‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 199 sur 246 · Voir notre Introduction, I, ch. ii · texte numérisé non relu

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5. Dubois au Régent, 1" avril 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 217, f» 5).

de compter sur l'Espagne, et le seul moyen de la contenir est de se fixer avec l'Empereur^ », disait Tabbé le 30 mai 1718. Le 4 juin, il développait plus complètement sa pensée : « On ferait donner son Altesse Royale dans le plus grand panneau où elle puisse tomber, en lui faisant prendre des liaisons avec l'Espagne qui ne peut être que son ennemie -. » « Moins il y aura de liaison entre la France et l'Espagne, plus son Altesse Royale sera en sûreté et aura d'avantages pour ses droits et ses intérêts, et, si elle est unie avec l'Empereur, l'Angleterre et la Hollande, elle ne peut et ne doit pas s'embarrasser de l'accession de l'Espagne. Nous en serons quilles pour des subsides. Voilà en quatre paroleSy le syslème que son A liesse Boy aie doil suivre^. » Enfin il concluait : « L'acceplalion de l Aulricheel de V Espagne ensemble esl à souhailer. Celle de V Empereur seule esl préférable à celle de Philippe V seule '*. » C'était son dernier mot.

Puisqu'il faudrait recourir à la guerre, et user de contrainte, mieux valait le faire contre le roi d'Espagne que contre Cbarles VI. Là où se trouvait l'intérêt du Régent, devait être son système. Rien sans doute ne coûtait à ce prince plus qu'une décision. Il n'était point homme, comme l'abbé, une fois son parti pris, à s'y tenir. Mis en demeure, à la fin d'avril 1718, de choisir entre l'Espagne et l'Empereur, il fut repris de nouveaux scrupules. En s'assurant le concours de l'Europe, il tremblait de perdre les Français, s'il les obligeait à une guerre avec l'Espagne.

Le 4 mai 1718, subitement, malgré les engagements qu'il avait pris avec la cour de Vienne, il revint sur ses pas. 11 souscrivit aux conditions d<; Philippe V jusqu'à lui abandonner l;i Sardaigne : « Gela effarouchera peut-être, dit-il à Dubois, les politi(jues à longue vue de la cour de Vienne et les Anglais imj)érialistes comme Stair; mais c'est, dans le fond, l'inlérêl de l'Angleterre et de la France. 11 est essentiel pour l'Anglelei-re

1. Dubois à Noce, 30 mai 1718 A. ÉTR., Ang., l. 318, f» lOâ). M. Wiosenoi.i livs bien montré d'après les sources anglaises que le cabinet anglais soiili.iitail .ni--! ce règlement de l'Empereur avec l'Espagne (Wiesener, II, p. 13'.?).

2. Dubois à Noce, 4 juin 1718 (A. ÉTR., Ang., l. 319, f° 26).

3. Dubois à son neveu, fi juin 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 319, f- 50). 4 Dubois à Noc6, l(i juin 17!8 (A. ÉTR., Ang., t. 319, 1" 70).

que l'Espagne accepte, cl accepte de bonne ^ràce. Je ne vous paile point de mon intérêt aussi en cela. Tout ce qui me regarde, vous le sentez d'avance*. » Il était bien tard, pour examiner ce qui eût mieux convenu à la France. Aussi, le duc d'Orléans n'envisageait-il pas les avantages de son pupille et du royaume. Il craignait seulement de s'être tromp(' dans le calcul de ses intérêts : ambitieux el joueui", il ne songeait qu'à ses propres risques.

Pour le faire reculer et profiler de ses hésitations, les adversaires ordinaires de la politique de Dubois lui faisaient peur. Tous s'étaient réunis dans un nouvel effort contre la négociation de Londres et son auteur. Depuis trois mois, le maréchal d'Huxelles avait cessé sa correspondance avec Dubois- : il ne lisait plus les dépêches de Londres au Conseil de Régence'* ; il affichait sa mauvaise humeur. Il avait eu le crédit de conserver en Hollande son parent, Chàteauneuf, qui travaillait à écarter les Hollandais de la Quadruple Alliance ^ Depuis qu'il avait repris sa liberté, il combattait Dubois sans relâche. Il répétait au Régent « que la négociation de Londres était un marché conclu entre l'Empereur et l'Angleterre pour se procurer mutuellement lun, un agrandissement en Italie; l'autre, les duchés de Brème et de Verden. Il lui faisait honte d'être leur dupe et leur victime. Que lui donneraient-ils en échange de son autorité compromise dans le royaume"*? »

1. Le Régent à Duboi^;, 14 avril 1718 A. KTR..Ang., t. 317, f" 70-71). « M. de Konigsegg a déclaré que l'Empereur accepte toutes les conditions proposées. On peut donc finir avec M. de Pentenridtei'. » De sa main, à la fin, le Régent ajoutait: «Mandez-moi, mon cher abbé, ce que mylord Stardiope vous dira sur l'idée de fortifier et rendre plus étroite notre alliance pour contenir la cour de Vienne dans les avantages qui lui sont accordés par le traité. » Le- Régent à Dubois, 4 mai 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 317, f« 2981.

Au même moment Dubois recevait de Vienne une lettre de Saint-Saphorin (Wiesener t. H, p. 146) (jui lui faisait valoir la peine qu'il avait eue à faire accepter par l'Autriche les concessions en faveur de S. A. R.

2. Neveu de Dubois à Dubois, 1" avril 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 31(), F 187 . Dubois au Régent, 8 avril 1718 : « Je suis un pestiféré avec qui ils ne veulent pas avoir de commerce, même après (ju'ils m'ont fait faire la quarantaine (.\. ETR., Ang , t. 317, f° 168).

3^ Chavigny à Dubois, 11 mai 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 318, F 17).

4. Cliavigny à Dubois, 14 avril 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 317, f" 74). Dubois au Régent, 19 avril 1718 (76., ih., f" 120). « Chàteauneuf déclame contre le traité. »

5. Chavigny à Dubois, 5 avril 1718 A. ÉTR., Ang., t. 316, f- 197 .

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