ELEMENTS D'UNE RELAZIONE
u Voici les rhoses dont il faut s'enquérir pour faire une lelation : Queste cose si l'icercano per far una relazione.
n La situation de la contrée dans laquelle s'est rendu l'ambassadeur; ses désignations anciennes et modernes; la partie du monde où elle se trouve; ses degrés de latitude et de longitude; ses limites de quatre côtés: son étendue en largeur, longueur et
circonférence ; ses divisions en gouvernements ou provinces;
les noms de ses villes principales, de ses ports fameux, de ses forteresses, de ses évèchés et archevêchés; le cours de ses principaux fleuves, ses montagnes, ses forêts et les passages limitrophes
)) Il convient de parler [conviene rufjionare) de ses habitants, de leurs coutumes, de leurs usages et de leurs traditions; de la religion qu'ils pratiquent et des superstitions qu'ils peuvent avoir. Il faut détailler leurs appareils de guerre et faire le dénombrement de leurs forces, en tant qu'armées de terre et de mer; désigner les arts et métiers qu'ils exercent , leur variété et ceux dans lesquels ils excellent; énumérer leurs marchandises d'importation et d'exportation.
n II faut rendre compte du mode de gouvernement des seigneurs et des ministi-es d'Etat; dii'e leurs richesses, leurs alliances et leur entourage. Le caractère et les conditions du peuple sont surtout faits pour éveiller l'attention de l'ambassadeur. Il faut enfin qu'il touche aux particularités de la personne du souverain, qu'il raconte sa généalo|;ie avec un soin extrême, qu'il décrive sa phvsionomie, sa vie et ses inclinations; qu'il dise comment il est aimé de ses sujets; qu'il s'informe de ses revenus et de ses dépenses; qu'il dépeigne la grandeur de sa cour, et qu'il fasse bien connaître les princes dont il est ou l'ami ou l'ennemi *. »
Et comme les ambassadeurs pour lesquels ces instructions étaient ainsi formulées ont manqué rarement de s'y conformer avec autant de talent que de justesse, on conçoit aisément que le publiciste napolitain Scipione Ammirato ait pu dire dans ses Discours sur Tacite, publiés en 1598,
1 Bibliothèque de la Marciana. — Manuscrits Contarini, CLXXXVII.
que « les ambassadeurs vénitiens s'acquittaient avec tant de bonheur du devoir de rendre compte des hommes et des choses des autres pays, qu'ils montraient le plus souvent qu'ils les connaissaient mieux que ceux de ces pays mêmes ' » .
Les dépêches et les relations, tels étaient les monuments écrits des ambassadeurs vénitiens; œuvres d'un même ambassadeur, elles n'avaient de commun que le but de mettre en leur meilleur jour des vérités politiques. Mais le mode de composition, le genre du style, les circonstances de lieu et de temps, tous les procédés enfin étaient absolument différents. Les dépêches étaient ce qu'elles sont encore aujourd'hui chez tous les ministres accrédités auprès des cours étrangères, un exposé pour ainsi dire spontané des choses advenues, l'impression du moment. La dij)lomatie française du seizième et du dix-septième siècle en compte de fort belles c^ii ont été publiées : celles du cardinal d'Ossat, du président Jeannin, de M. de Fresne-Canaye, de Hurault de Maisse, celles révélées avec un soin si grand par M. Mignet dans les Papiers relatifs à la négociation d'Espagne, sont les modèles du genre français. Par les qualités d'une seule dépêche, un ambassadeur peut donner aux ministres ou aux souverains que, d'habitude, il a pour premiers lecteurs, la mesure plus ou moins grande de ses talents. Les détails qu'une dépêche comporte permettent à celui qui la rédige une certaine humeur familière et certains tours de langage où l'esprit de fine observation trouve commodément à se placer. L'expression simple, la précision du fait, sans exclure le détail, sont les essentielles qualités d'une dépêche. Dans la première que d'Ossat écrit de Rome à Henri IV, ce cardinal
1 Voyez Scipione Ammirato, lib. XIV, dise, ix, p. 296, iii-i". Florence, 1598, et le remarquable Discours de M. Gachard, p. 37.