‹ La diplomatie VénitienneChapitre 109 sur 246 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

L'ambassade extraortlinaire des Vénitiens à la Cour de France au temps du roi Charles VIII et de la reine Anne, d'après une relazione en date de 1492. — Curiosité de ce document, le piemier de ce genre connu sur la Cour de France. — Le style. — Le procédé. — Simplicité et naïveté du récit. — Objet de l'ambassade des Vénitiens. — Silence des textes français à cet é{;ard. — Comniynes cite l'ambassade des Milanais. — La Commissio ou les Instructions. — Du mode de faire les compliments. — Paragraphe personnel à Louis, duc d'Orléans. — Les cadeaux de riches étoffes pour la reine Anne. — Départ de Venise des ambassadeurs le 7 mai 1492. • — Temps d'arrêt chez Ludovic le More à Milan et chez Blanche de Montferrat, duchesse de Savoie, à Turin. — Petit portrait de madame la Duchesse Blanche. — Voyage jusqu'en France. — De la question d'une entrée d'ambassadeur à cette époque. — Récit détaillé de l'entrée à Paris des -deux ambassadeurs de Venise le 24 juin 1492. — Leur compagnie très-honorable depuis Villeneuve- Saint-Georges et leur détour par la porte Saint-Antoine pour le plaisir du Roi. — Audience donnée aux ambassadeurs par le Roi d'abord et par la Reine. — Description de la salle du palais. — Les discours et les réponses. — Le Roi fait chevaliers les ambassadeurs, et leur donne les fleurs de lis. — Le portrait du Roi Cuarles VIII et le portrait de la Reine A>ne. — Étendue de l'État de France. — L'Université. — Finances, revenus et dépenses de la cour. — Les ordinanze , les gens d'armes. — Les artilleries. — Occupations politiques du Roi. — Les deux ambassadeurs en ont ignoré le but véritable, — Interruption regrettable du manuscrit de la Relazione au chapitre des divisions et des partis à la cour.

Le manuscrit de la 7'elazione la plus ancienne qu'il nous soit donné de connaître sur les choses du royaume et de la cour avant la lin du quinzième siècle, existe à Venise dans l'un des portefeuilles du musée Correr '. Assurément

1 L'existence de cette relazione me fut signalée, en 1856, par M. Cesare Foucard, qui alors occupait aux archives le poste de ricercatore et professait les sciences paléographiques. Il en avait annoncé la publication originale dans l'important recueil de V Archivio storico italiano (Florence, chez Vieusseux); mais la chose est demeurée de la part de M. Foucard à l'état d'annonce, et c'est M. Eugenio Albèri qui lui a donné place dans le tome XII de son précieux recueil italien. Je dois à M. Albèri de vifs

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il est en ce genre le document diplomatique le plus complet et le plus curieux qui, avant la descente de Charles VIII en Italie, révèle la nature et le genre des observations que les Vénitiens faisaient sur notre France. Cette relation mérite à tous égards un chapitre spécial. Elle diffère tellement, par le ton et par la forme, de celles qui suivront et qui me feront service pour l'œuvre que je poursuis avec l'aide exclusive de ces documents, sur le seizième et le dix-septième siècle, que véritablement il la faut tenir comme un exemple de celles qui se faisaient h cette époque, et la considérer ingénument comme un objet de précieuse curiosité appartenant à la littérature politique vénitienne, alors que nos guerres d'Italie n'avaient pas encore été, sinon préméditées, du moins entreprises. Si je ne lui consacrais un chapitre spécial, je ne saurais comment la mêler à l'ensemble de mes écrits sur les autres textes. Simple et naïve dans la forme, néanmoins instructive, elle est comme un de ces tableaux du vieux temps dans un musée, où il faut que toutes les manières soient représentées : on le regarde en l'admirant, mais dans cette admiration il y a l'empreinte de cet honnête sourire que produit le plus souvent en nous le spectacle ou l'audition de quelque belle œuvre d'une ingénuité primitive. En date de 1492, restée la seule de celles qui durent être écrites et lues par les ambassadeurs revenus précédemment de la cour de France, elle est un peu le modèle du genre à cette époque. Le style, tout en aspirant à être solennel, reste familier dans une façon charmante. Quel contraste avec les relations d'une époque

remercîments pour la manière trop flatteuse avec laquelle il a bien voulu annoncer, dans V Avvertimento de la page 3 du toine XII de la Collection , que je m'occUpais de rinterprétation et de l'annotation de ce rare document.

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