‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 216 sur 246 · LE SECRET DU RÉGENT ET LE CONSEIL DE REGENCE · texte numérisé non relu

LE SECRET DU RÉGENT ET LE CONSEIL DE REGENCE

« ne retombai dans iesclavage et ne demeurai pas hors de page^ ». Gelait la dernière bataille rangée de tous les représentants officiels de la Régence contre le Secret du Régent-.

Elle tourna à leur entière confusion. Au Conseil, d'IIuxelles ne put faire autrement que de soutenir la convention. Les amis du Régent, le garde des sceaux d'Argenson, le prince de Conti et le maréchal d'Estrées profitèrent de sa faiblesse pour en démontrer les avantages. La majorité du Conseil, Tallard, d'Antin, Noailles, Saint-Simon, N'illars firent leur cour au duc d'Orléans. Seuls, le duc du Maine et Villeroy eurent le courage tardif de leur opinion. Ils plaidèrent « contraire aux vrais intérêts du royaume^ ». Quand on passa aux voix, toutes furent pour la signature, hormis ces deux-là. Torcy, qui, dans ses Mémoires, parla si vivement contre le traité, en fut un des plus chauds avocats.

Cellamare a bien raison de dire : « Les Français, nourris dans les délices, les aises de la bonne chère, du sommeil et d'un bon duvet, par crainte de voir troubler leurs biens, leurs beaux jardins, leurs jolies maisons et les compagnies des dames, pour ne pas perdre seulement un souper, étaient toujours prêts à courber la tête sous le joug du Régent. Ils voyaient, certes, le mal dont souffrait la France par son oppression, le commerce ruiné ; mais, on n'ignore pas que, quand la majorité souffre, bien peu cherchent à se tirer d'affaire. On supporte avec plus de

1. Dubois ù Cliaxigiiy, 1'.» juillet 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 320, f» 282).

2. C'est là où se place le récit de Saint-Simon (édit. Chéruel, XIII, p. 268). Il raconte « qu'il ne savait rieii ni lui, ni ses collègues du Conseil, du traité ». Tout ce qui précède, ses lettres, ses entrevues avec les agents de Dubois prouvent le contraire, en ce qui le concerne. C'est aussi peu vrai de Torcy, de Villeroy, d'ailleurs. Il prétend de plus que le Régent, avant le Conseil, sollicita son adhésion. Il la donna, en s'excusant sur son ignorance : l'excuse était mauvaise. Au Conseil, dans la journée, il prétexta'encore « l'impossibilité de prendre un avis sur une alïaire de cette importance dont il entendait parler pour la première fois, et s'en rapporta au Régent, « et malicieusement aux lumières du Maréchal ». Notre récit, fondé sur des témoignages plus rapprochés des événements et plus impartiaux ne concorde pas avec celui-là. Pour faire sa cour au Régent Saint-Simon fit publiquement l'éloge de la négociation qu'il connaissait depuis longtemps.

3. Noce à Dubois, 19 juillet 1718 (A. ÉTR., Ang., t. 320, f" 222) ; d'Antin, Mémoires cités par Lemontey, I, p. 142 ; Cellamare, Mémoires, 2° partie, f°' 102,

patience un dommage qui frappe sur tous, que celui qui frappe quelques particuliers*. »

Enfin, la convention particulière fut signée, le 18 juillet 1718 après-midi, par Stair et Stanhope pour l'Angleterre, d'Huxelles et Cheverny pour la France. « Tout est fini, s'écria le Régent, Dieu merci '^. » « Joie en soit à Votre Excellence^ », écrivit en toute hâte, son confident le plus sûr, Chavigny.

La diplomatie secrète avait vaincu ; elle avait fait prendre au duc d'Orléans un parti, celui qu'elle souhaitait : « Dans cette conjoncture, rien n'est plus pressé, écrivait le Régent à son ministre de Londres, que de signer avec l'Empereur. Dès que Pentenridter aura pouvoir de signer le traité, tel que je vous l'envoie, ne perdez pas un moment, et signez sans attendre d'autres ordres, ni un plus grand éclaircissement touchant les Etats généraux, auxquels je dépêche M. de Morville '*. » C'était maintenant le Régent qui pressait Duhois de conclure avec l'Empereur. Son impatience était un effet de tapeur, tout aussi bien que son indécision, d'abord. Il sentait que ce dernier engagement avec l'Angleterre équivalait à une déclaration de guerre contre l'Espagne. 11 en redoutait les conséquences prochaines; au moins fallait-il qu'il touchât le prix de ce marché onéreux, la Renonciation volontaire de Charles VI qui assurait ses droits au trône de France.

Ce fut le 21 juillet 1718 que le secrétaire de l'ambassade anglaise, Crawford, arriva en Angleterre, de Parisoù la mission lui avait été confiée par le Régent et par Stanhope d'emporter la convention particulière signée trois jours avant au Palais-Royal, avec les exemplaires du traité destiné à être signé entre les quatre puissances, à Londres seulement.

La convention particulière n'avait qu'une valeur transitoire. Elle n'engageait que les rois de France et d'Angleterre, et

1. Ce passage remarquable de Cellamare {Mémoires, 2" paiiie, f" 261) est confirmé par toutes les lettres des agents de Dubois que nous avons citées. Ce texte paraît beaucoup plus vrai que les Mémoires de Saint-Simon ; c'en osl niic preuve ajoutée à celles (jue nous avons déjà données.

2. Chavigny à Dubois, 18 juillet 1718 (A. ÉTR., Ang., 1. 320, f" 213).

Page 1