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Lettre de Dubois au Régent, février 1703 [Ibid., ibid

4. Le duc d'Orléans à M""' de Maintenon, 1704 {Mémoires de Nouilles, p. 404). — Baudrillart, Louis XIV et Philippe V, p. 243 (décembre 1705),

Ce n'était certes point un complot, pas même une intrigue contre le roi d'Espagne que ce désir d'être employé. Il ne semble pourtant pas que ni Louis XIV, ni son petit-fils aient étéMrès pressés de le satisfaire. Il fallut la défaite de Ramillies, l'obligation de rappeler Vendôme au plus vite en Flandre pour que le Roi, à court de généraux et de talents, se décidât à confier à son neveu, avec un commandement en Italie, le siège de Turin et la défense des Alpes françaises contre le princff'Eugène et le duc de Savoie.

Dubois, pour avancer sa fortune, n'avait pas eu à choisir. Il avait rêvé de diplomatie ; il dut, avec son élève, retourner aux armées. « Bon esprit est bon à tout », lui écrivait alors la duchesse d'Orléans ^, heureuse de les avoir encore auprès de son fils. Il fit fonction d'aide de camp transmettant les ordres, de secrétaire pour faire passer les avis de la campagne au ministre, et même de lieutenant : on le vit s'exposer, avec le duc, dans les assauts du siège de Turin, et littéralement tout faire pour posséder la confiance du maître qui avait tenu à l'emmener en Italie-.

Ce qui paraît certain, c'est que, malgré le dévouement du duc d'Orléans à sa tâche et de l'abbé à ses fonctions multiples, ni l'un ni l'autre n'avaient réussi à inspirer pleinement confiance aux cours de Madrid et de Versailles ; et Dubois, moins encore que son maître, parce qu'on semblait le rendre responsable des écarts d'ambition que Philippe V redoutait et prévoyait de la part de son cousin. Dès le siège de Turin, le ministère, Cliamillart et la cour affectèrent de ne pas considérer l'abbé comme le conseiller autorisé et officiel du duc, de ne ])as lui confier le chiffre destiné à la correspondance du général de l'armée d'Italie. Si bien qu'irrité, dépilé, l'abbé refusait d'aller rendre compte à Versailles avecNancré de hi mauvaise issue du siège ^.

1. La duchesse dOrl6ans à l'abbé Dubois, 1706 (Seilhac, I, p. 337).

2. Dubois au camp de Corregioli, 25 juillet 170G : « Ordre de S. A. R. de ne pas perdre une minule et de faire travailler avec tout ce qu'on pourra ramasser de soldats et, de paysans.» [Catalor/ues lAwerdcl-Vcnle I. L., de Nancy, 1855). — Dubois à Chamillart, du camp devant Turin, 29 août, sept heures soir (Dépôt Guerre, t. 1966, pièce 369).

3. Dubois à Chamillart, Il septembre 1706. Fenesire : « regrette qu'on ne lui confie pas le chiffre du duc d'Oiléans. (^est le duc qui a voulu l'emmener. Lui,

Il réclamait plus de justice : on ne la lui rendit pas. Quand M. de Tliésut, secrétaire des commandements du prince, mourut en 1707, ce ne fut pas à Dubois, qui déjà avait l'ait son stage dans cette charge, la première de la maison d'Orléans, ce fut à l'abbé de Thésut que, par ordre du Roi, elle revint. Evidemment, l'influence, l'autorité du maître sur son ancien élève inquiétaient.

Si, l'Italie perdue, et par nécessité, Louis XIV se décidait à confier au duc d'Orléans le soin de sauverTEspagne compromise en 1706 par les victoires des Alliés, ce fut à la condition suggérée sans doute de Madrid, mais expresse, que Philippe n'emmènerait pas au delà des Pyrénées son fidèle abbé. Comment ne pas rapprocher ces ordres de la cour avec le jugement d'un des hommes qui savaient le mieux les choses d'Espagne, Amelot : « Bien des gens poussent le duc à jouer un rôle considérable en Espagne. » Le meilleur moyen qu'eût trouvé Louis XIV a d'obliger son neveu à se renfermer dans la connaissance des affaires de la guerre, de n'entrer dans aucun détail ni de cour, ni de gouvernement », c'était de le séparer pour longtemps de son conseiller politique, du confident et du serviteur de ses espérances K

La séparation, d'ailleurs, ne fut point aussi complète qu'on se l'imaginait à Madrid ou à Versailles. Elle était un obstacle trop grave aux ambitions combinées du prince et de l'homme à qui les Bourbons refusaient les premiers rôles, pour qu'ils ne se soient point entendus et très vite sur la façon de tourner les ordres de Versailles par une correspondance suivie et secrète'^. Nul doute qu'ainsi se forma, dès que le duc eut passé les Pyrénées, presque aussitôt un parti à la cour de Marly en sa faveur, pour souhaiter qu'il se rendît maître de l'Espagne par une action d'éclat. De ces amis zélés ou intéressés, Saint-Simon, Bezons,

a obéi. Il a fait assez « de fonctions pour être sur qu'il possède la confiance du Duc ». Mais il est mécontent de celui qui la supplanté et n'ira pas avec Nancré à Versailles (Dépôt Guerre, t. 1966, pièce 415). — Voir aussi lettre de Dubois à Nancré, 1707, où il parle de l'emploi dont on Ta exclu (Seilhac, I, p. 320).

1. Amelot à Louis XIV, 4 avril 1707; Louis XIV à Amelot, 18 avril 1707 (A. ÉTR., Espagne, t. 167, f° 168; t. 175, f» 73).

2. Cette correspondance a été en partie publiée par M. de Seilhac (I, p. 316, 331, 335, 338,.

Nancré, Dubois, retiré en apparence dans ses abbayes, mais attentif à remplacer son maître et son ami, fut le conseiller et l'interprète. Un jour au mois de juillet, il l'engageait à risquer une entreprise en Portugal, à se porter avec la rapidité de la foudre à Lisbonne, pour interdire la Péninsule aux Anglais.

Philippe d'Orléans se désolait que l'état de l'Espagne, celui de Farmée surtout composée « de non mangeants, de non buvants », insuffisante môme à prendre Lerida ne lui permissent pas une action militaire, glorieuse et décisive *. On avait voulu qu'il fît la guerre, rien que la guerre. Mais pouvait-il demeurer indifférent au goût si vif des populations espagnoles du Nord-Est pour leurs privilèges et pour leurs libertés locales, aux avantages que les Bourbons y pouvaient trouver, cartains de se les attacher par là mieux que par les armes ? Et s'il indiquait à Versailles et à Madrid le profit certain de cette politique, comment n'aurait-il pas pris soin de la pratiquer?

Peu à peu le duc se fit une sorte de gouvernement dans ces provinces qu'on l'avait chargé de défendre, et une popularité si grande que Louis XIV et Philippe V s'en émurent-. Dubois secrètement informait son maître de l'émoi qu'il provoquait, non pour l'en blâmer, mais pour lui conseiller de venir à Paris pendant l'hiver se défendre contre des soupçons dangereux à la suite de l'entreprise : il emploierait ensuite le printemps à consolider son effort et son succès 3.

L'abbé a donc eu sa part, de conseils au moins, dans le rôle que le duc d'Orléans, en 1708, a voulu jouer en Espagne et qui aboutit, en 1709, à un véritable éclat entre Philippe V et son oncle. Le 16 juillet 1708, le duc avait adressé à son neveu, par les soins d'un agent, Rcgnault, un plan de gouvernement pour les pays reconquis : restitution des fueros aux trois provinces. Valence, Aragon, Catalogne; suppression des officiers d'Etat, des corregidors dans les villes; extension de pouvoir pour les

1. Dubois au duc d'Orléans, 16 et 23 juillet 1707 iSeilhac, I. p. 342 cl 347) ; Saint-Simon, Mémoires (édit. Boislisle, XIV, p. 426).

2. Correspondances du duc d'Orléans avec Louis XIV et Philippe V, mai-juin 1707, utilisées par Baudrillart [l'hilippe V el le duc d'Orléans, p. 18 et 19).

3. Dubois au duc d'Orléans, 12 décembre 1707 (Seilhac, I, p. 115).

officiers municipaux, les alcades, concessions nombreuses à la noblesse, « bref un vrai gouvernement à Fanglaise^ ».

La proposition pouvait être interprétée de deux manières, comme une indication utile fournie au roi d'Espagne, ou une manœuvre du duc d'Orléans pour se créer une popularité et des titres à l'amitié des Catalans. La cour d'Espagne, M"^^ des Ursins et les ministres l'accueillirent en tout cas de mauvaise grâce et avec défiance - : sans discuter le problème déjà tant de fois étudié des trabisons et des intrigues du duc d'Orléans, de l'arrestation de ses agents, Regnault et Flotte, des colères de Philippe V et du pardon accordé à tort ou non par Louis XIV, il faut rappeler cependant la coïncidence assez singulière de cette initiative prise à })artir de juillet 1708 par le duc avec les premières démarches auprès de lui des agents anglais en Espagne. Ce fut à la fin de juillet que James Stanhope, chargé de commander les troupes anglaises en Espagne, avisa le duc d'Orléans d'un projet favorable aux ambitions et aux droits de sa maison 3 : « qu'il s'attachât les Espagnols, et l'Europe obstinée à détrôner Philippe V, l'Angleterre particulièrement ne lui refuseraient pas une partie de l'héritage espagnol restitué à l'archiduc, une principauté en Murcie, Catalogne et Valence ».

D'où vint au général anglais, au whig fougueux qui jusqu'à l'arrivée de Vendôme disputa avec le plus d'énergie et de succès l'Espagne aux Bourbons, l'idée de cette négociation? D'un moment de lassitude provoquée par la résistance du duc d'Orléans aux armées de l'archiduc, ou plutôt de l'amitié que l'abbé Dubois avait su former entre Stanhope et son prince, et qu'il a pu, sans paraître, faire agir à cette époque de crise oîi Philippe V faillit être détrôné, de l'aveu môme de Louis XIV.

Il n'y a pas à douter d'ailleurs qu'aux avant-postes des deux armées, le duc d'Orléans ait consenti à un entretien secret avec

1. Le duc d'Orléans à Philippe V, 16 juillet 1708 (Baudrillart, Ibld., ib.).

2. Toutes ces pièces ont fait l'objet d'une recherche et dune étude très particulière que le père Baudrillart a publiées d'abord dans la Heuue des Questions Historiques, et qu'il a insérées aussi dans son livre sur Philippe V et le duc d'Orléans, chapitre ii.

3. Torcy, Journal (édit. Masson, p. 510) ; Baudrillart (même ouvrage, même chapitre, p. 90.)

Stanhope, ignoré de Philippe V dont il commandait les troupes, connu de l'archiduc qui l'a noté sur son journal intime à la date du 22 août : « Stanhope parle en secret au duc d'Orléans ». Un de ses officiers, Flotte, fut adjoint à Regnault, quand le duc revint à l'automne en France, en octobre, pour suivre la négociation. Et à la même époque, le ministère anglais, le secrétaire d'Etat Sunderland, consulté et informé par Stanhope, l'autorisait à promettre à la famille d'Orléans les provinces d'Espagne où le neveu de Louis XIV avait su remporter la victoire et se créer une popularité. Où il venait de jouer, peut-être à l'excès, un rôle de vice-roi, l'Angleterre lui laissait espérer une sorte de royauté (décembre 1708).

Le duc d'Orléans ne devait pas retourner en Espagne : quoique son oncle à Versailles eût refusé de le condamner, de le livrer aux colères du roi d'Espagne et de la cour de Meudon, il demeurait compromis malgré tout par ces négociations avec l'ennemi et les sujets du prince qui lui avait confié ses armées. Il ne devait même guère, jusqu'à la mort du Roi, reparaître à la cour, où sa querelle avec la famille royale et ses débauches de plus en plus affichées, injurieuses pour sa femme, lui faisaient une situation malaisée. L'abbé Dubois se retirait dans son abbaye d'Ayrvaut,en Poitou, sans qu'il lui restât grande espérance de poursuivre ou de réaliser, ni pour lui, ni pour son maître, ses ambitions.

Brusquement, la mort, frappant à coups redoublés sur la famille de Louis XIV, vint, comme la défaite qui avait détruit ses armées et ses généraux, obliger le vieux Roi après 1712 et 1714 à faire grâce et appel une seconde fois à son neveu : surtout quand avec la mort les traités d'Utrecht eurent, par les Renonciations, supprimé de la maison de France les Bourbons d'Espagne, et réduit au petit duc de Bretagne la branche aînée. La branche cadette et les bâtards du Roi devenaient pour la dynastie les ressources nécessaires. Le tcslamcnt de Louis XIV allait alors restituer à son neveu beaucoup mieux que le rêve d'avenir qu'il avait caressé et vu s'évanouir en Espagne.

Aussitôt, le duc rappelle auprès de lui l'abbé Dubois qui n'a

pas manqué, pendant les années que Stanhope, prisonnier des Français après sa défaite de Brihuega, passait à Paris (171 1-1713) d'entretenir leur amitié mutuelle*. Et voilà qu'après la mort de la reine Anne, l'avènement de Georges P"" procurait à Stanhope, à Sunderland, aux meilleurs amis de Dubois et de son prince, des situations importantes dans le cabinet whig qui se préparait à soutenir les Hanovre contre les Stuart, et, s'il le fallait, la maison d'Orléans contre Philippe V en vertu des Renonciations. Il n'eût tenu qu'au futur régent de France de sceller dès le courant de l'année 1715 une entente étroite, préparée ainsi depuis longtemps par ses relations avec les whigs, par les sympathies de son entourage pour l'Angleterre. Soit calcul de prudence, soit influence sur ce prince de l'abbé de Thésut qui occupait la première place dans les Conseils du Palais-Royal encore, qui servait en secret avec zèle le Prétendant et le renseignait sur les offres et les projets de Georges I", l'alliance pour les deux Successions d'Angleterre et de France, ne se fit pas, même après la Régence déclarée, entre les Hanovre et la maison d'Orléans^.

Cependant, à mesure que cette Régence approchait, l'abbé Dubois avait semblé prendre plus d'autorité sur le duc d'Orléans. Dans les entretiens que ce prince, pour assurer son avenir, ne refusa pas à l'envoyé de Georges I*""", à lord Stair, depuis le mois de juillet jusqu'en septembre 1715, l'abbé paraît avoir été choisi de préférence pour suivre, avec réserve et prudence d'ailleurs, les offres et les demandes des whigs. Mais ce n'était encore qu'un symptôme de fortune. De toutes les places que le Régent eut en octobre 1715 à sa disposition, par les réformes et dans le gouvernement qu'il ordonnait souverainement, aucune d'abord n'avait été pour son ancien précepteur.

Avec l'année 1716 et simultanément, la carrière politique de l'abbé, le rapprochement du Régent avec Georges P'' par ses soins et par les bons offices de Stanhope se sont déterminés. Le 2 janvier, la mort de l'archevêque de Sens ayant fait une vacance

1. Saint-Simon, Mémoires (édit. Chéruel, XII, p. 369 et 455).

2. Toutes les démarches et les pourparlers, d'après les papiers personnels de Stair ont été exposés par Wiésener, le Régent et les Anglais, I, chap. ii, p. 95.

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au Conseil des affaires ecclésiastiques, le Régent y nommait Dubois, à la demande, a-t-on dit, de sa fille préférée, la duchesse de Berry, en réalité pour son service*. Car le 12 mars 1716, c'était par ordre que l'abbé reprenait de Paris sa correspondance interrompue avec Stanhope, de même qu'aux réponses amicales mais froides et défiantes du ministre anglais il ripostait par une phrase qui engageait l'avenir de la Régence pour la première fois : « Le caractère de notre prince ne laisse pas lieu de craindre qu'il se pique de perpétuer les préjugés et le train de notre ancienne cour, et, comme vous le remarquez vous-même, il a trop d'esprit pour ne pas voir son véritable intérêt ^. »

L'abbé avait trop d'esprit lui-même, avec une ambition trop impatiente, pour n'avoir pas su le lui faire voir. Le décret qui avait introduit l'abbé dans les Conseils officiels de la Régence avait l'apparence seulement d'une de ces grâces accordées par le duc d'Orléans à ses amis, plutôt que d'une mesure capable de déterminer sa politique et celle de l'Europe. Mais, lorsqu'après avoir conféré à son ancien précepteur le droit dérégler dans ses Conseils les affaires de l'Eglise de France, le duc l'envoya en Hollande pour d'autres affaires, purement politiques et secrètes, au-devant de Geoiges l*"'' et de ses ministres, le secret du Régent, désormais constitué, devint l'instrument de la fortune politique que Dubois avait rêvée pour son élève et pour lui-même.

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