Chavigny à Dubois, 5 juin (page précédente, note
6. Torcy à Nancré. 29 avril 1718, le félicite de son zèle et de sa sagacité (A. ÉTR., Esp., t. 260, f" 145). Cela même dut être préparé de bonne heure : quand Nancré partit pour l'Flspagne, avec des instructions de Dubois et d'Huxelles, il reçut des instructions dilTérentes et presque contraires de Torcy. (A. ÉTR., Esp.. t. 268, î" 40).
Torcy prit, en novembre 1717, à la négociation de Londres, la manière dont il soutint, à Madrid, celle de Nancré en avril 1718, formèrent les deux phases de cette intrigue. Torcy semblait appelé à rentrer au Conseil, à reprendre les Affaires Etrangères, à les conduire désormais au gré non plus des Anglais, mais de l'Espagne*.
Ce fut là un rude adversaire qui se dressait en face de Dubois, au moment où il croyait toucher au but. L'abbé eut un de ces moments de découragement auxquel i n'échappent pas les plus courageux. 11 commençait à souffrir cruellement de la maladie qui devait l'emporter quelques années plus tard; après une attaque de goutte très douloureuse, qui ne l'empêchait pas de boire du Tokay à la santé des ministres anglais 2; mal soigné par de petits médecins qui « n'étaient pas grands clercs et se contredisaient», il fut atteint d'une rétention d'urine^. « Avec beaucoup de travail, de contention d'esprit et du chagrin qui vient de France, avec des repas et du vin, on n'a pas le sang fort doux''. » Il s'était mis au régime, «lait de vache coupé matin et soir, tous les jours un lavement, et du potage à dîner ». Rien n'y fit. Malade, découragé, effrayé par les intrigues de Nancré, il songea le 2 mai 1718, « à avoir recours à quelque chose de plus adoucissant encore, qui est de penser à mon repos et à ma liberté. Je suis une dupe que les Anglais ont trompé comme un imbécile. Voilà assez de défauts corporels et spirituels pour obtenir mon congé et n'être pas regretté. Je le demanderai plus tôt qu'on ne pense : démêlera les fusées qui voudra "'. »
1. On i)('iil conn.iili-e (iii(li'\iri('i' les spiitiiiienls de Torcy à celte époque par s^^cs Mémoires inédits, III, f' ()23 Saiiil-Sinion, édil. Chéruel, XV, p. 148) : « Il est certain (jue les ministres d" Angleterre décriaient ou élevaient ceux de France et dEspagne selon qu'ils se pliaient ou résistaient aux volontés du roi de la Grande Bretagne : Nancré était regardé comme aàsolwnent gagné par Alberoni; l'abbé Dubois était célébré. La cour de Londres n'avait d'attention que pour l'Empereui-; mais se jjlaindre et menacer était pour l'Espagne crier dans le désert. » [Ibid., III, f" 629; Saint-Simon, XV, p. 152). N'est-ce pas une criti([ue fort vive du Secret de Dubois et une sorte d'apologie de Nancré et de l'Espagne? (Voir encore, Mémoires inédits t. III, f"' y06-«.»07 ; Saint-Sininn, X\ , p. 284.)
2. Dubois à Stair, 11 avril 1718 A. ÉTR., Ang., I. 317, f" 83). Dubois à Noce, Il avril 1718 Ibid:. ï" SI .
3. Dubois à Chavigny, 2 mai 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 318, f" 32). I. Dubois à Chirac, il avril 1718 ;A. ÉTR., Ang., t. 317, T 125). "). Dubois à Chavignv, 2 mai 1718 (voir note 31.
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Ouand la sanlc lui reviiil, le découragement de Dubois se changea en colère, « conlre les gens, qui, Iravaillaiil tous les jours avec le Régent, un pi-ince qui a cent fois plus d'esprit qu'eux, mais nulle malice, l'ont glisser en lui tout le venin qu'ils veulent, et le persuadent' ». Il invectiva d'Huxelles : « Lorsqu'un premier ministre des Affaires Etrangères a éclaté si publiquement contre un projet, il faudrait qu'il fût un ange pour s'empêcher de le tracasser sous main et de le ruiner, lorsqu'il le peut impunément. Or celui que f ai eu en mon chemin, n'est pas un ange^. »
Mais la difficulté était de combattre tout ce monde, et Nancré surtout appuyé sur le crédit de Torcy. Les seuls agents qui fussent restés fidèles à l'abbé, Chavigny et Noce se prodiguaient auprès du Régent, pour lui dévoiler les artifices de ses ennemis : (( C'était un piège des plus grossiers que cette question de la Sardaigne par où l'on espérait accrocher la négociation^. » Ils ne quittaient plus le maître, ils le suivaient à Saint-Cloud pour le persuader dans l'intimité^. Ils «le tenaient en haleine sur les galanteries que lui écrivait Nancré de la belle passion du cardinal Alberoni^ ». Mais ils sentaient leur impuissance, malgré tout. « Il faut, disait Chavigny à Dubois, ménager pour le moment Nancré qui a beaucoup d'approbation, et Torcy surtout qui augmente tous les jours en crédit, quitte à se venger plus tard^. » Avec sa vieille réputation, sa longue expérience, Torcy était un homme à ne pouvoir être attaqué de front, comme d'Huxelles'.
En cette détresse et contre de telles oppositions, Dubois ne trouva d'autre ressource que ses amis de Londres. Torcy leur était suspect, par sa conduite dans l'ancien ministère, par ses
1. Dubois à son neveu, ?> juin 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 319, f" 16).
2. Dubois à Noce, 30 mai 1718 (A. ÉTR.. Ang., t. 318, f 195).
S. Chavigny à Dubois, 11 mai 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 318, f« 67).