‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 45 sur 246 · Saint-Simon, Mémoires (Edit. Chéruel, IX, p · texte numérisé non relu

Saint-Simon, Mémoires (Edit. Chéruel, IX, p

caillions qu'on prenne pour l'avenir, écrivait-il à la fin de 1712, les Renonciations se trouveront inutiles quand réchéance viendra '. »

Le changement de l'ordre de succession en France, en Espagne, avantageux aux puissances maritimes qui se crurent à jamais préservées de la réunion des deux grandes monarchies catholiques ne demeura ainsi aux yeux de beaucoup de Français et d'Espagnols qu'une application passagère de la loi du plus fort, une usurpation aussi discutable que les entreprises formées par les princes protestants d'Orange ou de Hanovre depuis 168(S, avec le concours des Hollandais et des Anglais, sur les droits des Stuart catholiques.

Si l'on avait étudié les Renonciations, à ce double point de vue si différent et tout opposé des partisans du droit populaire et du droit divin, qui les exigèrent, les inventèrent ou les subirent, on se fût épargné bien des discussions inutiles: on n'aurait pas cherché à se rendre compte si longuement de leur valeur au point de vue de la justice et du droit. 11 n'importe pas à riiislorien d'examiner, avec MM. Raudrillart ou de Courcy, si le droit divin formulé par l'avocat du Roi Oignon, invoqué par Torcy fut ou non une « mauvaise plaisanterie- » ou de reprendre les critiques indignées de \ oltaire contre ce prince d'Orange qui invoquait, pour détrôner son beau-père, la volonté du peuple anglais, définitivement inscrite dans les traités d'Utrechl.

1. \oii- la lellre paiticulière de Torcy à Saiiit-.k'an, du '25 mars 171'2 (,A. KTU., Angleterre, t. 237, f" 112) dont les termes se trouvent reproduits dans les Mémoires et Néf/ociations de ce ministre, et conformes à une lettre du 9 avril de Torcy à M""^ des Ursins (A. ÉTR., Espagne, t. 213, f» 79). — La lettre d'Alberoni que nous citons est du 24 octobre 1712, adressée au comte Rocca (édition Kinilc Rourgeois, Lyon, 1892, p. 190).

2. (le passage de M. Raudrillart, Philippe ]' el. la coin- de France, II, p. 152, indi(iue bien par quelle tendance analogue à celle de M. de Courcy toute cette étude est inspirée et conduite. Le livre de lavocat général Rignon, invcxpié par Torcy, contesté par Rolingbroke (C.orrcsp. de Roiingbroke, Irad. française, 1. p. 155) est son Ti'ailé de V Excellence des liois el du Koi/aume, édit. KilO, 3" partie, |i. 287. — M. Raudrillart ajoute : « Un droit de succession fondé sur un congrès de la France et de l'Europe est au moins atissi respeclahlc (|u"iMie coutume subrepticement établie et dont la formule ne se trouve nulle part. » Là n'est pas la question : il ne s'agit pas dune discussion sur la valeur du droit divin. Ce qui importe à Ihislorien, c'est, de savoir et de cnm|irendre les sentiments des Français d'alors sur ce sujet pour e.\iiiii|ner leurs ;kI(>s cl leur liistoire.

Il faut étudier les Renonciations, non pour affirmer la valeur des droits qu'elles ont ))u conférer à telle famille ou à tel prince, mais pour noter la })oi-téc des motifs qui les ont inspirées, les raisons, les intérêts de leurs auteurs ou de leurs partisans, les doctrines et les résistances de leurs adversaires, le conflit qu'elles ont créé dans la succession de France, au moment oi^i n'était pas achevée la querelle de la succession d'Angleterre.

L'histoire de la Régence et de l'Europe à cette époque fut en grande partie déterminée par les craintes ou les espérances, les maximes et les discussions de droit que provoqua, après la mort de Louis XIV, dans les cabinets européens et l'entourage des princes, la perspective d'une succession aussi considérable. Les Renonciations, les arguments par lesquels les contemporains les ont soutenues ou combattues, sont les documents les plus propres à nous éclairer sur les croyances et les opinions, les tendances et les manœuvres des partis, des politiques, des souverains et de leurs ministres intéressés à régler cette grande affaire selon leurs intérêts ou leurs ambitions.

Si Philippe V, après s'être engagé par un serment authentique et avoir engagé l'Espagne par un vote des Cortès au respect de ces actes de succession, songea presque aussitôt après la paix, à maintenir les droits de sa famille le cas échéant, ce n'était pas uniquement le fait d'une ambition maladive, et incapable de se résigner : ce fut aussi l'effet d'une impuissance absolue à concevoir, comme tous les Français élevés dans les principes du droit divin, une loi de succession réglée par la seule volonté des peuples et dans des actes internationaux. Il persista à se considérer comme le champion de la légitimité méconnue en sa personne, et ses compatriotes le considérèrent longtemps ainsi.

A peine le gouvernement de la France fut-il donné pendant la minorité, au duc d'Orléans, que pour réserver l'avenir, le prince de Cellamare s'en vint invoquer auprès des vieux serviteurs de Louis XIV les droits intangibles de Philippe \'. Il visita Torcy, Polignac, Rerwick,Mlleroy. La vieille cour lui parut dans les mêmes sentiments que son maître et tous les partisans du droit divin. «L'autorité du duc d'Orléans ne leur paraissait pas

légitime ^ » On n'acceptait sa Régence que par contrainte, parla peur d'une guerre civile, et l'espoir d'un changement prochain. Tous, ainsi que Cellamare et son maître, se réservaient pour l'heure oii une question plus grave se poserait : après la succession de Louis XIV et la régence, la succession de Louis X\^ lui-même.

Le cas échéant, le choix de la majorité des Français lidèle à la coutume établie n'était guère douteux. Saint-Simon, l'ami d'enfance du Régent, le conseiller de la Régence lui disait bien en face, en 1719 « que si le roi d'Espagne entrait en France pour revendiquer SCS droits, il quitterait son ami avec des larmes et se rangerait du côté de Philippe \ . Si moi, ajoutait-il, tel que je suis pour vous, pense et sens de la sorte, qu'espéreriez-vous de tous les autres vrais Français-? » Les patriotes de ce temps et de la cour estimaient « que le Roi lui-même, à la tète de la nation, n'a pas le droit de donner en aucun cas, ni à qui que ce soit le droit de succéder à la couronne acquise aux mules d'aîné en aîné. » C'était toujours la portée du discours tenu par Torcy aux Anglais en 1712. Le duc de Rourbon, le cardinal Fleury qui devait disposer du royaume pendant vingt ans partagèrent ces sentiments. L'un disait à Philippe ^ , quelques années plus tard : « Si, ce qu'à Dieu ne plaise, le Roi mourait sans héritier, j'embrasserais et soutiendrais les intérêts de \'otre Majesté avec autant de zèle que de fidélité. » Et Fleury n'était pas moins affirmatif : « Je serai toujours lidèle au sang de Louis XIW Mon attachement n'est fondé sur aucun intérêt. Il n'a d'autres principes que les lois du royaume et l'avantage de ma patrie ^. »

Tant que Louis XV ne fut pas assuré de vivre et d'avoir des héritiers, courtisans et ministres en France, par leur loyalisme, entretinrent ainsi les espérances de Philippe ^' contre les Renonciations qui l'avaient proscrit et retranché de la famille royale. (Tétait pour eux comme une manière de patriotisme, cet attachement presque instinctif et traditionnel aux coutumes et aux

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