Saint-Simon, Mémoires (édll. Chérucl), XV, p
il Tentretint de celte afîiiirc de cons(kiuence, el ne renlrn à Paris que lard dans la nuil*. Law, de son côté, s'était chargé de procurer au Régent des alliés, précieux dans la détresse où le laissait la désertion de son parti, avec les princes du sang, le duc de Bourbon surlout. Par lui-même, ce n'était point un allié bien utile que le duc de Bourbon. 1! n'avait aucun mérite; son inlelligence, plus que médiocre, ne s'était point formée par l'expérience. Il avait à peine vingt-quatre ans. L'ardeur de la jeunesse n'avait ajouté que des passions, l'avarice et le goût des plus basses débauches, à cette nature grossière.
Mais par sa naissance, par sa brutalité, il pouvait être, entre les mains de ceux qui sauraient l'employer, une force redoutable; incapable de réfléchir sur les conseils qu'on lui donnait, une fois lancé, il irait devant lui avec une opiniâtreté indomptable et une fermeté inflexible'^.
Depuis un an, Law l'avait pris par son principal défaut, l'avidité. Il l'associait largement aux bénéfices de la Banque. Il le payait. Il le flattait aussi d'espérances que sa naissance autorisait. N'était-il pas, après le duc d'Orléans, en vertu des Renonciations, le prince le plus rapproché du trône^? Le jeune Roi, il est vrai, le détestait et lui marquait son aversion, refusant de manger s'il le servait, de se couvrir s'il paraissait*. Mais précisément, il fallait que M. le Duc se vengeât de ces humiliations sur le duc du Maine, qu'il accusait d'exciter Louis XV contre lui. Law exploita cette ambition et cette rancune sauvage. Il lui fit espérer qu'un lit de justice serait une belle occasion d'enlever au duc du Maine l'éducation du Roi et de la lui donner, de l'approcher de Louis XV et du pouvoir^.
Le Régent confirma ces offres, et déclara publiquement, le 20 août, son alliance avec le duc de Boui'bon. Il l'introduisit au Palais-Royal, en son Conseil privé, l'amenant par le bras.
« — Vous voyez M. le Duc dans mon intérieur, dit-il, vous
1. Vie manuscrite de l'abbé Dubois (Bib. Mazarine, 2354, f 91).