Seilhac, ouv. cilé, I, p
2. Auersperg à Léopold (Gtedeke, Gescldchte, etc., voir plus haut) : « Er sagt dass diesel- absonderiiche Bel'ehl habe iioine Mezzo lermino mit einigen Abgesandten einzugehen. »
n'hésitaient pas à associer à leur gouvernement, Somers, l'avocat lettré, devenu solicitor général, Montague, le collaborateur de Prior qui allait être ministre ^ « Votre exemple, écrivait plus tard Steele à ce dernier, a fait que l'esprit et le savoir sont entrés dans une ère nouvelle. . . Grâce à vous l'homme d'esprit s'est mis à devenir homme d'affaire^. » Les grands seigneurs, whigs ettorys, ne dédaignaient plus de traiter en égaux les publicistes qui leur donnaient ou leur faisaient espérer la victoire auprès de l'opinion, la seule souveraine de l'Angleterre, après la loi. Nul moyen pour les partis désormais de se passer des écrivains capables d'éclairer, de régler l'opinion. Le duc de Dorset , le marquis d'Halifax, président de la Chambre des Lords, Chambellan et lord du Sceau privé avaient fait eux-mêmes leur fortune par leurs écrits. Politiques ou auteurs se rencontraient dans les cafés, ces écoles de politique, dans les salons, centres des nouvelles, des affaires etdes lettres. Là, point de ces'méprispour les savants ou les auteurs que les gens de cour, les nobles en France, même s'ils étaient Saint- Simon et Torcy, affichaient comme une de leurs prérogatives.
Non décidément, on n'avait point idée à Paris de la familiarité, de l'égalité désormais établies à Londres entre les gens de lettres et les seigneurs. Tous les jours, Dubois fréquenta, comme il voulait, le marquis de Lorn, plus tard duc d'Argyll, un des principaux chefs des whigs, à ce café de la Rose, en Covent Garden, au Will's Coffee House où le plus haut personnage de la cour ne se fût pas permis de prendre la place réservée à l'illustre Dryden^. C'était déjà presque le cas et le moment pour Swift de dire : « S'il prenait envie à Addison d'être roi, on ne pourrait guère lui répondre par un refus. »
Il suffisait à l'abbé d'avoir été signalé à son arrivée par Saint-Evremond et tout son monde de Français gourmands et spirituels, délicieusement libres de préjugés et épris de lettres pour rencontrer le meilleur accueil auprès de torys tels que
1. Beljame, Le public et les Hommes de lettres en Angleterre, Hachette, 1881, p. 226-227.
2. Steele, Dédicace du 4"" volume de son Babillard à Montague.
3. Dubois au Régent, 4 octobre 1717 (A. ÉTR., Angleterre, t. 301, F 110). « Ils y étaient alors bons amis. »
Rochester et Hamilton ou de seigneurs depuis longtemps ralliés par des honneurs à Guillaume III. Il fut surtout l'hôte assidu et devait rester toute sa vie l'ami de la comtesse de Sandwich, très Française d'allure et de goût, grande dame qui tenait un cercle de lettrés et de savants, à Londres et à Paris où elle faisait de fréquents séjours*. Ce fut dans cette maison qu'il fit connaissance avec l'homme dont l'amitié devait un jour décider sa fortune, avec Stanhope'^, l'un des types les plus complets peut-être de cette aristocratie politique anglaise, qui faisait la guerre avec Marlborough énergiquement, constituait au Parlement le régime constitutionnel de l'Angleterre, et trouvait le temps de faire de l'érudition avec l'abbé Vertot, de la science et de l'esprit avec les Français, les gens de lettres et les journalistes.
Jamais Dubois ne devait perdre le souvenir, ni le fruit de ce court séjour à Londres. Il est certain que ce voyage, dont l'histoire ne semblait pas avoir à tenir compte, a décidé en grande partie de l'orientation de sa carrière, et de sa fortune diplomatique.
« C'était par l'Angleterre, qu'il voulut à tout prix percer », a dit Saint-Simon, et naturellement c'est à la calomnie encore qu'avec Saint-Simon les contemporains ont demandé l'explicalion (lu penchant de Dubois pour les Anglais. On a bien légèrement conclu à l'influence des pensions servies par les ministres de Georges I"' à leur précieux colhiborateur et ami. De ces pensions, personne encore n'a retrouvé dans les documents la moindre trace. Si Dubois fut en effet séduit par l'Angleterre, il le fiiL d'une manière plus désintéressée et plus haute, comme Voltaire vingt ans plus tard, par les mœurs d'une société libre, par les marques de considération et de pouvoir que la nation anglaise et ses chefs donnaient aux gens de sa sorte, la carrière qu'elle leur faisait, cL les ressources qu'un jour sa propre ambition pouvait tirer de cet appui et de ces exemples.
Par l'attention exclusive donnée aux grandes œuvres duxvir', à
1. Saint-Évremond, Correspondance avec Ninon de l'Enclos, IG9(J, 1G99 (OEuvres mêlées, Amsterdam, 1706, 5 vol. in-12).
2. Saint-Simon, Mémoires (édit. Chérucl, XII, p. 310 et 455); Beljame, ouv. cilé (p. 172, p. 297, note 1).
celles du xviii^ siècle d'autre pari, on a trop néglige dans l'étude de la pensée française cette période où se fit, avant la Régence encore, obscurément la transition entre les deux époques. Quelques noms, quelques œuvres sont venus jusqu'à nous, le bruit de quelques querelles philosophiques ou littéraires, mais en partie absorbé, étouffé dans le règlement européen de la Succession d'Espagne, la grande affaire de ce temps. Ce qu'on n'a pas assez recherché, c'est l'influence, de l'Angleterre, après la Hollande et avec Bayle, sur l'évolution qui se préparait alors dans les mœurs et la pensée des Française
Quand Stair arriva à Paris en 1714, il fut surpris du progrès que l'imitation et l'admiration de l'Angleterre y avaient fait-. Il l'aurait été moins, s'il avait connu davantage les ouvriers de ce progrès, Rémond, un petit homme de beaucoup d'esprit, et qui se piquait de tout savoir, prose, poésie, philosophie, histoire, commensal et familier de la comtesse de Sandwich^, ou le baron de Longepierre, poète, orateur, géomètre et musicien qui avait initié le duc de Noailles aux lettres anglaises et de môme l'avait conquis aux idées libérales en politique pourfaire de ce grand seigneur, si cher au grand Roi « a perfect Englishman* ». C'étaient enfin les familiers de ces soupers du Palais-Royal qui ont si fort intrigué les contemporains, et irritéparliculièrement Saint-Simon^, incapable de rien entendre à ces nouveautés d'outre-Manche, à ce libertinage de pensée et de paroles, également sévère pour les seigneurs qui les toléraient et les gens d'esprit qui se glissaient hors de leur condition. Il faudrait, pour marquer ces contacts, connaître mieux ces « débauches^ », comme on disait, de la Société du Temple, dont les moins graves n'étaient peut-être
1. Brunetière, Études critiques sur la littérature française, Paris, 1890, p. 44 (Le SageV « C'est de la Bruyère, dit-il, à propos de son mot sur les savants appelés aux affaires, que commence cette période qui va jusqu'à Gil Blas. » Surtout Lanson, Lettres anr/laises de Voltaire, Paris, 1908.
2. Stair à Stanhope, 8 mars 1715, (Wiesener, le Régent, l'abhé Duljois, p. 17).
3. Saint-Simon, Mémoires [éA\i. Chéruel, XII, p. 368, 370; XVI, p. 207).