Dubois à Noce, 26 octobre 1716 (Posl-sci'iplum
3. Dubois à Saint-Simon, 26 octobre 1716 (A. ÉTR., Hollande, t. 310, f 155). M. Chéruel a signalé déjà cette divergence entre les lettres et les Mémoires de Saint-Simon {Revue historique, I, p. 140). Mais il n'a pas montré combien lés relations entre le duc et pair et Dubois étaient anciennes. Voici la réponse de Saint-Simon : « J'ai lu. Monsieur, à S. A. R. la lettre que vous avez pris la peine de m'écrire et j'ai vu avec plaisir en cette occasion et en plusieurs autres combien vous et votre besoqne lui sont aqréables. Elle approuve votre proposition et m'a chargé de préparer ime relation convenable. Mais je ne puis vous dissimuler la peine où je suis de voir signer un traité sans l'autre. C'est cela que f appelle tenter Dieu'. » (11 nov. 1716, Sainl-Simon, édit. Chéruel et Boislisle, XXI, p. 395j, Saint-Simon collaborait avec Dubois, faisait approuver son œuvre par le Régent tout en la désapprouvant.
raison de la diplomatie officielle. Les ordres et les manèges du maréchal furent désavoués par le Régent. Le 30 octobre 1716, au bout de quatre jours, cette dernière tentative du maréchal dHuxelles contre l'Alliance franco-anglaise avait échoué.
Le maître lui-même ordinairement indolent, le Régent lit de son côté un effort décisif : il })rit sur sa paresse d'écrire à Dubois pour l'aviser qu'il le laissait libre de signer sans délai l'alliance avec les Anglais, si les lenteurs des Hollandais lui donnaient lieu de craindre que l'affaire ne fût ruinée'. DIluxelles n'eut plus qu'un moyen de s'y opposer : il critiqua l'article qui forçait le Prétendant à quitter le royaume, malgré sa maladie.
Le moyen était faible. Dès le 21 octobre, Dubois avait pris ses mesures pour le lui retirer. Aux yeux de tous les gens en France qui tenaient encore pour le Prétendant, et ils étaient peut-être la majorité, l'exécution de cet article aurait paru odieuse, et le Régent inexcusable d'y avoir consenti.
Pour éviter ce reproche, rien n'empêchait de signer le traité et de remettre à plus tard l'exécution de cet article spécial, après la signature officiellement donnée par les ministres des trois puissances. Quoique cela eût toujours été convenu avec Stanhope, pour plus de sûreté cependant, Dubois le consulta de nouveau et obtint aisément cette concession ^.
Désormais, le maréchal d'Huxelles était obligé de s'avouer tout à fait vaincu. Il le fit avec une bonne grâce qui, pour ne pas faire honneur h son caractère, prouvait au moins sa souplesse. Son premier commis Pecquet envoya à La Haye ses excuses et ses explications : « Ce n'était pas par présomption de sa supériorité, mais parce qu'il avait de son coté des connaissances sur l'universalité de la machine qui ne résident que dans le centre où il est'\ » Le silence de sa part eût été plus digne: l'explication était au moins spécieuse. La (lij)lomatie secrète ruinait la dignilé el l'oivhc (h; la (li|tlomatie et des diplomates officiels. I^^lle déiruisail la lii('M'archi(' . Ce n'était pas l'efiet
\. L<" .lue (lOlIr.ills A Itlll.ni^. :!() ncl.ihiv I7IC) ! A. KTIÎ.. Ilull.ilKl.'. I. :î1(I, P 17?. t?. l)iil)ois à St;inli()|.r, ?1 (H-I.ihir 171C. (A. ÉTH., IIuII.iikIc. I. :il(l. C" lOS: Posl-srriii/n,ii. [" 110 .
3. l'(T.|iirl :\ Dulx.is. K! ii<)\."inl)ir 171C) [A. KTIL, IIoII.uhIc I.:!I1, I" lOS..
Sir.NATUHK \)\ ïn.MTK FRANCO-ANGLAIS 155
le moins IViclioux de ces inlrii^iies, qui allaient enlin aboutir.
Au moment où Dubois se voyait autorise à signer avec les représentants de l'Angleterre, Stanbope avait décidé Georges P'' à remettre à ceux-ci les pleins pouvoirs nécessaires : Cadogan et \^^alpole les reçurent en effet le 29 octobre 1716 ^ Ils les apportèrent aussitôt à l'abbé Dubois qui se prépara à les échanger dès qu'il aurait reçu les siens.
A ce moment décisif où il touchait au premier terme de son entreprise, une nouvelle déception l'attendait. Après quinze jours, ces pleins pouvoirs si difficilement obtenus étaient arrivés, mais imparfaits et inacceptables. Dans ces pièces rédigées d'une manière générale, la France n'était même pas nommée. Dubois les refusa et avertit aussitôt le Régent et Stanhope-. Townshend allégua qu'en 1701 Methuen avait signé dans ces conditions la convention avec le Portugal, qu'on avait voulu ménager les Etats généraux, au cas où plus tard ces actes seraient rendus publics. « Cela ne m'a pas peu confirmé, écrivait le 5 novembre Cadogan qui feignait la surprise du refus de l'abbé, dans l'opinion que j'ai déjà conçue que l'abbé n'avait pas envie de finir. »
En réalité, c'était le cabinet anglais qui avait voulu gagner du temps jusqu'à l'ouverture prochaine du Parlement où liobert "W^alpole aurait peut-être le crédit d'obtenir de la Chambre des Communes un blâme et môme le rejet de l'alliance avec la France. Townshend se réservait de désavouer le traité dans le cas où Dubois aurait commis la faute de le signer ainsi ■'.
1. Dubois au Régenl, G novembre 171G (A. ÉTR., Hollande, t. 311. f» '>») : le même à Stanhope, 7 novenibi'e 171()(A. ÉTR., Hollande, t. 311, 1" 71) ; Sevelini^es, Mémoires I, p. 229.
2 Townshend au roi d'Angleterre, 22 novembre 1716 (Coxe, A/emoZ/'.s' of Walpa/c, II, p. 129); le même à Slingelandt, 12jan\ier 1717 iCoxe. II. p. 1581. — Mahon, /7/.s7. of Enrjland, I, p. 23.
3. M. Wiesener qui a traduit et publié tous les documents de cette petite querelle, un peu longuement peut-être pour rimi)ortance qu'elle avait, conclut en faveur rfes intentions droites de Townshend (p. 390-'892,i. Il n'en donne d'autre preuve (pi'une longue justification de Townshend au Roi. (p. 392 note 4). Mais cette défense est-elle si concluante ? Peut-on croire le premier ministre sur parole lors((u'il déclare (pie nul plus que lui n'a été zélé à pousser au traité. Nous savonfe par lui-même qu'il l'a toujours désapprouvé. Et sur ce point de détail, on peut le prendre en flagrant délit de contradiction lorsqu'il écrit à Slingelandt, en Hollande : <. Ma véi'itable raison de signer les pouvoirs en termes généraux était de
lo6 LA TRIPLE ALLIANCE DE LA HAYE
Georges P'"et Stanhope, avertis de ce subterfuge, firent de vives remontrances aux ministres de Londres ^ Etait-ce vraiment le moment de chercher encore des délais, quand le Tsar, plus menaçant que jamais, débarquait à Travemunde, amenait ses vaisseaux, dans les ports, ses troupes dans les villes principales du Mecklembourg le 29 octobre, et aux observations du Hanovre opposait un silence qui contenait la menace d'un établissement à demeure dans la Basse-Allemagne? « Je vais vous dire franchement, écrivait à Townshend,le 11 novembre, Sunderland témoin de l'effet produit à Hanovre par ses manèges, que je n'ai jamais vu le Roi aussi irrité que dans cette affaire où il regarda que ce n'est pas seulement à M. le secrétaire Stanhope, mais à lui qu'on a manqué^. » Stanhope adressait à ce propos sa démission à ses collègues que le Roi, d'ailleurs, n'eût pas acceptée. Le 9 novembre, ceux-ci avaient corrigé la forme défectueuse des pleins pouvoirs, enchantés de n'en avoir pas moins gagné eiicore une semaine.
Et le lendemain Townshend, qui ne désarmait toujours pas, avait imaginé un nouvel expédient, un acte au bas duquel ne se trouvaient pas la signature du prince de Galles, régent du royaume en l'absence de son père, ni le contre-seing du secrétaire d'Etat. Tous ces manèges étaient évidemment combinés pour prouver au prochain Parlement que les ministres et la Régence anglaise ne s'étaient pas associés à la politique du roi Georges et de Stanhope; pour montrer à la nation que le prince de Galles et les whigs avaient, contre la politique lianovrienne, défendu ses véritables intérêts. Ces petites ruses dissimulaient mal une opposition obstinée.
Depuis le jour où Stanbopc avait lié partie entre le Fiégent de France et le roi d'Angleterre à Hanovre, depuis qu'il
If'iir l.iissci' leur \ L-iil.ililc Coiinc i)Oiii' le jour où les lil.-its (le IIoUjukIc accé- (leraiont. " ('.'était toujours son plan i\o caiiipagno. r>ul)ois avait raison de se niélior - DuJjois au iîésicnl, Ki oetohre 171C) (A. KTR., Hollande. I. SH, P 4).
1. Ces lelUes ont été publiées par Wiesener [l, p. 300-3*.t2, ; Slaniiope à Townshend, G novembre \716 (C.oxo, Memoirs o/' Walpole, II, p. l'.?l ; 11 novembre 171() (Idem, ibiiL, p. 126); ^^underiaml à ToAvnsiiend, 11 novend)ie ITIC) (/;/., ibid., p. 127, 128).
2. Sunderland à Townsliciid. (I<i'lii(', Il iioveiubrc 17l('> Coxe, Meinvirs of Wdfiwle, II, p. 127-128,.
SIGNATl'llE nu TIIAITI-: FltAXCO-ANGUAIS Ib"
avait encouragé leurs espérances en France et en Allemagne, Townsliend et les Walpole ne cessaient de blâmer sa conduite. C'étaient les premières escarmouches d'une lutte décisive et prochaine entre les membres du parti whig, de la famille royale et du ministère.
Dubois ne pouvait se méprendre sur le sens de ces négligences volontaires et la portée de ces manœuvres. Il dénonça formellement et très haut la malice de Townsliend « homme équivoque qui d'une part affectait de se rendre aux ordres du Roi et s'arrangeait pour les tourner et au besoin les combattre* ». Il signalait sans relâche à Slanhope la cabale que son collègue formait à Londres contre lui, et dont le bruit venait jusqu'en Hollande. Il lui dénonçait aussi Horace Walpole, qui, s'était fait rappeler de Hollande avant la conclusion de l'alliance pour continuer à la combattre plus librement par, ses intrigues et celles de ses amis-. Pourtant il avait si grande hâte de tenir la convention signée qu'il offrit à Cadogan de passer outre, s'il voulait déclarer par écrit que ses pouvoirs étaient dans une forme usitée en Angleterre. Cadogan s'y refusa : c'était encore une semaine perdue à attendre des explications -^
Enfin le 28 novembre 1716, Cadogan, Châteauneuf et Dubois échangèrent leurs pleins pouvoirs et leurs exemplaires de la Convention franco-anglaise, l'un en latin, l'autre en français dûment et définitivement paraphés et signés. Dubois ne cacha pas sa joie au duc d'Orléans : « Vous voilà. Monseigneur, hors de page et moi hors de mes frayeurs^. » Son œuvre était désormais assurée.
L'abbé avait attendu plus d'un mois la fin de ces formalités. Sa joie s'expliquait par les inquiétudes de l'attente : d'ailleurs, en voyant la négociation se prolonger, il avait employé ces délais et ses loisirs forcés, dès le premier jour, à préparer l'accession des Hollandais.
1. Dubois à Stanhopp. 18 novembre 1716 (secrète) (A. ÊTR., Hollande, t. 311, {"' 231,311); Dubois à diluxelles, 17 novembre [Ibld., t. 311, P 218).
2. Dubois au duc d'Orléans, 6 novembre 1716 (A. ÉTR.. Hollande, t. 311, FUS, ; Dubois au duc d'Orléans, l" novembre 1716 (A. ÉTR., Hollande, t. 311, î" 18).
3. Dubois à d'Huxelles, 20 novembre 1716 (A. ÉTR., Hollande, t. 311, P 198).
4. Dubois au Régent, 30 novembre 1716 (A. ÉTR., Hollande, t. 311, F 26).
Deux partis se partageaient les Provinces-Unies. Le parti français avait pour chef incontesté Duywenworden, baron de Wassenaer, ancien ambassadeur de Hollande à Londres, et son frère l'amiral K Jugeant avec beaucoup de raison que l'intérêt de la République était de ne pas laisser le i)rofit des négociations aux Anglais, ils avaient pris l'initiative d'un rapprochement avec la France, malgré le mécontentement de leurs amis-. L'autre parti était celui qui, depuis quinze ans, négociait les alliances avec les whigs et l'Angleterre, le pensionnaire Heinsius, son greffier Fagel, Vanderdussen, le négociateur intraitable de Gertruydenberg, Slingelandt, ami de Walpole et de Townshend, Hop, partisan à outrance de Talliance impériale^. Les centres de ce parti étaient les villes de Rotterdam et de Leyde*.
Dubois, par Cliàteauneuf, eut facilement accès auprès des premiers. Duywenworden l'accueillit à merveille'' : la triple alliance sans l'Empereur, entre les puissances maritimes et la France, pour le maintien de la paix avait toujours été son idée favorite. Il avait eu grand peur en 171(3 que le rapprochement des whigs et de l'Autriche n'eût compromis pour longtemps les chances d'avenir de cette politique. Quoique l'initiative de ce système n'api)arlînl plus, comme en 1715, à la République et à son parti, cependant il félicita, sans rancune, le chef de la diplomatie secrète « de l'avoir ressuscitée^ >/. Il lui promit son concours. Puisque les intérêts et les droits du Régent étaient le fondement princij)al de la nouvelle négociation, il lui déclara « qu'il n'y avait pas un sujet en ilollandtî qui ne mil jusqu'à sa
L T()i'c,\ , L i).383 ; S.iiiil-Simnii (■dil. ( llirniol, XIH, l'- (")4'. « Lcr^ Wassenriar, dil Saint-Simon VIII, .57;, étaienl tics niioiix alliées, de la pi-emière noblesse de Hollande el foi-t souvent dans les i^rands emplois de la République. Ils étaienl alliés à la maison d'Auvergne et aux Bouillon. »
2. Iloraee VVali)ole à Staii-, 5 juin ]~U\ {Sktir's Pa/je/'.'*, Wiesener, I. p. .'O'.', noie 1 .
3. IL Walpole à Sianhope. La Haye, J" septembre 171i) Rec. Okk., Wiesener, p. .347. 348). La correspondance de Townshend el Slinuelandt se ti'ouve dans Coxe {Memoirs of Wal/jole, H .
4. Dubois au Régent, 1" novembie 171C) (A. LUI., Hollande, t. 311, 1" l".» ; Dubois à d'IIuxelles, 20 novembre (A. ÉTR., Hollande, l. 311, f 108),
5. Dubois à Pecquet,26 octobre 171(i (A. ÉTR., Hollande, t. 310, l"" 154). <■ Il send)le que le changement que j'ay trouvé ici dans les esprits est un enchantement. »
G. Dubois à d'Huxelles, 31 octobre 1716 (A. ÉTR., Hollande, t. 310, f» 13).
L'ACCESSION DKS HOLLANDAIS 159
chemise pour soutenir la garantie de la succession de la France réglée par les traités d'Utrccht ». Ce langage des amis de la France était encourageant pour Dubois ■: ils se déclaraient aussitôt les amis du Régent.
Mais c'étaient leurs advei'saires qu'il fallait convaincre. Maîtres de l'affaire, ils avaient obtenu des Etats généraux une résolution de ne pas conclure d'alliance avec la France, avant la conclusion de l'alliance avec l'Empereur qui restait en suspens depuis le mois de juin. C'était leur arme, cette clause de Simul et Semel, leur revanche sur le parti français qui, à l'instigation de M. Chàteauneuf, s'en était servi pour empêcher et retarder la reconstitution de la Grande Alliance, dirigée au début de 1716 de Vienne et de Londres contre la France.
Dubois les visita tous, les uns après les autres^ ; en écoutant leurs conversations, il acquit la preuve qu'ils avaient les mômes objections que les Anglais quelques mois auparavant. Ils craignaient de se brouiller avec l'Empereur - : leurs craintes n'étaient pas très fondées, mais « de forts préjugés contre la France, des liaisons anciennes et les intrigues de la Cour impériale les déterminaient^ ». Heinsius les dirigeait secrètement avec l'aide de Hop''; leur forteresse était à Rotterdam dont la gazette publique répandait des pamphlets contre le Régent "'''. Le moyen de les réduire était de leur présenter quelques bons arguments auxquels les plus avisés d'entre eux avaient songé, 0 des avantages pour le commerce hollandais » : dès le premier jour, Fagel, Buys surtout revenu depuis son séjour en France à de meilleurs sentiments, les suggérèrent à Dubois ; le 30 octobre, ils les formulèrent". C'était le retour au tarif français
L Chàteauneuf au Roi, 20 octobre 1716 (A. ÉTR., IIoll., t.310, fû84 ; Dubois à d'Huxelles, 20 novembre 1710 (A. ÉTR., Hollande, t. 311, P 300). 11 dit dans cette lettre (jull ne peut avoir que trois heures de sommeil par nuit.
2 Conférence avec Slingelandt, le 19 octobre (Chàteauneuf au Roi, 20 octobre 1716).
3. Dubois au Régent, 20 octobre 1716 (A. ÉTR., Hollande, t. 310, f« 96); Dubois Régent, à Noce, 21 novembre 1716 (A. ÉTR., Holl., t. 311, f» 260).
4. Dubois à dHuxelles, 20 novembre 1716 (A. ÉTR., Hollande, t. 311, f» 220).
5. Dubois au Régent, 14 novembre 1716 (A. ÉTR., Hollande, t. 311) f 162 ) ; Torcy, I, p. 957 ; Saint-Simon, XIll, p. 237.
6. Chàteauneuf au Roi, 20 et 31 octobre 1716 (A. ÉTR., Hollande, 1.310,1'°' 84,205).
de 1664, et comme conséquence, l'abolition de tous les tarifs postérieurs, l'entrée en franchise des draps hollandais dans les ports de France *.
Pour éloigner les Etats généraux de la cour impériale et se les attacher, le Régent devait leur sacrifier une partie du commerce et de l'industrie française dans le Nord, comme il avait sacrifié aux Anglais les ports de la Fhindre. La négociation se présentait exactement dans les mêmes conditions. La question économique devenait donc dorénavant le capital de la négociation directe avec les Hollandais et de la résistance aux intrigues des Impériaux dans ce pays-.
Ces conditions devaient paraître dures aux diplomates de l'ancienne cour, aux vieux serviteurs de Louis XIV : c'étaient celles que le Roi aux abois, en 1709, avait offertes à la Hollande. En quoi de pareilles concessions, des offres qu'en 1716 ne justifiait aucun danger, demeuraient-elles nécessaires ? « La matière est bien discutée », écrivait en confidence à Dubois le Régent, le 4 novembre^. Et le même jour, parlant au nom du Roi aux agents de la France en Hollande, d'Huxellcs déclara catégoriquement qu'il était impossible de rien accorder de })areil au commerce des États '^. Dubois revint pourtant à la charge. Il allégua qu'autorisé par d'Huxelles, Châleauneuf avait fait avant lui quelque promesses de ce genre aux Hollandais-'. Le 9 novembre, d'Huxelles laissa espérer un léger sacrifice : la suppression possible, dans un an, du droit de quatre sous j>ar livre établi en 1699 sur les marchandises du Nord. Mais d'une manière générale il s'en tint à sa première déclaration^'. Dubois lui-môme n'avait-il pus d'abord fait savoir que la France n'accéderait point à cette capitulation commerciale '.
1. ChàloaunL'iir au liai, :U ocloljir 171(i (A. KTR., llollaii<l.', I. ;!l(i, P m')).
2. Dubois et Châleauneuf à d'Huxelles, 30oclobi-e 1716 (A. ÉTR, lloll.. t. SlOJoiDS).
3. Le Régenta Dubois, 4 novembre 171G (A. ÉTR., Hollande, t. :51() 1" 'J03 .
1. Le Roi à Ch;\teauncuf et Dubois, 1 novembre 1710 (A.ËTR.,HollaiMl.',l. :U0, F 200-212).. D'Huxelles avait fait i)ressentii- celte réponse par une lelti<' i\u 28 octobre 1716 (A. ÉTR., Hollande, t. 310, F 101).
f). Dubois à d'Huxelles, 5 novembre 1710 (t. 311, f» 25).
C. D'Huxelles à Châleauneuf et Dubois, 9 novembre 1716 (A. ÉTR., Hollande. t. 311, f"" 29 et 30.
7. Lord Cadogan à Slanhope, ?> nov. 1710 (Rec. Ou-., Hollande, noI. 375).
Mais depuis, l'abbc avait réfléchi : il répliqua, comme on pouvait s'y attendre, par des représentations fort vives, le 10 et le 14 novembre ^ « La Triple Alliance étant essentielle au repos du royaume, il serait fort sage de sacrifier quelque chose plutôt que de s'exposer à la perdre. Nous n'avons pas le temps de marchander : il faut suivre la maxime que Ouintilien établit sur l'éloquence, que lorsqu'on ne peut pas apporter une raison capitale qui frappe comme un coup de foudre il faut rassembler toutes les moindres raisons que l'on peut donner et les faire tomber drues comme grêle : «Si non ut fulmine, saltem ut grandine ». La citation était ingénieuse, mais insuffisante pour convaincre un homme qui ne voulait pas être persuadé.
A La Haye comme à Hanovre, Dubois justifiait ce nouveau sacrifice par la grandeur et l'intérêt pressant de son œuvre. Mais cette alliance était-elle si essentielle au royaume, qu'il fallût, par peur d'une guerre imaginaire, la conclure en toute hâte à un tel prix-? C'est quand le navire fait eau qu'on jette des cargaisons même précieuses à la mer. S'en trouvait-on réduit là en 1716? Dubois savait fort bien que non. Seul le Régent était pressé d'assurer ses droits, son gouvernement, et pouvait se résoudre à un sacrifice qui ne lui coûterait point personnellement.
C'était donc lui surtout qu'il fallait convaincre du prix du temps. Pour gagner encore une fois son procès, Dubois eut recours aux mêmes avocats, aux mêmes arguments qu'il avait employés au mois de septembre.
Sa diplomatie secrète s'organisa et de nouveau s'employa pour servir, aux dépens du royaume et malgré la diplomatie officielle, les intérêts de son maître. En même temps qu'au maréchal d'Huxelles, il écrivit directement au Régent : « Je supplie votre Altesse royale de ne pas croire que tout ce que je veux faire soit convenu dans les lettres au Roi et à Monsieur le maréchal que M. de Chàteauneuf écrira et que je signerai avec lui^. » Il lui exposait dès lors, avec verve et esprit, son
\. Dubois à d'Huxelles, 10 novembre et 14 novembre 1716 (A. ÉTR., Hollande, l. 311, fo 137-142; t. 311, f 174).