Tome
2 INTUODUCTION
quait la fragilité de leurs espérances ^ Les portraitistes de cour ont essayé à leur tour de dissimuler les signes extérieurs de l'épuisement qui menaçait ce corps d'enfant. Ils y ont même réussi-.
Louis XV, en effet, était charmant. Ses yeux noirs, ouverts au sourire, estompés de longs cils frisés, sa bouche délicate encadrée par des lèvres charnues et de race où s'éveillait une jolie malice, ses joues fines creusées, à chaque angle, de petites fossettes faisaient de son visage régulier et espiègle à la fois un ensemble gracieux^'. Avec un peu de rose sur les joues et les lèvres, le jeune Roi eût paru beau et vivant. La pâleur de son teint trahissait seule la faiblesse de sa constitution, bien connue de son entourage.
Il tomba malade, dès son avènement, à ^'incennes où les médecins l'avaient envoyé, inspiration plus heureuse que les saignées et autres remèdes violents, terreurs de sa gouvernante, M""" de Ventadour, Il eut là « des fontes d'eau, des dévoiemenls qui, d'année en année, pouvaient affaiblir son corps épuisé d'avance ». Naturellement, « il n'était pas gai. Les vapeurs qu'il avait dès le berceau, le reprirent plus violemment^ ». Il avait besoin de lutter pour vivre et semblait déjà las de la lutte. On eût dit même qu'il trouvait trop lourd le poids de la couronne royale ajouté à celui de la vie. Il n'aimait pas à faire le roi, et préférait aux honneurs qu'on se croyait obligé de lui rendre, les plaisirs enfantins qui lui faisaient oublier sa faiblesse. En cet état, l'enfant ressemblait presque au vieillard qui lui avait laissé sa place, et cette première année de royauté à une fin de règne.
La France n'était pas moins à plaindre que lui. Une minorité, dans un pays et dans un temps où la pcM-sonne royale incarnait la vie de la nation, avait toujours les caractères d'un interrègne. Les parents du Wol mineur, que la nature lui donnait comme protecteurs et la loi du royaume comme conseillers, voyaient à 1 ordiiKiire dans sa faiblesse et dans leur condition une occasion