Saint-Simon, Mémoires (édit. Chéruel, 1881, XI, p
3. Voltaire, Siècle de Louis A71''(édit. Hachette, 1890, p. 758) ; Lenglet-Dufrénoy, Mémoires de la Régence, I, p. 64.
ticulièrement ' ? Madame, cette rude Allemande, aussi sévère pour le moins que Saint-Simon aux vices du prochain, aurait-elle ménagé le maître qui eût flatté et développé ceux de son enfant? Aurait-elle pu écrire au duc de Chartres quand elle le savait exposé aux mauvaises fréquentations de l'armée, et trop disposé à y prendre plus d'habitudes de débauche que de courage : « Si vous pouviez avoir le cœur fait comme l'abbé Dubois, vous ne m'en voudriez pas de mes avis. Mais le naturel prévaut. Tâchez de suivre les siens seulement?^ » Aurait-elle, pendant les six années que le duc de Chartres passa au camp, de 1691 à 1696, chargé et à plusieurs reprises remercié l'abbé du soin qu'il prenait de faire de son fils un honnête homme, « tâche plus méritoire et plus difficile devant Dieu que de jeûner au pain et à l'eau ?^ »
Il y a sans doute des mères aveugles, et parmi les précepteurs de princes de bons apôtres, mais Madame n'avait point coutume de pécher par indulgence, ni d'être aisément dupe de son entourage. Elle a vu le mal de bonne heure, et plutôt que de l'ignorer, elle le voyait parfois où il n'était pas. Sa confiance dans l'abbé Dubois n'a point été placée à la légère, et elle ne lui a point été retirée, même aux heures où les mauvais conseillers du jeune prince, son père peut-être même, gênés par l'influence contraire du précepteur commençaient déjà cette campagne de calomnies dont les traces ont toujours demeuré. Si un témoignage devait être précieux à l'abbé et utile à sa mémoire, c'est assurément cette lettre de la duchesse d'Orléans ^* : « avec la vertu et le bon esprit que vous avez, vous n'avez guère à vous effrayer de la calomnie : avec le temps tout le monde vous rendra justice : vous êtes très utile à mon fils et très capable de le retenir pour l'empêcher de tomber dans les vices du temps. »
Nul doute qu'après avoir achevé ses leçons, si Dubois demeura
1. Los lettres si décisives do lu l'.ilalinc ;'i Inldii' [Jiihois ont été pour l;i première fois retrouvées et publiées par le foinle de Seilliac, I, p. 205 et suiv.
2. La duchesse d'Orléans à son Tds, 19 mars 1<>91 (Seilhac, oiiv. cité, I, p. 205).
3. La duchesse d'Orléans à Dubois, 25 mars KilU {IbkL, p. 207j.