‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 75 sur 246 · Dubois à d'Huxelles (ibid., f · texte numérisé non relu

Dubois à d'Huxelles (ibid., f

3. Dubois an Régent, 23 août 1710 (A. ÉTR., Ang., t. 277, f 251 ,; Sevelinges, I, p. 210-217.

L'ABBÉ DUBOIS A HANOVRE Mi

pour l'Empereur moins offensant qu'une mention spéciale des droits de Philippe V dans un traite nouveau ^

Stanhope entendait se faire, auprès du Régent, un mérite de cette décision qui devait lui permettre de confirmer, sans y paraître, dans un nouveau traité ses droits au trône de France. En réalité, il n'avait fait que se rallier à la politique hanovrienne du roi Georges et de ses ministres allemands, dont les conditions modifiées depuis quelques mois par les affaires du Nord exigeaient ou conseillaient, sans rupture avec l'Empereur, un rapprochement avec la France.

C'était donc toujours cette politique extérieure à l'Angleterre qui déterminait les alliances du roi Georges ; c'était toujours le souci de l'agi-andissement du Hanovre, avec le calcul des bénéfices que ses conseillers, Bolhmar et Bernstorff en escomptaient pour eux-mêmes. Pour s'approprier les dépouilles de la Suède, les princes allemands à l'envi, ainsi que le roi de Danemark, avaient recherché l'alliance de Pierre le Grand. Toutes leurs troupes s'étaient réunies autour de Stralsund que Charles XII, après une défense héroïque, avait dû évacuer en décembre 1715. Puis, elles s'étaient portées sur Wismar, le dernier domaine qui restât à la Suède dans la Basse-Allemagne. Mais alors la jalousie avait commencé de s'élever entre les princes, inquiets des progrès de la Russie, et le Tsar mécontent de leur ingratitude. Pierre le Grand semblait vouloir s'installer à demeure entre l'Elbe et la Baltique. Il mariait une de ses filles à un prince de Holstein, sa nièce Anne au duc de Mecklembourg- Schwerin, Charles-Léopold, et il réclamait Wismar pour ce duc, avec l'intention de lui racheter son duché. On disait qu'il allait creuser un canal de Wismar à l'Elbe et enfin mettre la main sur Hambourg.

1. stanhope à Methuen, •.?4 août 1716 (Coxe, Walpole, II, p. G8-T2). « Pensant quil serait satisfait si un article était inséré pour garantir le quatrième, le cinquième article et le sixième des traités d'Utrecht entre la France et l'Angleterre, le trente et unième entre la France et la Hollande dont les deux premiers étaient relatifs à la succession d'Angleterre, et les deux derniers contenaient tout ce qui concernait la succession de France et les Renonciations qui l'établissaient, je le rédigeai, je l'apportai au Roy qui l'approuva et désira que je déterminasse Dubois à l'accepter. »

122 La convention FRANCO -ANGLAISE DE HANOVRE

Ce n'était pas au moment où la maison de Hanovre venait d'étendre ses domaines vers la mer du Nord qu'elle pouvait accepter, sur la Baltique et si près d'elle, à la place de la Suède impuissante, une sorte d'avant-garde et de forteresse moscovites. La conquête de ^'erden et de Brème l'avait mise en goût; celle du Mecklembourg, d'oii le principal conseiller de l'électeur Bernstorff, était originaire, était préférable encore à la perspective de laisser Pierre le Grand s'en rendre maître. Georges P"" s'entendit avec le Danemark d'abord, aussitôt après la prise de Wismar, pour fermer l'accès de la place aux troupes russes et y installer les siennes. Il prenait parti pour la noblesse du Mecklembourg en révolte contre le duc, pour son ministre Bernstorff contre le Tsar qui appuyait l'autorité du prince. Enfin, il refusait brutalement à la Bussie le traité de commerce quêtait venu en Hollande, lui offrir, comme Dubois, le ministre Kourakin. « Il ne serait pas surprenant que le partage des dépouilles de la Suède lut la pomme de discorde entre ceux qui ont concouru à sa perte », disait notre envoyé, ChAteauneuf.

Ces querelles, ces compétitions avaient en grande partie déterminé le voyage que Georges I^"" venait de faire, à l'été de 1716, dans son électoral. Les ministres hanovriens, en l'y amenant, savaient bien que leur influence, leurs intérêts et ceux du Hanovre y prévaudraient plus aisément sur les conseils et les vœux de l'Angleterre que n'intéressaient pas à ce point les affaires du Nord. Le souci de garder sa part des domaines suédois et désormais « un très vif désir de mater le Tsar », au besoin par la force et avec l'appui des flottes anglaises, au mois d'août 1716, entraînèrent Georges L""" à rechercher la France. Pour y réussir il lia plus étroitement le secret de ses ambitions hanovriennes aux secrètes ambitions du Bégent.

A l'origine, cette p()liti(iue, que ses auteurs présentèrent ensuite à rEuroj)e comme un gage et une promesse de paix, ne fut donc que le contrecoup de la crise du Nord sur l'Europe ])acitiée par les traités d'Utrecht. Elle était moins l'œuvre de l'Angletei're que des HanovricMis, et de la Bi^'gence française que du B<''g(Mil, pour la garantie de leurs ambitions mutuelles.

Loi-sque Stanhopc eut consenti à servir d'intermédiaire entre

i;Ani?r; durois a iiaxovhe 123

les llanovriens et l'envoyé du duc dH^rlcans, la Convention franco-anglaise était comme faite. Il ne s'agissait plus maintenant que de détails, sans importance aux yeux de l'abbé, à propos de Mardick : <; A quoi bon barguigner, disait Dubois, sur ce qu'on ne peut conserver ' ? » Tout était pour le mieux puisqu'en sacrifiant Mardick, le Régent « restait clos et couvert, sans être forcé de s'expliquer sur les intérêts de personne ». Ses droits étaient garantis, sans qu'on pût en France lui reprocher d'avoir fait attention à ses intérêts particuliers.

Pour un serviteur du Régent, ce changement était un coup de fortune inespéré : l'abbé écrivit aussitôt, le 23 août, à son élève. Il le pria d'ouvrir à Londres, sans délai, les conférences des ingénieurs relatives à Mardick et d'ordonner à M. d'Iberville de tout accorder et de trancher. « Je rachèterais de mon sang, écrit-il, les difficultés de Mardick. Il faut bâcler l'affaire. » Et, comme tout le monde à Paris ne se trouvait pas aussi dévoué au Régent, un dernier conseil : « 11 fera bien de ne pas laisser traîner ses papiers entre les mains de canailles qui seraient capables d'alarmer l'opinion et d'ameuter les bourgeois de Paris par des balivernes-. »

La joie de Stanhope ne fut pas moindre ; il se hâta d'annoncer à Methuen et à Townshend que la France consentait, après examen, aux réclamations de l'Angleterre^. Dubois et Stanhope pouvaient se réjouir en commun. Les intérêts de la France seuls n'avaient pas trouvé de défenseur. Après avoir échangé leurs sentiments, les deux ministres s'entendaient pour signer le 24 août, à midi , la Convention ou du moins les articles préliminaires^. Pour la France, le sacrifice était consommé; pour les Anglais, Dubois et le Régent, le succès assuré.

Les angoisses qu'avait éprouvées Dubois à Hanovre, le Régent les ressentit à quelques jours d'intervalle à Paris, en recevant ses dépêches : « Je suis fort attristé, écrivait-il à Dubois, du refus

1. Dubois au Régent, 23 août 1716 (A. ÉTR., Ang., t. 277, F 238-239); Sevenges, I, p. 217.

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