‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 64 sur 246 · Voir Introduction, chap. ni · texte numérisé non relu

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5. Instructions du Régent à l'abbé Dubois (A. ÉTR., Ang., l. 277, f» 20 à 38), analysées par Sevelinges, I, p. 184-185.

soin devait être de rassurer les minisires et le roi de la Grande- Bretagne sur les rapports du Régent avec le rival de Georges P"^, le Prétendant. C'était la première partie de la négociation, la principale, la plus épineuse aussi et la plus délicate. Car les actes du passé n'étaient point conformes aux assurances qu'il donnerait sur ce point pour l'avenir. Si pourlanl l'abbé était écouté, ce qu'il n'avait pu obtenir jusque-là. il en profiterait pour proposer un accord sur la base de l'intérêt commun des deux princes, la reconnaissance de la succession protestante d'Angleterre, l'expulsion hors de France du chevalier de Saint- Georges et de ses ministres, et, en échange, la confirmation des traités d'Utrecht, qui impliquait celle des Renonciations, essentielles au duc d'Orléans et à l'avenir de sa maison.

L'abbé avait ordre aussi et pouvoir de donner des satisfactions à la nation anglaise, et d'accepter la fermeture du port de Mardick aux vaisseaux de guerre. Rien n'était prévu pour la nation française en échange ; rien que l'intérêt de voir, par ces sacrifices, la paix assurée. L'objet de la négociation n'était pas de procurer un avantage réciproque aux deux pays qu'il eût été difficile, peutêtre, de satisfaire également, mais de concilier les intérêts des deux princes qui, au contraire, avaient beaucoup d'analogie: Succession d'Angleterre, Succession de France.

Le plan, on le voit, était d'une grande netteté: l'exécution n'en était pas aussi simple. Sans donner l'éveil par des recherches troj) indiscrètes, il fallait trouver et suivre le roi d'Angleterre à son débarquement : Dubois aposta des hommes aux endroits où il pourrait débarquer'. Stanhope, d'autre part, avait précédé son maître de quelques jours. l\ était arrivé en Hollande presque en même temps que l'envoyé du Régent. Fallail-il aborder l'un, au risque de manquer l'autre? Le 9 juillet, Dubois en eut un instant l'idée : s'il laissait Stanhope continuer son chemin vers l'Allemagne, adieu la négociation. Sans lui, comment être présenté au roi Georges? « Si je manquais ce moment, je n'avais qu'à m'en retourner avec la seule consolation d'avoir eu bonne intention et d'avoir pris beaucoup de peine inutile, comme fit

1. Dubois au Régent, 23 juillet 1716 (A. ÉTR., Ang., t. 277, f* 39-127).

don Quichotte pour veno-er les torts qu'on a voulu faire à son honneur et à la vertu *. »

La fortune aime les audacieux : pour favoriser Dubois elle se servit de sa mauvaise santé ; elle le retint à La Haye avec une bonne fièvre et mie toux violente, « le seul moyen infaillible pour l'empccher de faire aucune sottise ». Il employa ainsi près d'une quinzaine à rédiger sept fois le projet de lettre qu'il voulait faire parvenir à Stanhope pour l'avertir de sa présence. Il apprit dans l'intervalle, par divers avis, que le ministre anglais resterait à La Haye jusqu'à l'arrivée de son maître; enfin le 20 juillet, ses espions de la côte l'avertirent que le roi d'Angleterre avait débarqué incognito à Helwœtsluis.

Dubois tenait la première occasion, le Roi et le ministre réunis sur la route de La Haye, ou prêts de l'être. Il courut au-devant d'eux. Sa lettre à Stanhope l'avait précédé. La fortune paraissait sourire à son entreprise : son ancien ami, accueillant sa demande, lui fixait le soir même un rendez-vous pour le lendemain 21 juillet, à huit heures du matin, dans l'hôtel du résident d'Angleterre, Horace Walpole^.

C'était au diplomate désormais d'aider la fortune : une entrée en matière trop brusque pouvait mettre Stanhope en garde, et le principal était de le surprendre. Dubois prit la peine d'expliquer négligemment et longuement à son ami , dès qu'ils se virent, les motifs de sa présence en Hollande : sa santé l'avait amené dans le Nord aux eaux de Valenciennes ; là, il avait appris qu'on allait vendre à Leyde une bibliothèque rare, pleine de manuscrits précieux ; et, pour mieux jouer la comédie, il tira les catalogues de sa poche et les montra à Stanhope.

Quoique malade, disait-il, il n'avait pu résister au désir de pousser une pointe jusqu'en Hollande, pour assister aux enchères. Sa vertu en avait été doublement récompensée : il avait pu mettre la main sur un beau tableau de Poussin Jes Sept Sacremenls, qu'il rendra à sa patrie; et le hasard lui fournissait l'occasion de revoir un ancien ami. Peu importait vraiment à l'ingénieux diplomate que Stanhope crût ou non tout ce roman d'aventures. Il lui suffi-

1. Dubois au Régent, 23 juillet 1716 (A. ÉTR., Ang., t. 277, f 85).

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