‹ La diplomatie VénitienneChapitre 101 sur 246 · INTÉRÊT MULTIPLE DES RELAZIONI D'ESPAGNE · texte numérisé non relu

INTÉRÊT MULTIPLE DES RELAZIONI D'ESPAGNE

La maison d'Espagne ne possédait-elle pas les Indes, cette mine de richesses inouïes, les Pays-Bas, ce centre d'industrie si féconde, et le Milanais, cette contrée si fertile, dont Comraynes disait en 1 492 : « Et de ce que contient cette duché, je ne veiz jamais plus helle pièce de terre, ni de plus grant valleur? » N'avait-elle pas envahi le royaume de Portugal, et avec lui ces possessions lointaines que le génie aventureux de ce petit royaume avait été conquérir aux rivages de mers inconnvies jusqu'à eux '? Chacun des rapports de ces Vénitiens s'étend avec une intelligence souveraine sur tout ce qui concernait ces pays et ces peuples, aussi variés par les mœurs que par les instincts.

gouverné ce royaume ])eiulant quarante ans et en ayant vécu soixantetreize, je rends ce royaume à Dieu, à qui il appartient, et je remets mon

âme entre ses mains Suivaient divers ordres. — Puis : « Votre Prince,

devenu troisième roi de mon nom, ira à Madrid au monastère des Hiéronymites , où se fera une neuvaine ; ma fdle avec ma sœur se retirera chez les relifjieuses déchaussées. Prince Philippe, outre ce que je vous ai dit plusieurs fois , je vous prie d'avoir les plus grands égards pour votre sœur, qui était la lumière de mes yeux. »

» Le 11 septembre, le Roi sentit sa fin prochaine.

» Il eut un autre paroxysme, reçut encore l'extrème-onction , fit chercher un crucifix gardé dans un coffre. Son père, l'Empereur Charles-Quint, avait expiré tenant ce crucifix, et il voulait le tenir aussi en mourant.

» Le 12, le Roi Philippe perdit la parole entre onze heures et mitutit, ayant les yeux fixés siy le crucifix, une chandelle de Notre-Dame de Montserrat brûlant à ses côtés et son rosaire dans ses mains

» Le Roi m(jurut le 1.3 septembre 1598, à trois heures du matin.

>i 11 fut enterré le lundi 14, à neuf heures.

" Son c(jrps était revêtu des habillements royaux. — On le déposa dans un cercueil de bronze et le lendemain dans le caveau, sa perpétuelle et dernière demeure. »

^ La relation qui renferme le ]>lus de détails sur le Portugal est celle de l'ambassadeur Gioan Francesco Morosini, 1581. u II me reste maintenant, dit l'ambassadeur, pour en avoir fini avec les choses d'Espagne, à vous parler du royaume de Portugal; — puisqu'il a été, au temps de ma légation, soumis à l'obéissance du Roi Catholique par la force des armes, il convient que j'en donne à Votre Sérénité un compte particulier, bien qu'avec toute la brièveté possible, (i Voyez le tome V, série 2' ; t. XIII de la collection de Florence, p. 298 à 311.

280 DE LÀ DIPLO^JATIE VÉMTIEN>E.

C'est ainsi que Frédéric Badoaro, et Da Mula , et Surian , au retour de leur ambassade à diverses époques , décrivent les Pays-Bas, les productions du sol et de l'industrie, la population des villes, les seigneurs du pays, les forteresses, Anvers et son commerce, Louvain , les gens de guerre ; ils nous tiennent au courant des troubles , des dissensions; ils perçoivent et donnent les impressions du moment même, toujours si précieuses jjour l'iiistoire, car c'est d'elles que viennent la vie et le mouvement. C'est ainsi qu'Antonio Tiepolo augmente sa relazionc d'Espagne (1572) d'une digression qui est même un discours entier sur le Portugal, pendant le règne du roi Sébastien, et qu'il considère à ce propos le fruit des découvertes récentes dans le nouveau monde et l'établissement des colonies. Par ces relations enfin , vous suivez avec un attrait tout spécial le cours abondant des événements qui ont rempli soixante années de la vie politique espagnole au seizième siècle '.

1 Dopuis quelques nnnées, l'Esjlafjne au seizième siècle n considérablement occupé les historiens. Les reclierclies dans tous les dépôts d'archives ont été aussi actives que fnictueuses. Les écrivains belges se sont particulièrement distingués. Il faut lire V Histoire de la révolution des Pays-Bas , par M. Théodore Juste, et V Histoire de Flandre, par le baron Kervyn de Littenhove, et toutes les publications de M. Gachard.

En France, tout récemment, l'énidit archiviste, M. Alexandre Teulet, a publié cinq volumes du plus liaut intérêt dans l'ordre des sciences politiques. Le cinquième volume est tout espagnol, et nous reconnaissons à chaque page l'humeur laborieuse de Philippe IL II est nécessaire de consulter cet important ouvrage : Relation!^ politiques de la France et de l'Espagne avec l'Ecosse au seizième siècle, papiers d'Etat, pièces et documents inédits ou peu connus, publiés par Alexandre Teidet, archiviste aux archives de l'Empire. 5 vol. grand in-8". Paris, veuve Jules Pienouard. 1862.

Page 1