‹ La diplomatie VénitienneChapitre 100 sur 246 · DERNIERS INSTANTS DE PHILIPPE II · texte numérisé non relu

DERNIERS INSTANTS DE PHILIPPE II

Mais en fait de relation sur la mort même du Roi et sur les quelques jours qui la précédèrent, je ne connais aucun document plus capable d'émouvoir que celui qui fut rapporté de la bibliothèque de Madrid par l'honorable M. Gachard et publié par lui dans l'un des bulletins de Y Académie royale de Belgique. La précision des dates, la minutie sin^julière des détails, la solennelle simplicité de la forme, sont les qualités essentielles de ce récit, auquel il sera toujours nécessaire de recourir, soit pour bien connaître, soit afin de bien peindre la mort de ce jjrand Espagnol, dont la fin devait entraîner avec elle la grandeur et le prestige de l'Espagne'.

1 Voyez Bulletins de C Académie royale de BeUji(jue , Particulaiités inédites sur les derniers inomenls de Pliilippe II, t. XV, année 1848, partie II, p. 398. L'honorable M. Gachard a donné sous ce titre deux documents, l'un qu'il appelle Relation de Madrid, et qu'il a extrait de la Bibliothèque de cette ville, vol. IX, 1535. Sans titre. Pièce aux feuilles 153-160; — l'autre, la Relation de Briujes, provenant des archives provinciales de Bruges, ))ortant dans l'inventaire le n" 10 (Franc de Bruges). M. Gachard fait observer que les deux relations ne se contredisent sur aucun point essentiel, qvie même elles se complètent et que toutes deux doivent avoir été l'ouvrage de personnes attachées à la maison du Boi ; qu'enfin , sans infirmer en rien le récit de llerrera , elles y ajoutent une foule de détails nouveaux et intéressants.

En somme, avec les détails de l'une et de l'autre de ces relations, on peut former un bulletin funèbre dans la forme suivante :

DERMKRS MOMENTS DE PHILIPPE II, ROI d'eSPAGNE.

« Le dernier jour de juin 1598, dans l'après-dinée, le Roi part de Madrid pour l'Escurial contre l'avis des médecins. Il avait répondu au docteur Mercado qui s'opposait au déplacement , qu'il valait mieux qu'on le transportât vivant, puisqu'il faudrait toujours l'y transporter mort.

» Sa Majesté fit le trajet en chaise à porteurs. — Le trajet, qui est de sept heures, occupa six jours.

» Le 30 juin , à Caramanchel.

n 2 juillet, à Odon.

» 4 juillet, à Valdemorillo.

n 5 juillet, à la Fresneda, possession des moines de l'Escm-ial, où le Prince et l'Infante rejoignent le Roi,

» 6 juillet, à l'Escurial.

J'ai parlé seulement du Roi tout au lonjj de ce chapitre : il V aurait eu plus de détails encore à rapporter sur le royaume et le gouvernement proprement dits. On les trouvera aux sources mêmes , c'est-à-dire dans le cours des textes originaux reproduits par Albèri. Il ne faut pas oublier que les relazioni des Vénitiens sur la maison d'Espagne offrent ce multi})le intérêt de traiter non point seulement du royaume dont Madrid était la ville principale et dont l'Escurial était le palais, mais encore de toutes ses possessions, dont, pour raison commerciale ou pour cause politique, les esprits étaient alors si vivement préoccupés.

» Expédition des affaires. — Quelques jours de repos. — Sa Majesté veut aller voir Ségovie et les travaux de l'Alcazar,

» Le 20, attaque de goutte : fièvre violente. — Le mal fait de tels progrès que le Roi veut mettre ordre à son âme. Il se confesse et communie.

11 Plusieurs abcès se forment : un très-grave au genou, quatre à la poitrine. Tous furent ouverts. « Le Roi était dans une situation telle, que quand on voulait le remuer, il fallait lui placer deux ser\'iettes au-dessous du corps, et quatre hommes le soulevaient, n

11 Le l*"" septembre, le paroxysme dure cinq heures. — Sa Majesté reçoit l'extrème-onction et Elle dit à son fils : ■< J'ai voulu que vous fussiez présent, pour que vous voyiez où aboutissent les rois et seigneurs de ce monde, et que vous sachiez ce que c'est que la mort, n

n Ce même jour, le Roi dit à son entourage : « Je veux qu'on m'ajjporte le cercueil dans lequel mon corps doit être renfermé. Je veux aussi une tète de mort sur laquelle sera placée la couronne royale , et on la mettra sur cette petite table. »

n Le Roi se fit apporter par Juan Ruiz de Velasco un ])etit coffre confié à sa garde : il fut ouvert et on en sortit une pierre-d'inie fort grande valeur, que le Roi fit remettre en sa présence à l'Infante, lui disant : « Isabella- Eugenia-CIara, ma fille, reçois ce bijou que je tiens de la Reine ta mère, je te le donne en signe d'adieu. »

» Le Roi fit chercher aussi un papier qui était tout préparé, et le donnant au Prince son fils, il lui dit : « Tu verras là comment tu dois gouverner ton rovaume. « Il demanda aussi une discipline dont les bouts étaient ensanglantés, et l'ayant prise il dit : « Ce sang est de mon sang, mais ce n'est pas le mien, c'est cf-lui de mon père qui s'en servait : je le déclare pour (pi'on en connaisse le prix. »

11 Le Roi fit lire un papier par Juan Ruiz, et on entendit ces paroles : " Moi , Don Philippe, par la grâce de Dieu, Roi de Castille, etc.. Ayant

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