‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 24 sur 246 · XXVI PRÉFACE · texte numérisé non relu

XXVI PRÉFACE

respondance de Dubois et de ses agents, chercher les lumières destinées à nous guider dans cette histoire d'une lutte sourde, très obscure parfois, avec des éclats brusques, entre le Secret du duc d'Orléans et la diplomatie officielle de la Régence.

Enfin, ce qui a particulièrement marqué cette politique, outre ses ressorts secrets et cachés, c'est son étendue. Par le fait que TEurope sortait depuis deux ans à peine, et dans la Baltique, n'était pas encore sortie, en 1715, de deux grandes guerres où toutes les puissances sans exception s'étaient trouvées engagées, la diplomatie de la Régence, officielle ou secrète, a dû, pour remplir sa tâche se mêler aux intérêts, aux ambitions, aux rancunes,aux espérances et aux regrets de presque tous les souverains européens, grands ou petits. Il a fallu qu'elle les connût pour s'y associer, ou s'y opposer. L'historien, qui veut juger la politique de Dubois, doit se documenter aux sources de cette politique européenne, avec le souci de ne pas commettre cette faute de méthode trop fréquente qui consiste à prétendre conclure sur la politique d'un État d'après les seuls documents tirés des archives de cet Etat.

Dans notre tâche qui allait ainsi s'élargissant, il nous a paru légitime de nous associer des collaborateurs et le plus précieux de tous, Torcy, l'auteur de ces Mémoires diplomatiques concernant les affaires générales de l'Europe dans les premières années qui suivirent la mort de Louis XIV d'après les correspondances secrè/es\ dont j'ai le premier montré la doublé et inestimable valeur pour l'histoire de ce temps. Jusqu'à M. Baudrillart on les avait négligés, à la Bibliothèque nationale où il a eu le mérite de les retrouver, sans établir, comme je l'ai pu faire depuis, qu'ils forment un admirable Recueil de correspondances diplomatiques, d'Italie, d'Espagne, d'Allemagne, de Suède, d'une authenticité indiscutable, ce qu'on pourrait appeler les Archives des Cabinets Européens de 1716 à 1718: archives d'autant plus précieuses qu'elles sont accessibles à chacun par les éditions très nombreuses de Saint-Simon qui les a presque littéralement et dans leur entier incorporées à ses Mémoires^.

1. Hiii. Xat.. siippt. Mari. fr. KlCj/O à 1(HJ72, 3 vol.in-f". L'origine du in.iiuiscrit est iniliiiiK'c p.ir une note qui se trouve en tôle du 1" volume.

■J. .!<• me borne t^ indi(juer ces questions que j'ai traitées, en 1005, dans la lU'vup UisInr'Kjui', sous le litre : La collaboration de Saint-Simon et de Torcy \. L.VXXVll).

PREFACE XXVIl

Les publications de documents anglais qui ont été faites, soit par les historiens whigs, Coxe et Mahon, soit par l'érudit digne de confiance qu'était M. Wiesener; les indications très complètes tirées des Archives d'Autriche par MM. d'Arneth et Weber, ou de celles de Prusse par Droysen, enfin la riche moisson de textes et de preuves qui nous fut rapportée par M. Baudrillart, il y a quinze ans, d'Espagne, de ses recherches aux Archives d'Alcala ou de Simancas m'ont paru justifier et excuser, après un très long effort poursuivi dans les Archives françaises, une consultation moins étendue que je ne l'eusse voulu des fonds d'Etat étrangers.

Cependant, à défaut de recherches plus complètes que celles de Dœbner et de Weber aux archives de Hanovre, en Allemagne S j'ai fait, à Vienne, l'examen des protocoles delà Conférence Impériale, interrogé les Referais des ministres, et les dépèches des agents en France ou à Londres, Kœnigsegg, Hoffmann ou Pentenridter, et du baron de Heems en Hollande. En Angleterre l'un des documents les plus précieux de notre époque que possède le British Muséum, les Mémoires de Cellamare encore inédits, journal de ce ministre bien informé qu'en dépit de sa conspiration Torcy traitait d'homme sage, m'a fourni des lumières pour la connaissance des partis et des hommes de la Régence-. En Italie, c'est toute la Correspondance privée, une partie du journal du cardinal Alberoni que le soin pieux de son dernier biographe, l'abbé Bersani, m'a permis de recueillir à Plaisance. Il voulut bien me les transmettre, avec la mission de les éditer que j'ai remplie, il y a bientôt vingt ans^. Et à Naples, oîi les archives des Farnèse suivirent le sort de la dynastie à partir de 1738, les liasses de lettres échangées par les princes de Parme avec leurs parents et leurs agents en Espagne (Farnesiana, 50 à 59 ; 62 à 64) m'ont donné abondamment l'explication décisive de l'influence parmesane sur l'histoire de Philippe V et d'Alberoni, du Régent lui-même et de l'Europe. Ce sont même ces sources presque inexplorées qui m'ont suggéré l'idée et fourni la matière du second volume de mes études ajouté, depuis 1892, à ce que j'avais écrit pour l'Académie sur Alberoni : le Secrel des Farnèse.

1. Poui'tousces noms d'ouvrages et de recueils, voir- la bibliographie ri-jointe.

2. British Muséum n" 8756 (acciuisition). — Bullelin de la Société d'Histoire Moderne, n° 3, décembre 1901.

3. E. Bourgeois. Lettres intimes du Cardinal Alberoni. — Lyon, Paris, 1892.

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