DERNIERS INSTANTS DE PHILIPPE II
années ! C'est par ces détails que nous terminerons ce chapitre '.
« Le Roi est mort, dit Soranzo dans sa dépêche du Lî septembie, ce matin à l'aube [sxd fare dei (jlorno)^ ù l'Escuiial, après avoir reçu les sacrements avec la plus grande dévotiou et avec les marques d'une iuliaie })iété — »
Puis, dans sa relation écrite quatre ans ])his tard, remémorant Jes circonstances des derniers instants du Roi , après le récit qu'il a fait de ses actions et après avoir écrit le jupement très-développé que nous avons reproduit sur son caractère et sur son rè^ne :
« On ne peut nier, dit-il, qu'il n'ait laissé de lui une grande mémoire au monde, pour avoir été maître de tant de forces et patron de tant d'Etats, pour s'être toujours maintenu ù une hauteur telle parmi les autres hommes, qu'il semblait tenir dans sa main l'arbitrage de la plus grande partie des actions humaines, et pour avoir eu une mort aussi exemplaire qu'on la puisse Imaginer. Il ne s'effraya en rien de la durée d'iuie infirmité des plus douloureuses; on peut même dire que, tout en Dieu, il montra ne concevoir nulle crainte de cet instant, qui
1 Le jugement rétrospectif de l'ambassadeur Soranzo, ainsi que les détails sur la mort du Roi, sont tirés de la série des relazioni du dix-septième siècle. En date de 1602, ce document n'appartient pas au Recueil Albèri, mais à celui dont MM. iNicoIô Barozzi et Guglielmo Berchet sont les commentateurs. Ces jeunes et persévérants érudits ont continué l'œuvre et l'entreprise de M. Eugenio Albèri. Ce que M. Albèri a fait pour le seizième siècle, avec ces monuments écrits d'une aussi importante spécialité, MM. N. Rarozzi et G. Berchet l'ont fait pour le dix- septième. Lorsqu'on aura donc à citer ces sources fécondes, on désignera désormais la Collection de Venise pour le dix-septième siècle, comme on désigne depuis longtemps la Collection de Florence pour le seizième. J'ai vu entreprendre à Venise ce beau travail, nouveau titre de gloire et d'honneur pour les vaillants et infatigables dijjloniates de l'active République. Je me réserve de consacrer à ce nouveau recueil l'examen et l'éloge auxquels il a déjà tant de droits depuis que plusieurs volumes ont été publiés. Je réserve à la Collection de ]'enise la plus giajid<î partie de l'introduction de mon second volume destiné au siècle dont les lelnzioni des ambassadeurs vénitiens, reproduites et commentées par MM. ÏNicolô Barozzi et Guglieimo lierchet, sont l'expression et le tableau.
parait si redoutable à tant d'autres. Au contraire, causant et discourant de sa mort prochaine, il voulut en ordonner lui-même tous les apprêts et entrer dans les détails particuliers de sa sépulture. Il se fit apporter devant son lit le cercueil dans lequel reposerait son cadavre, il en fit prendre les mesures en sa présence, et voulut voir les vêtements et la chemise de plomb qui le devraient envelopper; en somme, il ordonna ponctuellement tout ce qui devrait être lait après qu'il aurait expiré, et tout cela avec une grande intrépidité d'âme, avec une conviction religieuse extraordinaire et un repentir immense de ses péchés. Sa Majesté se faisait lire sans cesse quelque chapitre de la sainte Écriture sur l'article de la mort, adressait fréquemment des interrogations sur certains passages, tenait constamment le visage et les yeux tournés vei-s une fenêtre d'où on voyait le grand autel de l'église, dans l'atlitude de la plus grande contrition, en vue du Saint-Sacrement exposé. Enfin, après avoir fait à son fils et à sa fille les plus efficaces exhortations pour le bon gouvernement de ses sujets, pour la sauve-garde de la justice, pour la défense de la religion et pour qu'ils vécussent de manière à avoir toujours devant les veux ce dernier moment où, eux aussi, devraient arriver. Sa ^Majesté expira à l'Escurial. Elle avait laissé dans son testament les ordres les plus détaillés, dis-jc, parmi lesquels la délivrance de cinq cents esclaves, le mariage de cinq cents filles, et l'exercice de trente mille messes, avec des legs au monastère, pour le repos de son âme, et la volonté d'être enseveli sans pompe funèbre. Le Roi avait nommé héritier de ses États le Prince son fils, et pour ses successeurs, à défaut de descendance, l'Infante Isabelle, et après elle l'Infante Catherine de Savoie, et en dernier lieu l'Impératrice Marie sa sœur, et leurs héritiers dans l'ordre légitime. Il ordonna l'accomplissement du mariage de l'Infante avec l'Archiduc Albert, en vertu de la donation qu'il lui faisait des Pays-Cas.
» Au Prince héritier il recommanda la défense de la religion catholique et la protection du Siège apostolique; il le pria d'avoir soin de son palais de l'Escurial, et il nomma comme exécuteurs testamentaires le Prince, Flmpératrice, l'Infante, l'archiduc Albert, le prieur de Saint-Laurent de l'Escurial, les présidents des Conseils, l'archevêque de Tolède, Don Gristoforo di Mora et Don Giovanni Idiaquez. »