‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 6 sur 246 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

seules manœuvres d'Alberoni Vy auraient vraisemblablement conduit. Alberoni voulait le pouvoir pour sa personne et la suprématie de la Méditerranée pour ses maîtres : chasser les Autrichiens d'Italie, y établir les Espagnols à leur place, gouverner les deux péninsules et, s'il était possible, absorber la France et dominer l'Europe, ce n'était pas, comme on l'a trop répété le plan d'un brouillon, c'était la conception d'un grand ambitieux. Alberoni y apportait les moyens et l'es maximes qui ont été, de tout temps, celles des grands ambitieux : « l'Italie, disait-il, a besoin d'être guérie par le fer et le feu. » Dubois trouva en lui son émule et son rival. Dans la lutte qu'ils entamèrent, si l'on ne peut dire lequel poussa le plus loin l'absence de scrupules, on peut affirmer que le plus chimérique ne fut pas toujours Alberoni. Entre ces deux champions, plus dignes de s'entendre qu'ils n'en étaient capables, s'engagea un assaut qui figure parmi les plus illustres parties de l'escrime diplomatique: tous deux souples, rusés, surprenants, l'un tirant à la française mais plutôt en prévôt de salle qu'en gentilhomme, l'autre tirant à l'italienne avec des feintes de spadassin d'Espagne. Lemontey en avait composé une très pénétrante esquisse. M. Alfred Baudrillart en a retracé les principaux épisodes, M. Wiesener en a éclairé les commencements avec les archives d'Angleterre; mais personne n'a déterminé, suivi, élucidé les péripéties comme notre auteur. C'est le grand mérite et la grande nouveauté de son travail.

« II y eut, pendant la minoril('î maladive de Louis XV, une question de la succession de France qui occupa la politique, la gouverna et la troubla tout autant qu'avait fait la question de succession d'Espagne, pendant la caducité précoce de Charles II. Cette grande affaire ne pouvait (Mre conduite que dans le secret. Elle ne convenait ni à la diplomatie sohMinelle, ni à la bureaucratie com|)liquée et indiscrète des Conseils, dont le Rt''gent s'était entouré. Il y eut donc pour ce grand dessein un ministère secret, une diplomatie secrète : Dubois en fut l'àme. C'est ce que notre auteur, s'inspirant d'un brillant exemple, appelle le Secret du Régent Le Secret de Dubois serait au fond plus exact. II est incontestable cependant que le Hégent s'y prêta, s'y laissa attirer, par ennui, par curiosité peut-être, ])lus que par ambition : qu'il fit de la di|)lomatie, comme il avait l'ail de la chimie, de la peinture, de la musique; qu'il s'y attacha par une sorte de ragoût

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