‹ La diplomatie secrète au 18e siècle, ses débutsChapitre 98 sur 246 · Tome I · texte numérisé non relu

Tome I

programme et le priait de ne pas le désavouer : « Notre situation devient gaillarde, mais j'y perdrai mon latin et vous n'en aurez pas le démenti. J'ai formé un projet assez effronté : j'entreprends de faire solliciter notre alliance par les députés qui nous étaient les plus opposés. Le détail de ce plan serait plus ample que celui de M. de Louvois pour le siège de Gand'. »

Le thème général était simple : il s'agissait de séparer les Hollandais, toujours opposés à la France, des Impériaux qui les excitaient contre le Régent, en leur offrant « quelque douceur sur le commerce'^ ». Si l'on n'avait pas eu besoin d'aller vite, et qu'il n'eût pas fallu compter avec les intrigues des Allemands, l'influence anglaise à la longue et sans autre avantage aurait suffi à déterminer l'adhésion des Hollandais. « Mais cela pouvait durer jusqu'à Noël » et le Régent n'avait pas le temps d'être amusé : « Par le plan qu'il méditait on ferait bien enrager le marquis de Prié et sa cour, et à peu de frais. S. A.R. aurait l'essentiel ^. » C'était un marché raisonné que Dubois proposait encore, dont les courtiers seraient, pour le Régent, les anciens ennemis de la France en Hollande, comme à Hanovre Georges F'" et les whigs. Les deux termes du contrat, c'était la garantie accordée de part et d'autre, aux droils de la IMaison d'Orléans ou à la politique d'un tiers parti qui se formait à Amsterdam pour accroître la fortune de la République par le commerce et par la paix. Le prix du marché se trouvait acquitté par la France : le Régent et la Hollande recueilleraient les bénéfices.

L'avantage pour le duc d'Orléans était trop grand pour qu'il marchandât. 11 pouvait se montrer généreux sur ce qui ne lui appartenait pas. « Ce qu'il accorde serait rejeté si on le faisait filer chiquète à chiquète : il faut former de toutes ces petites grâces un plat en pyramides ([ui ait une bclli; apparence, })arce que cette même dragée présentée grain à grain ne paraîtrait rien ^. » Voilà bien l'art du cuisinier de savoir présenter les plats ; et l'abbé s'entendait en cuisine diplomatique.

1. Dubois au Régenl, 10 novoiiil.n- I7U)(A. ÉTR., Iloll., I. 'Ml., f° 150).

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