PRÉFACE III
« L'auteur du mémoire que nous examinons croit, au contraire, découvrir et montrer en Dubois, au frontispice de son ouvrage, un émule méconnu ou calomnié de Mazarin, qui aurait été au Régent ce que le comte de Broglie fut à Louis XV, et qui aurait rendu à la Régence — sinon à la France — des services aussi intelligents que ceux que Talleyrand rendit à la fois à la France et à la Restauration. Il entreprend de tout relever en lui, les origines, l'éducation, les mœurs même et la probité. Il s'y eng-age hardiment à la suite du défenseur convaincu de Dubois» le comte de Seilhac.
« Issu d'une famille très honnête de bourgeois, fils de médecin, boursier de collège, lecteur d'un prince, puis son professeur, Dubois n'aurait capté la confiance de son élève par aucune des basses complaisances qu'on lui a reprochées. Il eût été, en ce genre de complaisances, dans la tradition. Notre auteur veut qu'il ait été dans l'exception. Il va jusqu'à évoquer l'ombre classique de Mentor, et il nous montre, non sans nous surpicndre quelque peu, Minerve sous la figure de Dubois, soufflant la sagesse et la modestie dans les cabinels du Palais-P»oval. II invoque le témoignage de la Palatine et celui de Fénelon : il ne craint pas de rapprocher, dans le commei'ce intime qu'ils auraient entretenu l'un avec l'autre, ces deux évoques de Cambrai, rapprochement jusque-là plus fécond en antithèses qu'en traits de ressemblance. C'est au seul mérite de ses leçons et au seul agrément de son esprit que Dubois aurait dû son influence sur Pliilippe d'Orléans. Ce n'est pas le précepteur qui aurait perverti l'élève, c'est l'élève qui aurait débauché le précepteur et l'aurait entraîné dans la mauvaise compagnie. Cependant, pour celle des « libertins » et des impies. Dubois s'y était ménagé de luimême et par prédilection ses entrées. Il s'y trouvait en son vrai milieu ; mais il fréquentait aussi volontiers les savants de l'Académie que les convives de l'Arsenal, et on le voit ami de Dubos en même temps que de Chaulieu. Ses larges et solides connaissances dans le droit i)ublic le portent vers la [)olitique, et son penchant au libre esprit vers l'Angleterre. Il y est attiré comme le sera Voltaire, et il y fait, dans un premier voyage politique, en 1698, ses débuts dans la carrière. 11 est ambitieux; il l'est pour lui-même ; il Test pour son maître qui a l'intelligence, l'esprit, le jugement, mais à qui manque la suite, le ressort de caractère, le diable au corps qui pousse aux entreprises et mène