Voir rintroduction, chap. i
lOÔ LA CONVENTION FRANCO-ANGLAISE DE HANOVRE
lui-même avaient toujours désigné à la France comme l'ennemi héréditaire. L'intérêt l'exigeant, il abandonnait résolument une tradition condamnée.
Dubois pouvait citer au duc d'Orléans une pareille autorité en faveur de son système. L'évolution politique qu'il recommandait à son élève eût été justifiée pleinement, si elle avait eu pour objet définitivement le bien et l'intérêt de la France. Mais le fait est qu'il la recommanda comme un remède plutôt aux embarras du Régent qu'aux malheurs du Royaume. Si la minorité de Louis XV eût été réglée dans d'autres conditions, d'après le testament de Louis XIV, le Régent n'aurait pas eu besoin d'aller demander à l'Angleterre les moyens de gouverner la France. 11 eût pu se créer, par ses services, les titres les plus sûrs à la succession de son pupille.
Il n'est pas surprenant que Dubois ait bien vite fait accepter son plan au Régent : son voyage n'était que le développement de la correspondance que, le 12 mars 1716, il avait été invité à engager avec Stanhope sous lorme d'abord de propos vagues et d'assurances d'amitié réciproques. Stanhope avait exigé alors du Régent un gage de sa sincérité, l'abandon immédiat des Jacobites qui ne désespéraient pas encore de trouver un appui en France. Le Régent, par crainte de la vieille cour alliée aux Jacobites, avait obstinément refusé depuis le mois d'octobre aux whigs et à Georges F'' l'alliance et le traité de garantie que lord Stair lui avait tout de suite demandés contre le Prétendant. Egalement pressés de garantir la succession prolestante, Georges P'" et les whigs Anglais avaient alors négocié sans relâche à la Haye la reconstitution de la Grande Alliance de 1701 entre les puissances maritimes et l'Autriche. Les Hollandais, plus favorables à une alliance française et à la paix qu'à une négociation avec l'Empereur, mécontents de ses procédés hautains, inquiels de ses desseins ambitieux, ne s'étaient })oint aisément prêtes à la dii)lomatie des whigs qui, sans eux, avaient signé avec Charles VI le traité du 8 juin 1716. La République des Provinces-Unies ne s'était pas encore |)rononcée entre Georges I", l'Empereur, et le duc d'Orléans quand, le 10 avril 1716, Dubois écrivit à Stanhope une noavelle lettre plus précise.
LE DÉRl T DE L'ABBÉ DUBOIS A LA HAYE 101
Le plan qu'il conseillait au Hégeut y était nettement tracé*:
« Je n'ai pas oublié que dans nos anciennes conversations vous m'avez souvent dit qu'il ne peut y avoir de solide liaison entre les souverains qu'autant que chacun d'eux y trouve son intérêt, et vous avez sagement observé que ce principe conduit nos deux maîtres, non seulement à une honnête correspondance entre eux, mais même à une étroite amitié. »
Les rapprochements des deux souverains, des deux cours, étaient marqués à la fin de la lettre, d'un mot spirituel et piquant: « outre l'intérêt de nos deux maîtres, je déclare que je serai ravi que vous ne bussiez que d'excellent vin de France, au lieu de vin de Portugal et moi du cidre de Goldpepin au lieu de notre gros cidre de Normandie^ ».
Tant d'esprit et de si bonnes raisons ne convainquirent pas, jusqu'en juillet encore, les ministres anglais qui avaient appris à se défier des hésitations du Régent^. Il fallait qu'une démarche nette, cordiale, amicale et politique à la fois, les rassurât tout d'abord et les disposât à traiter. Quoique Dubois eût prodigué dans ses lettres à Stanhope toutes les assurances possibles de franchise et de sincérité, il comptait plus encore sur son éloquence et l'imprévu d'une rencontre qui ne laisserait pas à Stanhope le temps de méditer une réponse évasive. Le passage du ministre anglais en Hollande était une occasion unique : le roi Georges qu'il accompagnait, préoccupé de ses intérêts hanovriens, avait besoin d'une alliance qui lui assurât, en son absence, l'Angleterre ; l'heure et le lieu parurent à l'abbé décisifs pour commencer avec eux l'entreprise qui allait déterminer à l'avenir la politique du Régent *.
Il en avait arrêté avec son maître le programme et les phases successives avant son départ de Paris (20 juin 1716]^, Son premier
L Sevelinges, Mémoires secrets, I, p. 105-166.