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L'ABRE DUBOIS A HANOVHE 131
bassadeur de France, Saint-Aignan *. C'était une ébauche de diplomatie secrète, moins avancée que celle de Dubois, mais analogue et parallèle. L'ambassadeur d'Angleterre à Paris, Stair, toujours actif et bien informé, en eut connaissance. Escomptant le désir de Noailles de se pousser dans les Affaires Etrangères, il espéra obtenir pour sa nation des avantages plus considérables encore que de la négociation formée par Dubois-. Après n'avoir pas vu Noailles depuis six mois, il vint le trouver le samedi 5 septembre au sortir du Parlement, et lui parla de l'alliance anglaise, d'une manière très favorable. Il avait écrit dans le même sens à Stanhope^.
Quand Dubois l'apprit de Stanhope lui-même'*, il s'alarma : L'intrigue de Stair et de Noailles pouvait mener les Anglais à de nouvelles exigences. L'abbé pria Stanhope de remettre son ambassadeur dans le droit chemin^. Il pressa en même temps Canillac de suivre à Paris, sans perdre une demi-heure, de découvrir « cette diablerie imprévue ». Deux jours après, il avertit confidentiellement le Régent, « le priant de se souvenir si quelque autre que le maréchal d'Huxelles, ou Canillac lui avait parlé de la part de Stair » et de garder cette confidence pour lui seuF*. Stair protesta à Stanhope de son obéissance à ses ordres"^. On sut pourtant qu'il avait tenté le duc de Noailles. Celui-ci avait résisté à la tentation, sans doute pour ne pas déplaire au Régent. Noailles déclara même à Dubois qu'il ne voulait ni de près ni de loin se mêler d'Affaires Etrangères. Cette dernière assurance était moins sincère, comme nous le verrons^. Pour le moment, du moins, le péril était écarté.
Enfin, après toutes ces inquiétudes, toutes ces difficultés
1. A. ÉTR., Espagne, 1716, passim. — Le recueil transcrit de cette correspondance est d'un autre côté conservé à part aux Affaires Étrangères, Espagne, Mémoires, t. 144 et 145.
2. Dubois à Canillac. 9 septembre 1716 (A.. ÉTR.. Ang., t. SJS.f" 54); Dubois au Régent, 11 septembre 1716 (A. ÉTR., Ang., t. 278, f" 86).
3. Canillac à Dubois, 13 septembre 1716, ibld. (A. ÉTR., Ang., t. 278, f° 70).
4. Dubois à Canillac, 9 septembre 1716 {ibicL, t. 278, î" 54).
5. Stanhope à Stair, 7 septembre 1716; Stair à Stanhope, 5 octobre 1716 {Stair's papers, Wiesener, 1, p. 317, note 1).
6. Dubois au Régent, 11 septembre 1716 (A. ÉTR., Ang., t. 278, f" 86).
7. « Je n'ai pas ouvert la bouche au Duc de Noailles » Wiesener, 1, p. 317, note 1. S. Canillac à Dubois, 13 septembre 1716 (A. ÉTR., Ang., t. 278, f" 70).
d'autant plus grandes que Dubois n'était pas sur les lieux pour les résoudre, il reçut à la lin de septembre des nouvelles satisfaisantes. Le mardi 24 septembre, d'Iberville avait enfin cédé sur tous les points*. Le gouvernement anglais en avisa Stanhope aussitôt^. Dlberville avait encore essayé d'obtenir quelques petits avantages, « ne pouvant se résoudre à sacrifier aux vaines appréhensions des Anglais le commerce des Dunkerquois et celui de la région ». Le Régent lui avait ordonné une dernière fois de ne pas faire de réserve. Il déclara le 14 septembre à Stair ainsi qu'à d'Iberville sa résolution de tout sacrifier de Mardick, sans toucher davantage à l'ancien port de Dunkerque-^. Le 19 septembre, Dubois avait d'avance félicité le Régent « de s'être tout d'un coup porté à V essentiel » . A Londres le Conseil d'Angleterre, enfin convaincu, voulut bien louer Georges P''. « d'une alliance non moins avantageuse en elle-même, que dans ses conséquences* ».
Les deux négociateurs, après ces délais, victorieux de toutes les résistances, se préparèrent à signer définitivement la convention entre leurs maîtres. Au moment de le faire, ils parurent encore hésiter: Stanhope voulut une dernière fois, pour bien préciser la nature spéciale du traité, y désigner formellement la maison d'Orléans. Quoique persuadé toujours du danger de cette mention trop précise, Dubois transmit l'offre au Régent qui la rejeta^. D'autre part, quoique le Régent eût tout accordé pour trancher « hardiment, n'y ayant nulle dépense qui puisse contrc-balancer l'alliance et ses avantages ''' », Dubois essaya de ménager quelque chose j)Our ^lardick au dernier moment. 11 accusa d'Iberville d'avoii", pour ol)lcnir le dessèchement
1. Dlberville m Chàleaunenr, Is >e|.leinl)ic 171G (A. KTR., Ani,^, l. 278, f" 191;. — Il avait, reçu de nouveaux ordres du RéLfenl.le 11 au malin, expédiés de Paris à la suile d'une entrevue décisive du duc d'Orléans cl de (>anillac. Dans son intérêt, celui-ci avait enlevé l'alTaire (Canillac à Dubois, 13 septeinluc 171(), A. ÉTR., Ang., t. 278, f" 70).
2. Poyntz à Stanhope, 22 septembre 171Gj(Coxe, Memoirs of Wulpole, II, p. 82, 84). Cette dépèche traduite intégralement par Wiesener, p. 325.
3. Dubois à d'Huxelles, 27 septembre 171G (A. ÉTR., Ang., t. 278, f" 196. •1. Duboife à d'Huxelles, ibid.; Poyntz à Stanhope, dép. citée, note 2.
f). Dubois au Régenl. 30 septembre 1716 (A. ÉTR., Ang.. t. 278, f" 234). (i. Mémoire tlu 2 octobre avec les réponses (A. KTiî., Ang., t. 278, f" 271).
du lac de la Moërc en faveur de Canillac, consenti à détruire les jetées du canal de Mardick, et ainsi sacrilié un commerce de 500,000 iVancs par an ' : ces reproches et celte demande ne lui attirèrent qu'une verte réplique du maréchal d'Huxelles- et un refus très net de Slanhope^.
Ce n'était pour les deux ministres peut-être qu'un moyen de prévenir les récriminations auxquelles ils s'attendaient dans les deux pays: Stanhope pouvait redouter la colère des whigs anglais, mécontents de la reconnaissance officielle des traités d'Utrecht; Dubois, celle des Fi'ançais irrités de la ruine d'un port et du commerce français dans le Nord. La précaution leur parut suffisante : le roi Georges, dans une mortelle inquiétude relativement aux affaires de Suède, avait hâte de conclure avec le Régent. Les diplomates signèrent la convenlion particulière, telle que nous l'a conservée Lamberty, la samedi 9 octobre 1716. Il ne restait plus qu'à la faire a})prouver en Hollande, où Cadogan fut chargé d'aller y apposer le grand sceau d'Angleterre.
Entre les ministres et les souverains il y eut alors des effusions sans tin. Le roi d'Angleterre écrivit au Régent une lettre fort élogieuse pour Dubois et « promit de cultiver avec soin ces nouvelles relations'* ». Son ministère, ajoutait-il, était tout heureux d'avoir concilié deux princes « qui ne peuvent manquer de s'aimer quand ils se connaîtraient à fond'^ ».
Dubois ne demeurait pas en reste avec eux : il représentait le roi d'Angleterre « comme un prince mesuré avant d'entreprendre quelque chose, très lent à s'engager, mais fidèle à sa parole et ferme jusqu'à tout risquer pour ses engagements, simple et ennemi du fracas et du faste ^ ». Il n'avait pas assez d'éloges pour Stanhope ; il louait aussi Bernstorff « le ministre le plus sage et le plus adroit "^ ».
1. Dubois à Pecquet, 2 octobre 1716 ; Dubois au Régent, ibid. fA. ÉTR., Hollande, t. 310, f" 2, 3, 4); Dubois à Chàteauneuf, ibid.
2. D'Huxelles à Dubois, 16 octobre 1716 (A. ÉTR., Hollande, t. 310, f" 60).
3. Dubois au Régent, 11 octobre 1716 (A. ÉTR., Hollande, t. 310, l» 50).
4. Le roi d'Angleterre au duc d'Orléans, 9 octobre 1716 lA. ÉTR. Hollande, t. 310, f 42).
5. Stanhope au duc d'Orléans, 11 octobre 1716 ((A. ÉTR., Holl., t. 310, f° 5.")j.
6. Dubois à d'Huxelles, 27 septembre 1716 (A. ÉTR., Ang., t. 278, 1" 218).
7. Dubois au Régent, 2 octobre 1716 (A. ÉTR., Holl., t. 310, 1" 3).
i34 LA CONVENTION FRANCO-ANGLAISE DE HANOVRE
Le Régent répondait à toutes ses démonstrations. Il échangeait avec son confident des compliments. Celui-ci lui écrivait : « On ne vous refuse aucun talent parmi les étrangers, je montrerai votre lettre au Roi. Vous ne visez point à faire de belles lettres et vous écrivez dans la perfection. C'est ainsi que César aurait écrite » Et le Régent répondait : « Pour vous marquer combien je suis content de votre zèle et de votre conduite, j'attends votre retour et l'heureuse conclusion-. »
Pourquoi des deux parts, chez tous ceux qui avaient collaboré à ce début d'alliance, une joie si vive? Tous y trouvaient leur compte.
Le roi d'Angleterre y avait un double intérêt par rapport à ses affaires d'Angleterre et d'Allemagne. L'engagement formel que la France prenait de ne plus aider de renvoyer au delà des Alpes, le Prétendant, et plus encore, la promesse de secourir le roi Georges au cas oîi celui-ci serait attaqué en Angleterre (art. II, M, VII) lui étaient précieux. Une nouvelle tentative du parti jacobite devenait difficile, sinon impossible. Tandis que, privé du concours de la France, le Prétendant était réduit à une vie sans dignité et sans espoir, le roi Georges, assuré de l'Angleterre, était libre de veiller à ses intérêts en Allemagne. La France lui garantissait (art. V) tous les royaumes, provinces, états et droits qu'il possédait réellement contre toute agression de quelque prince que ce fût. A ce titre, d'abord, elle sacrifiait à Georges I"" les domaines qu'il venait de prendre à Charles XII, son ancien allié-'', Brème et Verden. Et de plus, dans la querelle qui s'était élevée, sur les ruines de la Suède, entre le Hanovre soutenu par les Anglais, et le Tsar encouragé secrètement par la Prusse, le Régent se })rononçait pour le roi d'Angleterre, et servait en Allemagne ses couvoitises. « La
L Dubois au llégcnl, 30 soplciiilire 171G (A. ÉTU., Aiii>:., I. -278. f" 234-235).
2. Le Régent à Dubois, 17 octobre 171G (A. ÉTR., lloll., t. 310, f" 82).
3. \o\v le texte du traité dans I.ainherty. IX. p. r)()0-,')Ci3. La convention de Hanovre étant demeurée secrète, piii< irnriic an liailr d.' la l'cipli' Alliance n ('--1 pas dans les recueils de traitée, Land)('i-I\ seul m a eu coiniaissance en Hollande un mois après sa signature. M. Wiesener a cm en donner le texte pour la première lois <!'après les .\rclii\es anglaises. Ln tout cas il en ,i donné un texte authentique.
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siluation des affaires du Nord exigeait que l'on terminât sans délai avec la France », écrivait Stanhope à .Metliuen le 8 octobre 1716. « 11 faut mater le Tsar vivement^ », avait demandé Stanhope à ses collègues pour être agréable à son roi, et dès le 29 octobre, il exprimait le vœu << qu'on donnât Tordre à l'amiral Norris de se porter en Danemark, pour intimider la flotte russe ».
Les Hanovriens, en même temps, pour isoler le Tsar, intimidaient et s'efi'orçaient de détacher de lui la cour de Prusse. L'alliance avec la France servit, à Berlin aussi bien qu'à Londres, à soutenir la hauteur de leurs menaces. Le 30 septembre 1716, ils avaient commencé leur pression sur le roi de Prusse pour l'obliger à l'abandon du Tsar ; la cour de Menne appuyait leur sommation-. Furieux d'abord, Frédéric-Guillaume l" répondit vertement, dans son rude langage, aux ministres de Georges P"^ : ((. Plaisanteries de fous ; il faut les rejeter et nous allier avec le frère Pierre et faire un Kappzaum (pied de nez) aux Hanovriens pour qu'ils ne frappent pas sur la tète et ne me disputent ])as la Poméranie antérieure^. » Il voulut traiter encore avec le Tsar contre les puissances qui travailleraient à détruire la ligue du Nord (entrevue dTlavelberg, 26 novembre 1716)*. Cette conduite de la Prusse et la colère de son roi prouvaient du moins la nécessité et l'importance de la convention que Georges I"' venait de conclure avecle Régent. Avec l'appui des Anglais, de l'Empereur et de la France, le Hanovre était désormais capable de défendre ses intérêts en Allemagne contre les entreprises du Tsar, fussent-elles même soutenues par la Prusse, 11 pouvait même entraîner plus tard la Prusse. L'événement le prouva. l'Électeur de Hanovre avait fait un coup de parti.
Ni les Anglais, d'ailleurs, ni Stanhope n'avaient le droit de
1. stanhope à Methuen, 8 octobre 171G ; Stanhope à Townshend, lOoctobie 1710 (Coxe, Walpole, II, p. 100 et 101).
2. Hobethon à Saint-Saphorin, 7 novembre 171G, <■ ce malheur ne pouvait être prévenu que par notre traité avec la France lequel, s'il eût été dilï'éré encore quatre semaines, aurait été renversé selon toutes les apparences » (Droysen, Gesch. der Preitss. PoliUk, IV, 2- Partie, t. 1, p. 187, note 1).
3. Droysen, Ib'uL, 2" Partie, t. I, p. 182-183, note 3. Observations de F. Guillaume I""^ sur un mémoire d'Ilgen;.