II PREFACE
(( Un seul mémoire, disait-il, a été présenté au concours. Il est, par l'étendue des recherches, le développement des vues de l'auteur, la nouveauté des documents produits un véritable ouvrage d'histoire.
« C'est, de {)lus, un travail très personnel, qui dénote de la part de l'auteur non seulement la connaissance de l'histoire générale, l'aptitude à manier les documents, mais les qualités de critique, la sagacité du jugement, l'intelligence des intérêts permanents de la France et des intérêts généraux de l'Europe, enfin le talent d'exposition qui sont nécessaires à l'historien,
« Il restera, pour faire de ces remarquables études un livre complet, à resserrer certaines parties, à imprimer à l'ensemble plus de proportion et d'harmonie. Le plan est bon, l'ordonnance générale est bonne, mais on sent, surtout à partir du tome III, que l'auteur, pressé par le temps et débordé par ses notes, n'a plus eu le loisir de coordonner définitivement ses dift'érents chapitres.
« Dans son introduction, l'auteur s'abandonne à ses premières impressions et à ce préjugé de renouvellement historique qui est inséparable de la découverte, qui en est même la condition et l'aiguillon. H incline un peu trop à nous présenter comme un Dubois nouveau ce qui n'est en réalité qu'un Dubois inédit. Il se flatte d'eff'acer, au moins en partie, les cicatrices livides et difîormes qu'a laissées sur la figure de Dubois la griffe de Saint- Simon. Il s'élève contre la tradition qui tend à prévaloir depuis les fameux mémoires. Il y a, en effet, en histoire, une tradition, souvent même une légende Saint-Simonicnne. La galerie du grand peintre tient lieu, à nombre de lecteurs, de bibliothèque et d'archives : les historiens n'ont point beau jeu à corriger ces impressions. L'érudition ne lutte pas à armes égales contre le génie, et pour Dubois en particulier, l'œuvre de réhabilitation est presque paradoxale. Le public ne connaît plus guère de lui que son portrait, et il juge le politique sur l'ignominie de la figure de l'homme. D'après Saint-Simon. Dubois, sorti d'une officine d'apothicaire, valet con-ompu et corrupteur, élevé à la fortune par l'intrigue, le mensonge, l'effronterie, est un drôle dans l'Etat, une souillure dans l'Eglise, plus qu'un prêtre apostat, un prêtre blasphémateur, une sorte de Gondy d'antichambre, sans naissance, partant sans excuse : « Tous les vices combattaient en lui à qui en demeurerait le maître. »