Ibid. p
5. « Fra poco lo mettero a prova di vedere si dice da buono. » Alberoni au duc de Parme, 30 mai 1718 (Akch. Nap., Farnesiana, 1. 59).
346 LA QUADRUPLE ALLL\XCE
avec la pensée très probable de n'en sortir jamais. Le 29 et le 30 juin, le duc de Savoie refusa cette condition, « inaiidita che non ha esempio ' ».
Ce fut alors qu'Alberoni imagina, pour Ty contraindre, d'envoyer la flotte espagnole en Sicile, exécutant la convention, avant même qu'elle n'eût été signée. Le 18 juin, la flotte quitta Barcelone, et le 20, Alberoni annonçait ses projets au duc de Parme ^. Depuis longtemps, celui-ci secrètement sollicitait Philippe V d'entreprendre la conquête du royaume de Naples'^. La conquête de la Sicile en était la condition : comment se maintenir à Naples si, entre l'Italie et la Sardaigne, une île de cette importance restait à la disposition d'un prince cauteleux qui pouvait la livrer aux Autrichiens et aux Anglais. Maître de la Sicile, le roi d'Espagne déjouerait les tromperies du duc de Savoie : il l'empêcherait de nuire, s'il se déclarait contre lui ; il préviendrait une trahison s'il feignait de s'unir à ses armes. Enfin, en possession des deux îles, Sardaigne et Sicile, qui faisaient depuis deux ans l'objet du litige et des négociations, Philippe V serait en état d'intervenir avec plus d'autorité dans le règlement définitif qui procurerait à l'Italie la paix et la liberté.
Le 24 juillet, Alberoni annonçait, triomphant, à l'envoyé de V^ictor-Amédée que les troupes espagnoles étaient installées en Sicile. Le 3 juillet en effet, les Espagnols avaient débarqué à Païenne, et le 14, pris le château qui dominait la ville. Mécontents de la nouvelle administration, plus économe et plus tracassière que celle des Espagnols K les Siciliens retrouvaient volontiers leurs anciens maîtres, leur livraient Catane et Trapani, forçaient même à Messine les garnisons piémonlaises à s'enfermer
\. Relation rie Lascaris [Ifnd., p. 168, 169).
2. Alberoni au duc de Parme, 20 juin 1718 (Ancii. Nap., Farnesiana, 1. 59) ; Torcy [Mémoires inédits, III, f" 711-712) a dû voir celle leUre. — (Saint-Simon, édil.Chéruel, XV, p. l'.)9-200.)
:$. Nombreuses lettres, nux Archives de Naples, sous le pseudonyme de (icnnaro Felicioni (Akch. Nap.. Farnesiana, 1. 59).
1. Sur cette administration consulter les études très intéressantes de M. .1. La Lumia :
1" Venu/a c Sogr/ionw rîi Villnrio Amedro 'Aitcii. STfiitiro lTAl.lA.^(>, 1874, p. 282
et suiv., tome 19).
2" Governo del Vice Re conte Annibale Maffei [Ibid., ihid., tome 20, p. 95). 3" La Spagna et la Quadruplia Alleanza Invasions [1718) [Ibid., p. 256 et suiv.).
LA CIERRE DE SICILE (JUILLET-AOIT 1718) 347
dans la citadelle*. Alberoni avait l'espoir de conquérir la Sicile en deux mois comme la Sardaigne. Il ne lui coûtait rien alors d'offrir au duc de Savoie, après lui avoir pris cette province, de l'aider contre les Autrichiens. « Il n'avait qu'à prendre de bonnes mesures; il y trouverait son compte, puisqu'il recouvrerait la Sicile ou un équivalent^. » Alberoni voulait sauver l'Italie, même malgré elle.
Pour achever, il ne lui restait plus qu'à empêcher l'Angleterre et la France de secourir l'Autriche. Elles n'y étaient déterminées que par les intérêts particuliers de leurs souverains : c'étaient ces intérêts qu'il fallait atteindre. Si Georges P"" s'était lié avec l'Empereur, c'est qu'il craignait dans le Nord les réclamations de la Suède, appuyées par le Tsar, sur Brème et Verden. On est généralement trop porté à considérer le rapprochement d'Alberoni et de Gœrtz, comme le rêve d'une politique aventureuse, la dernière ressource d'une imagination malade et d'une ambition aux abois ^.
Les affaires du Nord avaient eu sur les résolutions de Georges P*', sur son alliance avec le Régent à Hanovre, sur ses relations avec l'Empereur, une influence décisive : ses ennemis véritables, c'étaient la Suède et le baron de Gœrtz plus que l'Espagne et Philippe V, le Tsar que Gœrtz aux conférences d'Aland excitait contre les Hanovriens, le roi de Prusse enfin'*. Toutes les avances que l'Angleterre avait faites au Régent, étaient autant d'efforts pour le détacher de la Suède, ou pour obtenir d'elle par celte menace l'abandon volontaire de Brème et Verden. A la veille d'une lutte avec l'Angleterre, Alberoni devait être conduit par la situation même à associer sa fortune et ses projets à ceux de Gœrtz et du Tsar.
Au mois de mars 1718, le ministre chargeait en Hollande l'ambassadeur Beretti-Landi de lier partie avec les Suédois^. Les négociations commencèrent aussitôt entre l'envoyé espagnol et un