Aubertin, L'esprit public au XVlll' siècle
L'ABBÉ DUBOIS A HANOVRE i4l
rÉlat, à ce titre un fâcheux exemple pour la Régence et la Royauté même.
La diplomatie secrète, non point celle qui, de tout temps, a renseigné et servi la diplomatie officielle, mais celle qui se dissijuule pour la contrarier et la détruire, le Secret des souverains, opposé à celui de leurs ministres, a été la faute capitale de la royauté française au xviii'^ siècle. Des épisodes en ont été racontés par MM. de Broglie et Sorel, magistralement. L'histoire de ses origines et les causes de sa naissance n'ont point encore été étudiées.
Le ministre de Louis XIV, Torcy, un maître diplomate, avait senti et signalé, dès 1711, l'évolution qui, fatalement, devait se produire alors dans la politique étrangère : « Ce n'est pas assez que les actions des Rois soient accompagnées de justice et de raison, il faut que leurs peuples en soient convaincus'. » Jusqu'à la fin du xvii^ siècle, la politique étrangère avait été assez simple. Les intérêts des souverains et leurs droits se confondaient avec ceux des nations. En 1688, l'influence de la Hollande et de l'Angleterre, les théories du droit national avaient profondément changé les relations européennes. Les actions des souverains et, après leur mort, leur succession, furent désormais soumises au contrôle de leurs propres peuples, à l'examen des nations européennes. Il fallut désormais, pour concilier ces droits opposés des rois et des peuples « qui s'étaient jusque-là accordés dans le silence», des diplomates dune éducation et d'un espril nouveaux, instruits des titres des uns, attentifs aux intérêts et à l'opinion des autres.
Ecarté des affaires étrangères par la Régence, Torcy n'avait eu ni le loisir ni le moyen,comme il y pensait à la mort de Louis XIV, de transformer ainsi le personnel de la diplomatie officielle. Elle restait entre les mains d'hommes honnêtes et dévoués, sans doute, mais qui n'avaient d'autre instruction que des maximes vieillies. Chàteauneuf, à La Haye, imitait d'Avaux ; dlberville suivait, à Londres, les traditions de Croissy ; Bonnac, à Constantinople, continuait la politique d'alliance avec les Turcs