‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 67 sur 246 · Ibid., f · texte numérisé non relu

Ibid., f

Celait parlé net, trop net au gré de Dubois. « Notre jeune Roi, grâce à Dieu, se porte bien et il nous donnera quelque jour des successeurs Pourquoi pensera d'autres? Il ne faut pas faire penser M. le duc d'Orléans à des choses auxquelles il ne pense pas. N'a-t-il pas assez témoigné qu'il ne connaissait d'autre intérêt que celui du Roy et de l'Etat? Ne s'est-il pas nettement expliqué avec vous qu'il ne ferait aucun traité qui ne regardât que ses droits particuliers*? » Dubois eut un beau mouvement d'indignation : il fallait absolument rappeler le traité d'Utrecht, non pour les d'Orléans, mais dans l'intérêt de la France et pour le maintien de la paix générale.

C'était un coup droit que Stanhope lui avait porté : l'abbé avait su l'esquiver prestement. Définitivement il gardait l'avantage, quand Stanhope lui avoua les raisons de son maître à ne pas garantir la paix d'Utrecht : u La maison d'Autriche a toujours vu la paix d'Utrecht de mauvais œil, et Sa Majesté pense qu'elle ne doit point choquer d'anciens amis pour plaire à des amis nouveaux et incertains^. » Georges P"" avait besoin du concours de l'Empereur pour faire sanctionner par la Diète allemande ses conquêtes sur la Suède, l'objet esssentiel et presque unique de sa politique. Et les whigs, ses ministres avaient fait de leur côté au Parlement anglais des critiques trop vives et trop récentes de la paix accordée par les torys à Louis XIV pour n'être point embarrassés de les renouveler si tôt.

Après avoir recueilli ces aveux précieux, Dubois rompit cette longue conférence et rentra chez lui pour y attendre Stanhope qui avait promis de lui rendre sa visite à neuf heures du soir.

Dans l'intervalle, il passa à l'ambassade de France. Une conversation avec M. de Châteauneuf lui permit de fixer les résultats de cette première et heureuse entrevue^ : il avait désormais la certitude que les ministres anglais n'étaient pas éloignés de traiter avec la France, que la difficulté était la crainte de déplaire à l'Autriche, mais qu'en bons patriotes ils pourraient

L Même dépêche, f» 87-88.

Page 1