; Dubois an H<''i^(>iil, 2 révrior 1718. 'i. Dubois ."i d'Argenson, 2 février 171S A. K'Iiî., Alli.^, I. 31."). f » 2G\ :5. S.iint-lîrice à Dubois, 28 janvier 1718 A. l-;Tn., Ang., t. 314, f" 282). 1. Duliois à dWrgenson, 23 mars 1718 til)i(/.. t. 310, f" l,")5-ir)() 1: Auberlin, ouvr. cilr 1». 112-113 ,

'). Aiiiii'itin. Il'iil. — \(iii' lonie 11, cliap. vi de n(dre ouvrai,'e.

AMBITIONS ET miOGUAMME DE OIBOIS (MARS 1718) 301

\)CA-e. Vous pomcz assurer Sa Majesté, ([uo sitùL le IraiLé conclu, je m'y rendrai '. »

Ce n'étaient donc pas seulement les intérêts du Régent que Dubois ménageait avec les Anglais, c'étaient les siens propres. 11 prodiguait comme à son ordinaire les gracieusetés aux avocats de cette double cause : des truffes savoureuses du Périgord au Roi et aux iriinistres^ ; la restitution de ses biens au sieur de la Forest, protestant émigré, neveu de Rernstorfï''*; l'acbat du diamant, « le Régent » à un chef de l'opposition {)arlementaire qui se trouva ainsi désarmé '^; une large hospitalité à Scliaub dans son logement du Palais-Royal quand il passait à Paris''. On vit venir de France de belles étoffespour les dames anglaises, assorties à leur teint et de la bonne faiseuse, et jusqu'à une poupée de 300 livres qui « puisse faire voir à ces dames de quelle manière celles de France sont habillées, coiffées, et })orlent le linge '^ ». Jamais l'abbé n'oublia cette sorte d'influence à la cour. « Que de conquêtes il aurait pu faire, dit naïvement son biographe anonyme, s'il eût été homme à bonnes fortunes'! » L'essentiel pour un ambitieux comme lui, c'était d'enchaîner à son ambition le roi d'Angleterre par M'^^^ de Munster^ sa maîtresse, et Stanhope par deux jeunes dames, ses parentes. Après tant de soins ne devait-il pas attendre de ses amis à Londres et à Paris une intervention énergique quand le moment serait venu? « Je compte sur vous, écrivait-il à Noce, pour ce qui regarde Son Altesse Royale, et même moi, en particulier**. »

Voilà riiomme, en mars 1718, avec ses projets, ses auxiliaires, ses combinaisons, ses ambitions et ses espérances, prêt à livrer les dernières batailles qui vont décider de la fortune de son maître, et aussi de la sienne. Un admire volontiers son

1. Bothmar, Mémoiren {For^ch. zur Deutsch. Geschiclite, XXVI, p. 238).

2. Dubois à son neveu, 15 janvier 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 314, f" 127).

3. Dubois à d'Argenson, 14 février 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 41."), f" 143-1441.

4. Dubois au Régent, 23 mars 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 317, 1" 122-132 . « Chavigny emporte les deux diamants : que son A. R. fasse donner le reçu à M. de Pith. »

5. Dubois à son neveu, 15 janvier 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 314, f° 129).

6. Neveu de Dubois à Dubois, 4 février 1718 (A. ÉTR., Ang , t. 314, f" 308; Aubertin {ouv. cité, p. 109).

7. Anecdotes touchant l'abbé Dubois. (Manuscrit de la Bibliothèque Mazarine.)

8. Dubois à Noce, 14 mars 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 31(i. f" 430).

énergie, les ressources de sa volonté au seuil de la vieillesse, la fertilité de son esprit, son habileté à manier les hommes, à se les attacher, sa dextérité à mettre en jeu tous les intérêts, à saisir toutes les occasions, et jusqu'à cet art et ce soin du détail qui sont les conditions essentielles des plans les mieux concertés.

Le système ne valait pas l'homme. Il était simple, et pouvait se réduire à ce point capital : obtenir des puissances étrangères la garantie des droits du Régent au trône de France. Deux l'avaient déjà donnée par les conventions de Hanovre et de La flaye : il fallait les maintenir en ces bonnes dispositions malgré l'attaque d'Alberoni contre l'Empereur, et par conséquent acquérir à ces vues la cour de Vienne que ces deux puissances ménageaient depuis longtemps '. « Tout prouve que si l'on veut réussir, dans le cul-de-sac où l'on est, qui devient beaucoup plus étroit par l'espérance d'une paix prochaine entre l'Empereur et le Turc, le plus pressé, et la manière la plus noble et la plus haute de finir cette affaire, c'est de former un projet qui })uisse être accepté par l'Empereur'^. » Le Régent lui offrirait la restitution de la Sardaigne, et le moyen de l'échanger aussitôt contre la Sicile. Il pourrait alors exiger de lui en retour une Renonciation totale au trône d'Espagne qui entraînerait la Renonciation de Philippe V à celui de France, et ferait le succès et l'avenir de la maison d'Orléans.

En conclusion, affaire excellente pour le Régent qui s'assure, si l'Empereur accepte, l'alliance des puissances garantes de ses droits au trône, et y joint une troisième garantie indirecte mais forte, celle de la cour de Vienne. Si Charles VI, après de telles offres, refuse, le Régent garde encore l'alliance des jouissances maritimes avec l'espoir d'y joindre la garantie de l'Es-

L « 11 reste en celte nation, disait Dubois de l'AnglcteiTc, une impression des anciennes liaisons qu'ils ont eues avec lEmpcrour qui sont entretenues jiar les ministres allemands, et ce l'cste d'attachement suflirait pour entraîner le Parlement en sa faveur au moindre mouvement <pie la l'rance et l'Espagne feraient ensend)le conli'e l'I'^nipc'iu'ur. » A Nancré, 23 mars 1718 (A. I-^TH., Ang., t. 3U), f° 150 .

2. Dubois au Régent, 25 janvier 1718 (A. ÉTH., Ang., I. 31 I, f" 2C.r ; 14 février 1718 (//;., t. 315, f" 115): Duijois à Saiul-lîrirc, 20 Janvier 1718 Jb., t. 311, f" 231).

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