‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 4 sur 246 · IV PRÉFACE · texte numérisé non relu

IV PRÉFACE

aux coups d'Etat. Philippe aura les velléités et recueillera les avantages ; Dubois aura les inventions, les ressources, la volonté, la persistance.

« Il avait rapporté d'Angleterre les doctrines tirées de la révolution de 1688 et de la pratique parlementaire, et qui donnaient comme une sorte de soutien théorique à son scepticisme naturel. Il rêva d'abord de faire de Philippe d'Orléans un roi d'Espagne. Il aurait été l'àme de cette équivoque intrigue — on ne peut dire de cette conspiration — dont M. Alfred Baudrillart a tout récemment retrouvé l'histoire. Il échoue, mais tout d'un coup, les catastrophes inouïes de la dynastie de Louis XIV ouvrent à son imagination des perspectives bien autrement étendues et brillantes. Entre la couronne de France et son maître, il n'y a plus qu'un enfant chétif, et dont la vie semble ))récaire. Le Roi est très vieux, et décline rapidement vers la mort. Si l'enfant survit, Philippe d'Orléans sera Régent, c'est-à-dire quasi Roi pendant dix ans — c'est déjà un règne et la tutelle du Roi adolescent peut succéder à la Régence du royaume. Si l'enfant meurt, Philippe sera Roi. Préparer à Philippe la succession de France, à lui-même la pourpre et le ministère, voilà le dessein de la vie de Dubois. Il l'entrevoit dès le lendemain du traité d'Ltrecht et avant même la mort de Louis XIV, il travaille sourdement, d'accord avec lord Stair, l'ambassadeur d'Angleterre à en préparer le succès Dubois sera souvent chimérique dans ses projets ; il sera toujours clairvoyant dans ses moyens. Ici, le moyen s'impose. Philippe d'Orléans aura, il a déjà un concurrent, c'est le roi d'Espagne, Philippe V. Ce prince n'a jamais abandonné ses prétentions à la couronne de France, et il conteste le traité d'Utrecht, en vertu de ces deux axiomes, l'un du droil privé qu'un consentement forcé n'oblige pas, et l'autre du droit public, que le roi de France ne tenant sa couronne que de Dieu, il ne lui appartient pas plus d'y renoncer qu'il n'ap})artiendrait à autrui d'y prétendre. Contre l'Espagne, que soutiendront en P'rance le parti de la vieille cour et celui des légitimés, Dubois n'aperçoit pour son maître qu'un allié, allié dès lors nécessaire : c'est l'Angleterre pour laquclh' le traité d'Utrecht, c'esl-à-dire la séparation des deux couronnes, est un objet d'inlérèl piiiuordial, et dont le roi Georges a, })Our assurer sa succession prolestantc, à soutenir contre les Stuarts et les Jacobites la même lutte que Philippe d'Orléans aurait à soutenir contre les Bourbons d'Espagne et le parti des légitimés.

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