‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 66 sur 246 · Ib., f» 72; Scvelinges, I, p · texte numérisé non relu

Ib., f» 72; Scvelinges, I, p

LE DÉBUT DE L'ABBÉ DUBOIS A LA HAYE lOS

c'est tout excuser. Pourquoi le roi d'Angleterre ne serait-il pas à son tour, aussi large, aussi indulgent? Stanhope, mis au pied du mur, forcé de donner des raisons sérieuses, de discuter, allégua encore « la sinistre impression qui n'était pas encore effacée du cœur de Sa Majesté de la conduite du duc d'Orléans^ ». Mais c'étaient des raisons de sentiment : il en faut d'autres aux politiques. Stanhope les avoua enfin. Les ministres anglais étaient mécontents qu'on eût de Paris suivi à La Haye une négociation capable d'encourager les Hollandais dans leur résistance aux sollicitations de Vienne et de Londres. Ils s'irritaient de l'influence que le ministre français à La Haye semblait acquérir sur une République indocile aux exigences des whigs, du général Cadogan et de Walpole. Stanhope ne donnait pas cette dernière raison : il alléguait la longueur, l'indiscrétion des conférences en Hollande, nuisibles à l'intérêt même du Régent. Il disait pourtant : « Vous et moi ferions plus en une heure qu'il ne s'en ferait en six mois dans des conférences^. »

Dubois dut tressaillir d'aise en recevant cette déclaration. Il avait jusque-là joué supérieurement son rôle : c'était à présent Stanhope qui lui offrait de négocier de Français à Anglais sans détours ni délais, justement ce qu'il désirait et venait chercher à La Haye. En bon duelliste, il se garda bien de se découvrir. Quoiqu'il eût en poche un plein pouvoir, il répondit qu'il n'avait pas de mission ; il s'excusa de n'être qu'un malade envoyé pour sa santé aux eaux de Saint-Amand. Le Gouvernement français n'avait pu prévoir ni la vente de la Bibliothèque de Leyde, ni le passage de Stanhope en Hollande : il avait donné ses instructions à M. de Châteauneuf qui, seul, avait qualité et pouvoir pour traiter et ne pouvait le faire que dans des conférences régulièrement ouvertes. « Le Régent ne craignait d'ailleurs, ni la

L Même dépèche, f" 73; Sevelinges, l, p. 197.

2. Ib., fo 75-79. Cette partie de la longue dépèche de Dubois qui expose toute la négociation n"a pas été publiée par Sevelinges. Elle est précieuse, parce qu'elle nous donne les motifs de la résistance des Anglais. M. Wiesener, qui ne connaît Dubois que par le livre de Sevelinges ou par les sources anglaises, n'a pu expliquer, comme il fallait, cette résistance, les documents, anglais sur la négociation de la Haye ayant disparu (voir Wiesener, ouv. cité, I, p. 282).

lOG LA CONVENTION FRANCO-ANGLAISE DE HANOVRE

lumière, ni les indiscrétions, puisqu'il ne travaillait pas pour ses intérêts'. » Au moment décisif, Dubois revenait à la comédie et au mensonge pour se garder l'avantage de ne pas faire les premières propositions. Mais il jetait en terminant, et avec une négligence afîectée, cette phrase : « Si la négociation était si difficile dans des conférences, quel autre moyen de mieux faire?» Stanhope la releva et dit en deux mots : « Prendre et signer le projet que nous avons donné-. »

« Mais il faut discuter avant de signer », reprit Dubois, et du même coup il commença la discussion après avoir déclaré un quart d'heure auparavant qu'il n'y était pas autorisé. Evitant surtout d'aborder ce qui intéressait le duc d'Orléans, il commença par examiner les intérêts et les prétentions du roi Georges, pour montrer ensuite fort habilement que le Régent ne pouvait les satisfaire toutes. Particulièrement le duc d'Orléans ne devait chasser le Prétendant au delà des Alpes, qu'en invoquant l'intérêt de la paix générale, garantie par un traité formel qui confirmerait les traités d'Utrecht^. S'il y consentait, sans s'être muni d'un tel traité pour se justifier, les Français lui reprocheraient d'avoir sacrifié un allié utile aux exigences d'adversaires implacables qui, j)ar leiTrs déclamations contre la paix de 1713, marquaient leur intention de renouveler la guerre.

Stanhope interrompit Dubois : « Parle projet que nous avons donné, la France sera dans une parfaite sûreté pour la guerre. Pourquoi parler spécialement des traités d'Utrecht*? » L'abbé n'en convint pas ; il ne voulait cependant pas fournir le véritable motif, et encore moins dire que, sans renonciation formelle de ces traités, une alliance oîi les Renonciations ne seraient pas rappelées, n'aurait aucun avantage pour le duc d'Orléans. Stanhope le comprit à demi-mot. Il offrit au Régent le concours ultérieur de l'Angleterre à ses projets sur la succession de France, s'il acceptait présentement de conclure^.

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