LA CONVENTION DE PARIS ET LE TRAITÉ DE LONDRES
jusqu'au jour où ils auraienl réussie faire approuver, à imposer j)ar la force, s'ils étaient menacés de violence, à l'Empereur, à l'Espagne, au roi de Sicile, le programme de pacification concerté entre eux et présenté à l'Empereur et au roi d'Espagne depuis six mois.
Le 2 août, quoiqu'il n'eût pas tous ses pleins pouvoirs, l'ambassadeur impérial Penlenridter se décidait à donner l'adhésion définitive de son souverain au projet des médiateurs, qu'il signa, en même temps que Dubois ])0ur la France, et Sunderland pour l'Angleterre'. La Quadruple Alliance, comme on l'a appelée par anticipation et dans l'attente de l'adhésion des Hollandais, était le troisième seulement des actes préparés par les médiateurs. Les deux premiers actes étaient des projets de traité, soit entre Charles VI et Philippe V i)Our leur Renonciation mutuelle à la monarchie espagnole d'une part, aux territoires d'Italie et des Pays-Bas de l'autre, contre l'abandon de la Sicile à l'un, la promesse de Parme et Plaisance garantie par des garnisons suisses au fils d'Elisabeth Farnèse ; soit entre Charles VI et la Maison de Savoie, pour l'échange de la Sardaigne avec la Sicile, et contre la promesse à ^'ictor-Amédée de la succession espagnole en cas de déshérence des princes Bourbons.
Le troisième traité, dit « d'alliance et d'amitié», était la rédaction définitive du projet de médiation que l'abbé Dubois avait concerté avec Slanhope. Les huit articles patents dont il était conslituc, les articles secrets que le duc d'Orléans n'avait pu se dispenser de lire au Conseil de Régence, ne laissaient aucun doute sur les avantages que les médiateurs se proposaient de leur intervention, ni désintéressée ni pacifique. Du traité public, les articles essentiels étaient ceux qui procuraient au duc d'Orléans et à l'Électeur de Hanovre la garantie impériale de leur succession possible ou acquise aux trônes de France et
\. Traité de Londres (Dumonl, corps dipL VIII, partie II). Pentenridter prit sur lui de signer au nom de l'Empereur quoiqu'il n'eût pas encore tous ses pleins pouvoirs. La conférence de Vienne du 6 août approuva sa conduite et les lui fit envoyer (Pentenridter à sa cour, 25 juillet 1718; Protoc. de la conférence de Vienne, du 6 août, "Wien. Staatsarch.).
d'AngleteiTc. Du traité secret, la condition essentielle était la promesse donnée par ces deux princes à l'Empereur d'obliger l'Espagne et la Savoie à lui céder la Sicile, moj'ennant un ullimatiim des alliés de Londres, appuyé des forces militaires ou maritimes qui seraient nécessaires.
Lorsqu'il signait ce traité qu'il avait si vivement conseillé au duc d'Orléans, Dubois ne se dissimulait pas plus que son maître l'impossibilité d'éviter la guerre désormais.
Dès qu'Alberoni, par les réponses de Nancré et malgré ses menaces à l'Europe, eut perdu l'espoir d'obtenir la cession de la Sardaigne, il bâta ses préparatifs de guerre. Il avait, en Sardaigne, dix-sept mille bommes prêts à s'embarquer, une flotte considérable de trente-trois navires, commandée par le marquis deLède, déjà en route vers la fin de mai, de Cadix vers Barcelone ^ Du même coup, Alberoni provoqua l'Angleterre en déclarant qu'il n'observerait plus les traités passés avec elle sur le commerce, et s'opposerait à la circulation du vaisseau de Permission^. Il fit occuper sur les Anglais, l'île de Crab ^ dans les Indes occidentales.
Il fallait pourtant à Philippe V des alliés pour une si grosse entreprise : il comptait en Italie sur le duc de Parme, faible ressource. Mais il pensait obtenir davantage du roi de Sicile, qui avait paru prendre les devants. « Il n'y a pas pour les souverains de situation plus embarrassante que celle d'un prince faible, dont les Etats sont enviés par des puissances supérieures à la sienne'*» : le duc de Savoie se trouvait dans cette situation à l'égard de l'Empereur et de l'Espagne. Il avait essayé à Vienne de satisfaire les appétits de Charles ^ I ; en même temps, il sollicitait les secours de l'Espagne: «Un habile homme, disait-il, doit toujours avoir son pied dans deux souliers. » Il chargea le comte Lascaris de Castellar, le 24 février 1718, d'uin; mission en Espagne. La négociation des traités qui se j)rcparaient à Londres, pour lui,
1. Torcy, Mémoires inédits, III, f° 587; Sainl-Siinon. ('•dil. Chéruel. W. p. 131,