‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 200 sur 246 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

Dubois avait des agents assez dévoués à Paris pour le renseigner sur ces manèges, Noce, Chavigny, son neveu. Leur familiarité avec le Régent leur permeltait de le détendre. Ils le faisaient avec esprit et courage, vantaient son dévouement, accusaient le malin vouloir de ses envieux'. Dubois dictait de Londres leur conduite, et jusqu'aux reproches très vifs qu'ils osaient porter au Palais-Royal. « Ouiconque fait croire tout cela à Son Altesse Royale pourrait lui persuader aussi facilement que j'ai résolu à mon retour de l'assassiner. Ce serait un grand défaut de croire mes ennemis contre toute sorte de vraisemblance; mais c'en est un plus grand encore, de croire ses propres ennemis contre la raison et les témoignages d'un homme affidé qui est sur les lieux et a le nez sur ses affaires-. » Stair, d'ailleurs, défendait Dubois et son œuvre avec une égale vivacité. ^( Il était bien de ses amis '*)>, presque le ministre du Régent. Il combattait « les intrigues de ceux qui ont toujours souhaité de faire échouer le plan'*)). Il employait des arguments de nature à le ramener par la peur. « Si notre traité vient à manquer, il aura beaucoup de peine à soutenir son autorité comme Régent, et il lui est impossible de parvenir à la succession de la Couronne"'. »

La cabale espagnole employait les mômes arguments et les soutenait avec une même ardeur, encouragée de Madrid par Nancré qu'elle avait ramené à elle Nancré, le confident et l'ami de Dubois, après deux mois de séjour en Espagne, était revenu au maréchal d'lluxelles,à de meilleurs sentiments pour Alberoni. Par une brusque volte-face, il avait embrassé le parti ([u'avec Dubois, six mois avant, il avait combattu, les projets de Peterborough et du duc de Parme. Il s'était mis en tète de rapprocher Philippe V et le Régent. Ce rapprochement pouvait déterminer une guerre, mais une guerre contre rLmj)ercur, justement le contraire de ce qu'avait souhaité et résolu Dubois : « Je me crois obligé de vous

L Chavigny à Dubois, 5 avili 1718 ,A. KTll., Ang., I. 316, f" 197).

2. Dubois à Chavigny, Il avril 1718 (A. KTR., Ang., t. 317, f" 81 .

3. Chavigny à Dubois, 21 avril 1718 (A. KTR., Ang., t. 317, f" 22^.

4. Slair à Duiiois, 29 mai 1718 A. KTU., Ang., t. 318, f" 129). Slaii' à Slaiilioi^o 30 mai 1718 : « Le Hégcnt uio paya de discours » (H. Off., NN'iosencr, I. il. \> ii'iV.

5. Slair à Slanhopc, 31 mai 1718 (\. ÉTR , Ang., t. 320, i" 2).

dire, écrivait le duc de Parme à Albcroiii, le 30 avril 1718 \ que je crois qu'il laul à tout prix seconder Nancré le plus possible, et le tenir favorable à leurs Majestés Espagnoles, pour pouvoir, avec son concours, désabuser le duc d'Orléans de tout le malencontreux mépris où il est, et le Taire entrer dans les intérêts de la cour de Parme. »

Au moment où Dubois faisait partir au service de sa diplomatie secrète Nancré pour Madrid, la négocialion secrète de d'Huxelles et des Farnèse, qui n'était ])as détruite, lui retirait son principal agent. Il avait compté sur lui pour intimider la cour d'Espagne. Et c'était le Régent que Nancré maintenant intimidait, pour le détourner de Dubois, des Anglais et de l'Empereur. Dubois, d'abord, ne voulut pas y voir une trahison, il accusa seulement Nancré « d'avoir trop tardé et trop disserté à Paris a. 11 le considérait comme un imprudent, « un maladroit dont la folie a toujours été de croire pouvoir tout concilier- ». 11 refusait de croire à une désertion.

Un jour, Chavigny éveillait pourtant ses soupçons, en lui faisant remarquer que Nancré emmenait avec lui à Madrid un sieur Dulheil, fort attaché au maréchal d'Huxelles par ses fonctions, son ancien secrétaire à Utrecht, « très habile homme, froid, dit Barbier, et depuis longtemps au courant des choses de l'Espagne^ ». Sur-le-champ, Dubois lui réclama ses lettres et défendit à son neveu de lui communiquer désormais la correspondance avec le Régent'*. Mais il continua de lui écrire confidemmcnt, le tenant au courant de ses inquiétudes et de ses projets. « 11 faut conserver par préférence à tout, lui répétait-il, la correspondance avec l'Angleterre et la Hollande. Ne vous laissez pas Jeler de la poudre aux yeux par Alberoni. Conservez votre santé dans les pays chauds et secs, mieux que je ne conserve la mienne dans un lieu froid et humide''. » Il essayait, s'il était possible encore, de le ramener.

1. Duc de Parme à Alberoni, 30 avril 1718 (Arch. Map., Farnes., 1. 50 .

2. Dubois à Noce, 14 mars 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 315, f" 430).

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