Dubois à d'IIuxeiles, 22 août I71G [Jb., t. 277, P
'). Dubois au Régent, 22 août 1716 (A. ÉTR., Ang., t. 277, f- Zi(,,.
G. Même dépècbe, F 232.
consentement qui lui coûtait peu. Car, comment le duc d'Orléans aurait-il pu conclure un traité où il eût été fait mention formellement et en termes propres de ses intérêts et de ses droits à la succession de Louis X\ ?
Dubois ne le surprit guère en lui disant que le Régent ne demandait rien pour lui-même, qu'il lui avait donné un ordre positif d'insister sur la confirmation des traités d'Utrecht et un ordre presque aussi exprès de ne point parler des successions^ Les deux diplomates s'entendaient à demi-mot, l'un pour refuser ce qui brouillait Georges I"' avec son suzerain d'Allemagne et avec ses sujets d'Angleterre, l'autre pour refuser ce qui indignerait à coup sûr les Français contre le duc d'Orléans. Pendant une longue conversation, ils ne lâchèrent pied ni l'un ni l'autre-. Ce fut une rude bataille entre les deux adversaires : « J'ai fait des armes, disait Dubois, comme un vrai prévôt de salle, mais j'ai reçu de terribles estocades et j'aurais eu grand besoin d'un aussi bon revencher que vous. Jai soutenu opiniâtrement tout ce que vous m'avez appris et j'ai été martyr de vos vérités, comme les premiers chrétiens de Rousseau. Et, si il me prend fantaisie de faire la relation des combats en champ clos que j'ai essuyés chez M. Stanhope. . . vous aurez pitié de moi^. »
Après cette première passe de trois jours, Dubois était lassé et découragé. 11 ne voyait plus d'autre alternative qu'une rupture ou des concessions plus grandes*. Pour ne pas perdre le fruit de tant d'efforts, il se décidait à les faire : il acceptait, au lieu d'un rappel général des traités d'Utrecht, un article qui reproduisait les articles 4, 5 et 6 de ces traités relatifs aux successions
1. stanhope à Trnvnshend, 24 août 171G : « I found that, notwithstanding the guaranty of this succession be the only true and real motive which induces the régent to seek His majesty's friendship,yet the abbé was instructed rather to hâve it brought in, as an accessory to the treaty, than to hâve an article so framed as should make it évident that was his only drift and intent. » (Coxe, Memoirs of Walpole, t. II, p. 68-72).
2. Dubois au Régent, 23 août 1716 (A. ÉTR., Ang.. t. 277, f» 234-235;.
3 Dubois à Pecquet, 22 août 1716 |A. ÉTR., Ang., t. 277, P 250 .
4 Stanhope à Methuen, 24 août 1716 (Coxe, Walpole, II, 68-72). « L'abbé me trouvant aussi catégorique parla de s'en aller. »— Dubois au Régent, 22 août 1716 (A. ÉTR., Ang., 1. 277, P 235), « quoique suivant la coutume de France, ce traité dût me procurer une grande abbaye, je conseillerais à V. A. R. de ne les pas conclure si les traités d'Utrecht n'y étaient pas rappelés ».
d'Angleterre et de France et l'envoi d'ingénieurs à Mardick pour accorder, en plus, ce que l'on pourrait. Il pressait le Régent d'y consentir : « La chandelle brûle, lui disait-il, nous sommes dans un moment critique où un jour de retardement peut faire perdre à S. A. R. une occasion si essentielle ^ »
Ce n'était pas sans doute ce qu'il avait espéré en partant pour Hanovre ; mais cela valait mieux encore que rien. La défaite, en tous cas, était pour d'Huxelles, dont il avait suivi les ordres, autant et plus que pour lui. Dubois ne manqua donc pas de lui rappeler « avec une malice piquante que, dans ses angoisses, il l'avait appelé à son aide comme un dévot invoque son patron, mais que ses bons principes et ses conseils n'avaient pas prévalu contre les Anglais- ».
Tout à coup, un revirement se fît dans les dispositions de la Cour d'Angleterre, une crise qui changea singulièrement l'état de la négociation à l'avantage du Régent. Le 23, au soir, Dubois reçut de Stanhope même, l'avis que son maître consentait à rappeler les traités d'Utrecht dans le nouveau traité ^. Stanhope avait, disait-il, cherché et fait accepter au Roi des arguments assez forts pour l'y décider. 11 lui avait fait entendre qu'on ne pouvait obliger le Régent à se donner le tort auprès des Français de sacrifier visiblement leurs intérêts à la reconnaissance de ses droits. S'il avait été si pressant, c'est qu'il entendait encore les paroles de Townshcnd : «Cela est moralement impossible. » Si l'on poussait à bout le duc d'Orléans et qu'il vînt à romj)re, les ministres et le i-oi d'Angleterre n'auraient-ils pas, à leur tour, méi'ité les rcj)roches d'avoir sacrifié aux intérêts allemands de Rernslorff, à ceux du Hanovre et enfin de l'Fmpire, un avantage aussi grand pour les Anglais que le règlement définitif de l'affaire de Mardick? 11 prélendit avoir ainsi et aisément persuadé Georges b' (piinvoquer les traités d'Utrecht en faveur du Régent on France, des P)<)urbons en Fsjiagne serait
1. Dubois au Régent (A. ÉTR., Aiig., t. '.'77, 1" iiS.Vl; Duboii^ ti dHuxoIles, 22 août 1710 (A. ÉTR., Ang., 1« 247-248).